LE TARTUFFE ALGÉRIEN

Monologue du président algérien Abdelmadjid Tebboune devant Antony Blinken

Le discours du président algérien Tebboune était un pêle-mêle d’assertions et d’allégations qui dénotait du peu de tact et de diplomatie d’un responsable qui n’a pas l’étoffe ou le charisme d’un président.

Après un séjour de deux jours au Maroc, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a eu sa première prise de contact avec le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, le 30 mars 2022. Toute sa visite à Alger a duré moins de six heures. Pourtant, c’était largement suffisant pour que M. Blinken, représentant de la plus grande puissance mondiale, militaire, économique et de renseignements, retourne à Rabat pour y passer la nuit. Tout assommé qu’il était par deux rencontres, l’une de travail en compagnie du ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra; et l’autre, beaucoup plus protocolaire, avec le président Tebboune.

Le long séjour de M. Blinken au Maroc contre quelque heures, au plus, à Alger, a dû mettre en colère les dirigeants algériens, particulièrement son «homologue» Lamamra, qui n’a pas daigné se déplacer à l’aéroport pour accueillir le Secrétaire d’État américain.

Mais c’est le discours maladroit et fastidieux du président Tebboune qui a pris le dessus sur le manque de bienséance de M. Lamamra. Diffusé sur les réseaux sociaux depuis samedi 2 avril 2022, l’audio de l’entrevue le 30 mars au palais de la Mouradia, à Alger, entre Antony Blinken et le président algérien Abdelmadjid Tebboune en dit long sur une rencontre qui a fini par pousser M. Blinken à prendre l’avion pour rentrer en urgence à Rabat. La fuite de cet audio, inattendue, a grandement gêné l’establishment militaire algérien, d’autant que la transcription en anglais du monologue du président a été publiée le jour même par le département d’État américain.

L’on se demande alors pourquoi les États- Unis ont ébruité l’audio d’une rencontre de haut niveau sans le consentement du concerné? La réponse est simple. L’audio était un pêle-mêle d’assertions et d’allégations qui prêtaient à confusion et qui dénotaient du peu de tact et de diplomatie d’un tartuffe qui n’a pas l’étoffe ou le charisme d’un président. Il a oublié qu’il était en face de la toute-puissante machine de renseignements et que son interlocuteur sait déjà plus que lui, président, n’en sait. Le long discours, qui ne laissait aucune chance à son hôte de rétorquer, ne serait-ce que par un geste, comportait un ensemble de graves contre-vérités sur le Maroc, présenté comme un «pays expansionniste ».

Le plus gros mensonge «présidentiel» est que le Royaume a déclaré en 1963 la guerre à l’Algérie, un an après que le voisin de l’est ait recouvert son indépendance. Deux facettes de ce pan de l’histoire ont été omises. A l’époque, les dirigeants algériens voulaient réprimer une Kabylie qui contestait le pouvoir central. Ils ont alors envoyé leurs troupes pour attaquer le Royaume, afin de remonter le peuple contre «l’ennemi extérieur». Ce même régime use du même subterfuge, aujourd’hui, pour museler le Hirak et un peuple désabusé. MM. Chengriha et Tebboune invoquent encore «l’ennemi extérieur», à l’origine des feux de forêts, du rapport accablant de la Banque mondiale et de l’UNICEF, du trafic de drogue, en plein territoire algérien…

Le non-avoué, c’est que Alger a, depuis 1963, cherché à ne pas évoquer la genèse du différend: les parties sahariennes sur le territoire algérien qui appartiennent historiquement au Maroc. C’est ce que le régime algérien continue d’appeler «Territoire hérité du colonialisme » et que le Maroc a toujours contesté officiellement. «A côté, le Royaume du Maroc, avec qui nos relations ont toujours connu des hauts et des bas depuis notre indépendance. Ce n’est pas récent, et ce n’est pas dû à la question du Sahara occidental», a dit M. Tebboune devant M. Blinken. Involontairement, il dit la vérité.

Le vrai problème, ce n’est pas le Sahara marocain. Mais plutôt une partie du territoire marocain que l’Algérie a annexé et qu’elle refuse de restituer. Autant maintenir le différend monté de toutes pièces autour de nos provinces du sud que d’ouvrir l’appétit à une revendication large. C’est la même réflexivité longtemps entretenue et par les locataires du palais d’El Mouradia et par la classe politique espagnole. Si qui que ce soit doit utiliser le terme «occupé » à bon escient et à juste titre, c’est bel et bien le Maroc. Aujourd’hui, l’Espagne veut tourner la page en montrant patte blanche. L’Algérie peine à en faire de même car elle doit affronter un peuple opprimé avec une histoire inventée par ses généraux.