Tebboune ne lâche pas le morceau

LES RELATIONS MAROCO-ALGÉRIENNES TOUJOURS AU PLUS BAS

Malgré la main tendue du roi Mohammed VI, la junte algérienne a encore continué cette année de s’attaquer au Maroc et à son intégrité territoriale. Et elle s’est même trouvé, en la personne de Abdelmadjid Tebboune, son porte-voix le plus anti-Marocain depuis fort longtemps.

Le monde change, d’autant plus avec la Covid-19, mais l’état des relations entre le Maroc et l’Algérie reste le même: exécrable. Et ce sera vraisemblablement encore le cas au cours des prochaines années, alors que la voisine de l’Est a élu, le 19 décembre 2019, le plus anti- marocain de ses présidents depuis Houari Boumédiène en la personne de Abdelmadjid Tebboune; ce qui, en soi, est un exploit quand on sait qu’il y a eu par exemple entre-temps Abdelaziz Bouteflika. Le nouveau chef d’État algérien n’a ainsi cessé, au cours des derniers mois, de multiplier les sorties hostiles à l’endroit du Royaume, notamment sur la question de son intégrité territoriale. Il vient même de qualifier de “presque dogmatique”, dans une interview publiée le 13 juillet dans le quotidien français L’Opinion, le soutien de son pays au mouvement séparatiste du Front Polisario au Sahara marocain. Et dès son discours d’investiture, le 19 décembre 2019, il avait déclaré que le conflit autour des provinces sahariennes “relève d’une question de décolonisation qui est entre les mains des Nations unies et de l’Union africaine”: on a pour le moins connu plus amical comme entrée en matière.

Allégations et mensonges
Tout au long des désormais sept mois de présidence de M. Tebboune, le Maroc n’a pourtant jamais rétorqué, si ce n’est lorsque son consul à Oran, Aherdane Boutahar, avait été accusé, le 13 mai, d’avoir traité dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux l’Algérie de “pays ennemi”: un montage, avait alors défendu le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Ce qui n’empêchera pas la tutelle de rapatrier, dès lors que les liaisons aériennes bilatérales étaient rétablies, le diplomate, dans ce que le ministre conseiller à la communication et porte-parole de M. Tebboune, Belaïd Mohand-Oussaïd, présentera le 9 juin, lors d’une conférence de presse à Alger, comme une expulsion: le chef de la diplomatie, Nasser Bourita, en avait en fait été à l’initiative, comme marque de bonne volonté, au cours des entretiens téléphoniques qu’il avait eus le 15 mai avec son homologue algérien Sabri Boukadoum, et les affirmations de M. Mohand-Oussaïd le sortiront naturellement de ses gonds, d’autant que le responsable accusera M. Boutahar d’être “un officier des renseignements marocains”.

“Le Maroc exprime sa consternation face à ces allégations émanant d’un représentant d’une institution censée faire preuve de discernement et de retenue,” réagira M. Bourita. Les amabilités algériennes peuvent, ceci étant, aisément se comprendre, dans la mesure où il s’agit là d’une tactique systématiquement utilisée dès lors que le régime est fragilisé; or que la junte militaire se sait vomie par le peuple, qui plus d’un an durant a manifesté, dans le cadre du mouvement de protestation du Hirak, pour sa liberté jusqu’à ce que son élan ne soit (momentanément) arrêté que par la Covid-19.

Et aussi bien le départ, le 2 avril 2019, de M. Bouteflika de la présidence, que la condamnation d’une multitude d’apparatchiks de ces vingt dernières années -dont ultimement, le 1er juillet, deux anciens premiers ministres, à savoir Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal-, n’y aura rien fait, car tout le monde a conscience qu’il ne s’agit là que d’hommes de paille et, en l’espèce, de boucs émissaires, et que la véritable tenante du pouvoir est encore et toujours l’armée. Qui plus est, la gestion de la crise de Covid-19 par M. Tebboune est largement décriée: proportionnellement à sa population, l’Algérie est aujourd’hui le pays du Maghreb le plus atteint -près de 33.000 cas, dont plus de 950 morts-, ce qui avait par exemple amené la France, le 1er juillet, à officiellement laisser ses frontières aériennes et maritimes fermées avec le pays, malgré l’avis favorable de l’Union européenne (UE).

Et, pour couronner le tout, le trésor de guerre accumulé du temps où le pétrole, principal pourvoyeur de devises algériennes, était au plus haut est aujourd’hui complètement dilapidé: Alger réfléchit ouvertement, depuis février 2018, à revenir à l’emprunt extérieur, et on vient de la voir rallier, ce 13 juillet, officiellement la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), à l’évidence pour bénéficier de financements auprès d’elle. Ce qui par ailleurs rend d’autant plus incompréhensible le soutien de la capitale algérienne au Polisario: voilà un pays en crise qui, au lieu de focaliser sur ses propres problèmes, préfère s’attaquer à son voisin.

Le dialogue rejeté
Ces dernières semaines, on a également vu M. Tebboune instrumentaliser la construction, par les Forces armées royales (FAR), d’une caserne militaire dans la province de Jerada et parler même d’“escalade” -à deux reprises, d’abord dans une interview diffusée le 4 juillet sur la chaîne de télévision français France 24 et, ensuite, dans L’Opinion-, alors que la partie marocaine a bien précisé qu’il n’était là nullement question d’une base opérationnelle et que le seul objectif visé était celui d’héberger les troupes, dans le cadre d’un plan de délocalisation des infrastructures militaires situées en ville qui concerne toutes les régions, et ce depuis plusieurs années déjà.

Mais, semble-t-il, tous les moyens sont bons pour chercher noise au Maroc. Quand bien même, ce dernier maintient son offre, formulée par le roi Mohammed VI dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2018, de mettre en place un mécanisme de dialogue commun. Une main tendue que le Souverain avait réitérée dans son discours du Trône du 29 juillet 2019, en faisant référence “aux liens de fraternité, de religion, de langue et de bon voisinage, qui unissent depuis toujours [les] deux peuples frères” algérien et marocain. Mais, visiblement, ce n’est pas tout le monde qui l’entend de cette oreille.