Téhéran souffle encore le chaud et le froid


Sur le plan officiel, les mollahs appellent à la normalisation avec le Royaume. Mais dans les faits, son appui au Polisario est incessant.

Bien que démasqué par le Maroc, qui avait mis à nu son soutien au mouvement séparatiste sahraoui du Polisario et de ce fait rompu en mai 2018 ses relations avec lui, l’Iran continue de jouer un double jeu vis-à-vis du Royaume. S’exprimant le 29 juin 2023 devant des ambassadeurs de pays musulmans à Téhéran à l’occasion de l’aïd al-adha, le ministre des Affaires étrangères iranien, Hossein Amir Abdollahian, a déclaré que son pays verrait d’un bon oeil une “expansion” et une “normalisation” au niveau bilatéral -il a, en outre, cité l’Égypte, avec qui les relations sont également compliquées en raison de l’opposition historique des mollahs aux accords égypto-israéliens de Camp David de septembre 1978.

Comme on pouvait s’y attendre, le propos de M. Abdollahian n’a suscité aucune réaction du côté du Maroc. Il faut dire que tant que l’Iran continue d’appuyer la séparation du Sahara marocain, Rabat n’acceptera tout simplement pas de reprise. Pour rappel, la Direction générale d’études et de documentation (DGED) avait établi, au bout d’un monitoring de près de quinze mois, que la partie iranienne armait le Polisario via l’organisation chiite libanaise du Hezbollah. Cette dernière avait même été prise la main dans le sac en train de livrer en avril 2018 au mouvement séparatiste des missiles Sam 7, 9 et 11 et des lance-roquettes, selon ce qu’avait plus tard révélé l’hebdomadaire français Jeune Afrique.


Livraison de drones
De son côté, l’Iran a toujours plaidé son innocence. Ancien attaché culturel de son ambassade à Alger et, soit dit en passant, passeur d’armes du Polisario selon ce qu’avait découvert la DGED -qui pense qu’il est membre de l’organisation paramilitaire iranienne des pasdarans-, Amir Moussaoui avait notamment directement menacé d’envahir “en quelques heures seulement” le Maroc lors d’une intervention en octobre 2022 sur la chaîne libanaise Al-Mayadeen s’il poursuivait ses accusations.

Sur un ton moins belliqueux, l’ancien ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Djavad Zarif, s’était contenté, lorsque son homologue marocain Nasser Bourita lui avait remis les preuves de la collusion de l’Iran avec le Polisario, de démentir toute influence sur le Hezbollah. Ce qui est d’ailleurs une tactique connue de l’Iran, qui passe toujours pour ses “opex” par des proxies pour éviter d’être directement pris en faute, comme par ailleurs avec les Houthis au Yémen.

En tout cas, ils sont nombreux les observateurs à s’inquiéter du déploiement de l’Iran en Afrique du Nord-Ouest, d’autant plus qu’il bénéficie de la collaboration de l’Algérie, qui est un secret de polichinelle (lors d’un appel qu’il avait reçu le 31 mars 2023 de la part de M. Abdollahian, le ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, avait appelé à” insuffler une nouvelle dynamique aux mécanismes de coopération bilatérale”).

Vice-président du Conseil américain de politique étrangère (AFPC), Ilan Berman, avait notamment mis l’accent, dans des déclarations accordées le 25 février 2023 au quotidien US Boston Herald, sur la livraison de drones Arash 2 au Polisario, sachant que le “ministre” de l’Intérieur séparatiste, Omar Mansour, en avait lui-même annoncé le 30 septembre 2022 à Nouakchott un arrivage imminent. Plus récemment, le sénateur américain Mark Kelly a proposé, le 23 juin 2023, d’intégrer le Maroc au CENTCOM, le commandement central américain actif notamment au Moyen-Orient, à des fins de “coordination entre les États-Unis et les partenaires régionaux pour contrer la menace partagée de l’Iran”. À l’évidence, il y a bien loin encore d’un aplanissement des différends.

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