Une taxe de solidarité contre-productive, injuste et inefficace

PROJET DE LOI DE FINANCES 2021

En concoctant un projet de loi de Finances 2021 injuste et inéquitable, le gouvernement démontre encore une fois son incompétence à dénicher des solutions innovantes en cette période exceptionnelle.

“Il s’agit d’un projet réaliste, de confiance et d’espoir, un projet de la chance pour tous, un projet mobilisateur où la responsabilité générale de tous les Marocains est mise à l’épreuve”. C’est un Mohamed Benchaâboun fier et sûr de lui qui, en présentant le projet de loi de Finances 2021, appelle les Marocains à faire preuve de patriotisme et de responsabilité. Le ministre de l’Economie et des Finances semble déterminé à passer ce texte, révolutionnaire à ses yeux, mais sans doute nuisible à la classe moyenne, au pouvoir d’achat, à la consommation interne, à la production et à l’emploi.

Parmi les couacs de ce texte: la «contribution de solidarité». Les salariés dont le revenu mensuel net dépasse 10.000 dirhams se verront taxer à 1,5%, et les entreprises dont les bénéfices dépassent 5 millions de dirhams auront à restituer 2,5% de leurs profits aux caisses de l’Etat. Celles dont les bénéfices sont compris entre 5 et 40 millions de dirhams, seront taxées à 3,5%. Première remarque, ceux qui touchent 100.000 ou 10 millions de dirhams seront taxés au même niveau que ceux qui touchent 10.000 dirhams. Deuxième conclusion, les entreprises vont éviter de déclarer des profits dépassant 5 millions de dirhams, favorisant donc la fraude fiscale.

Épineux impôt sur la fortune
Maquillant ces nouvelles taxes en contributions, le ministre de l’Economie a comparé l’adhésion «obligatoire» des Marocains à ces taxes inéquitables à la mobilisation sans faille pour l’intégrité territoriale du Maroc. Quel est le lien? Ceux qui critiqueraient ce nouvel impôt injuste seront-ils taxés de traitres à la nation? Le hic ne se situe pas, en effet, dans l’esprit de cette nouvelle taxe, mais dans son injustice. A chaque fois que le gouvernement fait face à un trou dans son budget, il s’attaque à la taxe intérieure de consommation (TIC) sur le tabac et boissons alcoolisées, comme ce fut encore le cas, ou plus souvent au pouvoir d’achat de la classe moyenne.

Une vache à lait pour le gouvernement qui, en parallèle, refuse de s’attaquer à l’épineux dossier de l’impôt sur la fortune. Pire, l’Exécutif multiplie les amnisties et avantages envers les plus aisés, la dernière en date est celle relative aux avoirs détenus à l’étranger. Selon la logique du gouvernement, tout le peuple est amené à être solidaire, pourvu qu’il soit issu de la classe moyenne. «Cette nouvelle taxe est contre-productive, inefficace et injuste.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement applique ce genre de mesures. Il l’a déjà fait en 2013 et ça n’avait pas donné les résultats escomptés. Le gouvernement n’apprend pas de ses erreurs. La semaine dernière, il y avait une recommandation de taxer à hauteur de 5% les sociétés qui disposent d’un monopole, cette recommandation a disparu. Le gouvernement se plie aux lobbys et s’attaque au pouvoir d’achat de la classe moyenne», nous déclare l’économiste Najib Akasbi. Et puis comment ne pas se plier à ces lobbys, si ces mêmes lobbys sont sur la table du gouvernement. En optant, à chaque fois, pour les solutions de facilité le gouvernement perd de plus en plus farouchement de sa crédibilité.

Un gouvernement qui ne respecte pas ses engagements, tue le pouvoir d’achat des citoyens; des citoyens qui ne sont pas égaux à ses yeux, et poursuit ses politiques de replâtrage, ses décisions impopulaires manquant d’audace et de créativité. Le comble. Le Chef du gouvernement, donneur de leçons en termes d’austérité et d’intégrité, verra son budget augmenter en 2021 de près de 100 millions de dirhams, 10 milliards de centimes. Le Maroc est en crise. Le peuple doit se serrer la ceinture, se sacrifier, les opportunistes, eux, ne sont pas concernés.


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