Quelques témoinages recueillis des personnalités et amis du défunt

Abdelouahed Radi, ancien Premier secrétaire de l’USFP, député et ancien président du parlement

“Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise sauf que la nouvelle de la mort de Si Abderrahmane est terrible. Il était discret dans la vie et même sa mort a été discrète à cause du confinement. Pour moi, il était un compagnon sympathique de longue date. C’est le dernier géant de la politique nationale, depuis les années 40 du 20è siècle jusqu’aux vingt premières années du 21è siècle, que nous venons de perdre.

Il a rejoint le Parti de l’Istiqlal dès sa création en 1944 et a été chargé d’encadrer la classe ouvrière à l’époque. Il va se distinguer en 1953 avec l’exil de S.M. Mohammed V quand on le retrouve à la tête de l’Armée de libération nationale. Son rôle pendant les trois années précédant l’indépendance du Maroc en 1956 a été tel qu’il sera désigné président du conseil national de la résistance. L’un des fondateurs de l’UNFP, c’est lui qui a présidé la réunion constitutive à Casablanca en 1959. Journaliste par vocation, il a dirigé la rédaction d’Al Mouharrir avant de présider aux destinées d’Al Ittihad Al Ichtiraki, les deux journaux arabophones de l’USFP.

Démocrate, il a défendu pendant plus de 70 ans ses principes sans jamais faiblir. Militant des droits de l’Homme, il était reconnu à l’échelle arabe, notamment en tant que vice-président de l’Organisation arabe des droits de l’Homme. Socialiste, il l’a été toujours. Il a joué un rôle crucial dans l’avènement de l’alternance, il en a été le Premier ministre certes, mais plus que cela, il a initié des réformes sociétales et économiques profondes qui continuent aujourd’hui encore à être implémentées. D’ailleurs, les spécialistes parlent d’avant et après alternance. M. Youssoufi a fait avancer le processus démocratique au Maroc, c’est indéniable. Un homme d’Etat et de valeurs. Un exemple pour les jeunes, pour toute la société.

Il a succédé à Abderrahim Bouabid en 1992 à la tête de l’USFP, ce qui n’était pas une mince affaire, surtout dans le contexte de crispation politique de l’époque. Mais il a toujours été un homme loyal, un légaliste. Je me rappelle qu’en 1964, lors du premier parlement du Maroc indépendant, nous avons présenté une motion de censure au nom du groupe UNFP et c’était à son initiative… Il aura écrit une belle page dans l’histoire du Maroc… ” N.J

Ahmed Lahlimi: “C’est une page qui se tourne dans l’histoire du Maroc”

Le Haut Commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, compagnon de route de feu Abderrahmane Youssoufi, réagit avec une grande émotion à la mort de ce dernier. “Je ne trouve pas les mots pour parler de la disparition de ce grand homme qui a marqué de son empreinte l’histoire politique dans notre pays”. Il ajoutera que devant la mort, il n’y a que le silence et la prière.

Ancien ministre des Affaires générales dans le gouvernement de Abderrahmane Youssoufi en 1998, et cheville ouvrière de ce premier gouvernement d’alternance dans l’histoire politique du Maroc, mis en place grâce à la volonté de Feu SM le Roi Hassan II, Ahmed Lahlimi a été le bras droit, le confident et le plus proche collaborateur de Feu Abderrahmane Youssoufi. “Mes condoléances les plus attristées vont à S.M. le Roi Mohammed VI et à tout le peuple marocain. Avec le perte d’un grand homme comme feu Abderrahmane Youssoufi, c’est une page qui se tourne dans l’histoire du Maroc”. A.A

Brahim Rachidi : “Le Maroc perd un démocrate convaincu et un militant sincère”

“Avec le décès de Si Abderrahmane Youssoufi, le Maroc perd un patriote, un militant sincère, un démocrate convaincu et défenseur des droits humains dans leur acception universelle. Je l’ai connu depuis voilà un demi-siècle. Et quand il a quitté le Maroc en protestation contre le tripatouillage des élections législatives de 1993, j’ai été parmi les cadres de l’USFP, aux côtés de Mohamed Sabri, Abdelkbir Tabih et Maâti Souhail, Abdellah Charkaoui et Caid Bachir Lehmar qui avons pris l’initiative d’aller le voir à Paris pour le convaincre de rentrer au pays pour prendre en main le parti. Ce dernier avait tellement besoin d’un homme de la trempe de M. Youssoufi, et, peu de temps après, j’ai été également parmi les organisateurs de son retour à Casablanca tout comme j’ai été à ses côtés dans l’organisation de de plusieurs rencontres de préparation de l’alternance. Il a dirigé le parti et l’a mené à remporter les législatives de 1997.

M. Youssoufi a joué un rôle historique dans l’histoire récente du Maroc: d’abord en tant Premier ministre du gouvernement de l’alternance en 1998. Ensuite, le pacte qu’il a scellé avec feu SM Hassan II est un fait historique qui a permis une transition monarchique paisible. Pour toute son action au service du pays, S.M. Mohammed VI a porté pour Si Abderrahmane une grande estime et l’a entouré de sa haute sollicitude. Il est parti au moment où l’USFP vit une situation terrible et où des incertitudes pèsent sur son avenir et sa capacité à redevenir fidèle aux idéaux de ses pères fondateurs. ” N.J

Témoignage du Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani

“Avec le décès de l’ancien Premier ministre Abderrahmane Youssoufi, le Maroc a perdu un de ses grands hommes qui ont marqué l’histoire politique nationale”, a affirmé, vendredi, le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. “Nous avons perdu un grand homme respecté de tous les Marocains”, a indiqué M. El Othmani dans une déclaration à la presse, relevant que le défunt a joué des rôles clés dans le processus de réforme politique.

Maître Aïcha Ansar Rachidi

“C’est avec tristesse que j’apprends le décès de notre cher Si Abderrahmane Youssoufi. Que Dieu l’accueille en sa miséricorde. Le Maroc vient de perdre un de ses grands hommes. Si Abderrahmane était pour moi un père, un oncle, un ami. Ayant collaboré avec lui à l’Union des Avocats arabes, dont il était Secrétaire général adjoint et dont j’étais la représentante auprès de l’UNESCO et auprès de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève, durant les années 1986-1987-1988, j’ai eu l’honneur et le plaisir de partager avec lui des moments de complicité malgré son côté secret et réservé.

A ses côtés, j’ai assisté à la première conférence régionale sur les droits de la Femme, organisée par l’Union des Avocats arabes au Caire en novembre 1986, et au premier anniversaire de l’Année de la femme, organisée par l’ONU à Nairobi, au Kenya, en mai 1987. Grand homme politique à l’humour acéré, c’est justement par l’exercice de cet art qu’est l’humour que j’ai pu percer certains de ses secrets, de ses pensées et de ses sentiments cachés et de me rendre compte que malgré une froideur apparente, c’était un homme de grande sensibilité.

Au revoir, très cher Si Abderrahmane. Vous resterez toujours par la pensée parmi nous et dans notre coeur. A Dieu nous sommes à Lui nous retournons”

Younes Mjahed, membre du bureau politique de l’USFP et président du Conseil national de la presse

“Si Abderrahmane est un homme qui a voué toute son existence sur cette terre pour son pays. Il a grandi et apporté sa contribution au mouvement nationaliste. Il a même été un des leaders au Maroc du militantisme pour la démocratie dans les années 50 et 60, ce qui lui a valu l’emprisonnement plus d’une fois. Il est parti en exil en France notamment où il a continué à militer sur la scène internationale.

Vu sa culture général vaste et sa maîtrise de plusieurs langues étrangères, son relationnel étendu avec les représentants des organismes de défense des droits de l’Homme et les leaders politiques de par le monde, Si Abderrahmane avait toutes les chances de mener une carrière fort particulière qui l’aurait même propulsé au poste de secrétaire général des Nations Unies. Mais il a fait le choix de rester concentré sur le présent et le futur de son pays. Il est retourné au Maroc dans un contexte politique très difficile.

Il a milité pour une transition démocratique du pays au sein du parti de l’USFP. Puis, il a accepté de faire l’expérience de l’alternance dans le cadre d’un consensus politique pour que le Maroc franchisse le pas vers une nouvelle ère, avec tout ce que cela comporte comme sacrifices dont l’USFP a payé le prix fort. Cet homme est parti avec des secrets que personne d’autre ne connaît à part lui. Sa priorité, c’est sa patrie. Il est d’ailelurs décédé dans un appartement à Casablanca ” M.K

Amina Bouayach, présidente du conseil national des droits humains

“Dans ma vie, je retiens beaucoup de moments forts de mes liens avec Abderrahmane Youssoufi. Pour moi, c’est une école d’apprentissage, de formatage en matière des droits de l’Homme. Deux choses sur lesquelles j’insiste le plus dans le parcours de Si Abderrahmane. La première est qu’il a initié et installé l’action indépendante des droits de l’Homme aussi bien bien au Maroc que dans la région arabe.

Sur le plan arabe, en tant que dirigeant de l’Union des Avocats arabes, il a pu mettre en oeuvre cette démarche de défense des droits humains qui soit indépendante des partis et des pouvoirs. Grâce à cela, l’UAA a pu faire son entrée au sein des organismes de l’ONU en charge de cette question. Sur le plan national, il a appelé au milieu des années 80 à la création d’ONG indépendante pour la défense des droits de l’Homme. Ce qui a donné lieu à la naissance de l’OMDH mais surtout à une dynamique nationale où tous les Marocains étaient regroupés pour le respect des droits humains.

Le deuxième élément que je veux souligner, c’est que c’est Me Youssoufi, alors Premier ministre, qui a signé la décision d’octroyer le statut d’utilité publique aux ONG des droits humains, à commencer par l’AMDH et l’OMDH. Autrement dit, c’est lui qui a reconnu officiellement le rôle essentiel de la société civile dans les questions liées aux droits humains. Il a également décidé de réintégrer les fonctionnaires licenciés pour des motifs d’ordre syndical ou politique. Son disocurs devant la réunion de la fédération internationale des droits de l’Homme à Casablanca en 2000 est une référence en la matière.

C’est lui qui avait appelé à la mise en place d’une commission de réconciliation nationale. Un appel qui a trouvé écho puisque S.M. le Roi Mohammed VI a décidé de créer l’IER (Instance équité et réconciliation). Il m’est difficile de lister toutes les actions entreprises par M. Youssoufi pour le bien de son pays et des Marocains, c’était un grand homme et un militant hors pair. ” N.J

Mohamed Saâdi, vice-président de l’ASMAEX

“On ne peut que s’incliner devant la dépouille d’un géant patriote, qui était, tout à la fois, un homme honnête, mais aussi un politicien hors pair. Même n’ayant jamais fait de politique partisane, j’ai le privilège de l’avoir côtoyé de très près, pour les problèmes de l’ASMEX. C’était un homme d’une très grande ouverture d’esprit: c’est grâce à lui que les exportateurs ont pu continuer à bénéficier de défiscalisation de l’IS.”


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