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Avortement : Le marché de l’horreur

Les tarifs de l'avortement varient entre 4.000 et 30.000 dirhams

Quoiqu’illégal au Maroc, l’avortement est pratiqué par des centaines de filles qui n’ont pas le choix et présente un marché qui fait florès aux professionnels de la santé.

Ce sont entre 600 et 800 avortements qui s’effectuent chaque jour au Maroc selon l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin. Des avortements qui coûtent entre 4.000 Dh et plus de 30.000 Dh selon les témoignages recueillis par Maroc Hebdo. Des médecins, des infirmiers, des techniciens de santé… Dans le privé ou dans le public, certains risquent leur carrière pour de l’argent et d’autres luttent pour le droit de disposer de leur corps dans la plus belle légalité.

Mariée de force
Sara avait seulement 22 ans lorsqu’elle a découvert qu’elle était enceinte de son camarade de classe à l’université à Ifrane, nous raconte son amie. «Nous avions fait le tour des médecins du centre-ville de Rabat avant qu’une infirmière nous donne l’adresse d’un médecin qui le faisait à Agdal». Le médecin avait demandé 4.000 dh à la jeune fille qui a fait un avortement par aspiration.

Les prix ont augmenté depuis, une infirmière nous confirme que les prix sont entre 4.000 et 5.000 dh pour les couples mariés, qui ne veulent pas avoir d’enfants ou qui ont déjà des enfants et ne souhaitent plus en avoir d’autres alors que ça varie entre 6.000 dh et 30.000 dh pour les femmes non mariées. «Le prix augmente plus si la femme est jeune ou souffre de problèmes de santé parce que ça représente un grand risque pour le médecin », nous annonce-t-elle.

«Ma cousine avait 16 ans quand on a découvert qu’elle était enceinte d’un garçon de 20 ans» nous confie une autre dame. Après un long périple, «Un médecin à un Casa a accepté de le faire à 35.000 dh sous prétexte que la jeune fille était mineure et souffrait d’un manque de fer, ce qui pourrait lui causer des complications». Toujours étudiantes, sa cousine et sa soeur qui voulaient l’aider, n’ont pas pu alors payer pour cet avortement et ont préférer informer ses parents pour la sauver. «Elle a été mariée de force à ce garçon, elle a quitté les bancs de l’école et sa vie a été complètement gâchée depuis», déplore sa cousine.

Souffrir et faire souffrir
«En plus du médecin, il faut donner une somme importante à l’infirmière et à toute l’équipe du médecin. Ils savent que tu es en position de vulnérabilité donc ils souhaitent en profiter au maximum», nous avoue Aymane, qui a dû payer 10.000 dh pour faire avorter sa copine.

Il est à noter toutefois que la pratique de l’IVG est criminalisée. L’article 449 du Code pénal précise que «quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, manoeuvres, violences ou par tout autre moyen, a procuré ou tenté de procurer l’avortement d’une femme enceinte ou supposée enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, est puni de l’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 120 à 500 dirhams. Si la mort en est résultée, la peine est la réclusion de dix à vingt ans». En dépit de ces mesures, les médecins et les professionnels de la santé continuent à pratiquer l’IVG, risquant leurs carrières et jusqu’à 20 ans de prison. «Dans l’absence de statistiques officielles, le dernier chiffre présenté remonte à 2018, où il y a eu 73 personnes poursuivies pour délit d’avortement », expliquait le gynécologue obstétricien et président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, Chafik Chraïbi, au moment de l’affaire Hajar Raissouni.

Les médicaments à 1.000 Dh
Faute de moyens et de soutiens, des jeunes filles préfèrent prendre des médicaments vendus sur le marché noir à des prix ne dépassant pas les 1.000 DH, sans mode d’emploi ni contrôle des filières, ce qui pose notamment le risque que ces médicaments soient mal utilisés ou contrefaits.«Ne me jugez pas s’il vous plaît, Je suis une jeune fille de 21 ans, je suis enceinte et je dois l’avorter. Je ne peux pas le garder à cause de mes études, de mes parents, de la société…

Je ne veux pas souffrir et faire souffrir une âme innocente avec moi, veuillez m’indiquer ou est-ce que je peux me procurer des herbes abortives ou des médicaments pour le faire». Ce post n’est ni le premier ni le dernier partagé sur des groupes de filles. Souvent des centaines de commentaires leur indiquent d’où se procurer «Artotec». Quoique ce médicament abortif, à l’origine un anti-inflammatoire, a été interdit à la vente depuis 2018, il suffit de faire une petite recherche sur Facebook Market ou Google pour trouver des centaines de pages qui réclament le vendre, souvent des faux médicaments.

Utilisé pour soigner les problèmes articulaires et les rhumatismes, Artotec contient de la prostaglandine, une molécule visant à protéger l’estomac, mais qui en même temps entraîne des contractions de l’utérus. Le pire, personne ne sait vraiment qui se trouve derrière ces pages et groupes Facebook et d’où proviennent les pilules ainsi écoulées sur le marché et qui sont facturées jusqu’à 1.000 dh la boîte ou plus.

Parfois, ne pas avoir l’argent pour avorter chez un médecin ou acheter des médicaments entraîne des tentatives de suicide chez les jeunes filles, comme c’était le cas d’une fille à Fes il y a quelques années, ou encore des crimes d’honneur.

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