Les "teyaba" et "kessala", dernière priorité du gouvernement

280.000 EMPLOIS PERDUS DANS LE SECTEUR DES HAMMAMS

Le Maroc compte 14.000 hammams employant 280.000 personnes. Depuis 10 mois, ces établissements sont fermés sur décision du gouvernement. Le point avec Rabie Ouachi, président de la Fédération des associations des propriétaires et gérants des hammams traditionnels et douches

Jamais le gouvernement n’a été autant pointé du doigt par les Marocains pour son manque de soutien et de communication que lors de cette crise sanitaire. Des millions de familles marocaines se sont retrouvées, du jour au lendemain, durement impactées par la crise économique liée au Covid-19.

Si quelques secteurs économiques, qui se comptent sur les bouts des doigts ont pu bénéficier de mesures de soutien, des dizaines d’autres vivotent et ne savent plus à quel saint se vouer, parmi lesquels les hammams traditionnels et les spas.

«Malgré nos dizaines de correspondances et nos demandes, le gouvernement a toujours adopté, vis-à-vis de la corporation, une attitude marquée par l’indifférence, la marginalisation, l’irresponsabilité et le silence total. Il nous a laissé en proie au Covid-19.

Il a refusé d’entendre notre voix ou de nous accompagner. Aujourd’hui, les propriétaires de hammams traditionnels ne savent plus quoi faire. Nous nous sentons délaissés», nous déclare, avec amertume, Rabie Ouachi, président de la Fédération nationale des associations des propriétaires et gérants des hammams traditionnels et douches.

Un secteur à l’agonie
Le secteur, qui compte 14.000 unités à travers le Royaume, est à l’arrêt depuis 10 longs mois. Ce sont 280.000 emplois qui ont été perdus, dans l’indifférence du gouvernement. Normal. Les «kessala» et «tayaba» ne disposant pas de RPistes et lobbyistes nécessaires pour faire plier le gouvernement, comme cela fut le cas à maintes reprises lors de cette crise.

Mais il n’y pas que les kessala et propriétaires de hammams qui sont directement concernés par cette agonie du secteur. Il s’agit de tout un écosystème qui fait intervenir près de 14 corps de métier comme les fournisseurs de bois, les plombiers, les forgerons, les vendeurs de matériel de lavage, les préparateurs de sacs, les professionnels du compactage…

Pour Ouachi, plusieurs propriétaires ont été contraints de contracter des crédits pour pouvoir vivre ces 10 derniers mois, aggravant leur situation, puisque ne disposant pas de visibilité face à une fermeture «arbitraire», selon Ouachi, des hammams.

Présentent-ils effectivement des risques sanitaires? Selon certains experts, les endroits clos comme les hammams présentent effectivement des risques, les professionnels, eux, contredisent cette thèse arguant qu’aucun cas de contamination n’a été enregistré dans ces endroits.

En tout cas, si le gouvernement campe sur sa décision de fermeture, il doit urgemment proposer des alternatives aux employés de ces établissements. Des employés qui figurent parmi les plus précaires et vulnérables au Maroc.


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