Action gouvernementale

Technoministres et ministres technos, l’insoluble équation

La scène politique nationale grouille de ministres sans couleur politique. Que reproche-t-on à ces cols blancs à la tête des départements ministériels ?


Adulés lorsque la situation du pays est au ras d’une crise, les technocrates sont de cette espèce qui ne raisonne que par les chiffres. Depuis l’indépendance du Maroc, notre histoire politique a connu plusieurs dirigeants gouvernementaux et ministres sans couleur partisane. Citons en exemple l’ex-premier ministre Mohamed Karim Lamrani (1971-1972/ 1981-1985), Abdellatif Filali (1994-1997), Driss Jettou (2002-2007). De même que les ministres, ils ont été nombreux ceux qui ont pris les rênes des départements ministériels sans qu’ils n’aient nécessairement un actif politique. Ils ont été cooptés, colorés et missionnés par les partis de la majorité gouvernementale. Ils étaient des managers, des directeurs de cabinets, des hommes d’affaires…au masculin comme au féminin. Puis ils sont devenus ministres.

Aujourd’hui encore, comme ce fut le cas il y a une cinquantaine d’années, notre gouvernement compte des technocrates. Quelle que soit l’impression qu’ils aspirent à donner de leur personne, un dilettantisme politique sent malheureusement fort dans leur camp. Il est devenu pratiquement impossible pour eux de pendre leur langue, ne serait ce que pour répondre aux questions incessantes des journalistes.

A la politique, effectivement, ils ne sont pas aguerris. Un ministre technocrate – ou authentiquement politique, sous le gouvernement actuel – se fait rare sur la scène médiatique nationale, élude les questions des journalistes, n’adapte que très rarement son discours au langage que comprend le citoyen marocain. Mais ce dont nous sommes convaincus, c’est que la chefferie du gouvernement n’aime pas trop les shows politiques. Le manque de communication des membres du gouvernement ne pourrait s’expliquer autrement que par un atavisme pur et simple. Le manque d’expérience politique de certains d’entre eux ne les empêche pas cependant d’accomplir leur travail. En effet, ils semblent savoir bien maîtriser leurs indicateurs, maîtriser le langage des chiffres, les analyser… Mais, tout n’est pas rose.


Le Chef du gouvernement n’a certes pas le verbe facile. Mais sait-on pourquoi ? “Je privilégie l’action avant de communiquer, rebondit souvent aux réactions selon lesquelles on lui reproche un manque de communication. Et certainement, sans aucun doute, toute la formation ministérielle du gouvernement fonctionne selon l’adage de l’écrivain humaniste français Rabelais “Qui embrasse trop mal étreint’’. Agir et communiquer, c’est trop demandé, dirait-on. Cette stratégie gouvernementale – bien choisie ou mal choisie, c’est selon le camp, ne reflète en tout cas pas le sérieux de l’action politique. Avec leur doctrine entriste les privant de communiquer sur leurs réalisations, les membres de l’Exécutif donnent une allure avachie. Il faut communiquer, s’engager dans les débats publics, parler aux citoyens, et surtout les rassurer en temps de crise.

Les militants, leurs prédécesseurs, qui avaient été biberonnés à la politique, faisaient au moins montre d’audace. Ils n’avaient aucune gêne à parler aux médias, à adopter un langage que toutes les classes sociales comprennent, à participer aux débats politiques, à fournir des explications quand il le faut, à jeter ouvertement des diatribes sur ce qui ne marche pas, à rebrousser le poil à leurs opposants, etc. Ce sont les vertus du militantisme politique. Qu’ils soient à la traine, véreux, sincères, baroudeurs,… au moins ils brisaient le mur du silence.

Pour revenir aux technocrates, un parfum de modernisme dont la note de tête, aussi tenace soit-elle, ne cesse d’inonder les espaces par lesquels ils passent : Lancer des appels à candidature pour le recrutement de cabinets externes aux fins d’élaborer des programmes gouvernementaux, ‘’manager’’ un département ministériel à la manière d’une grande entreprise, resusciter les chiffres au point de donner l’impression qu’ils sont obnubilés par les adjectifs numéraux… Dans ce gouvernement le positif pèse plus que le négatif dans la balance?.

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