"La situation à Tanger est sous contrôle, mais l'incivisme m'inquiète"

Entretien avec Abdelilah El Kahloun, directeur médical de l’hôpital de campagne de Tanger

Tanger est sous haute surveillance. L’inquiétante hausse des malades et décès liés au Covid-19 a poussé les autorités à redoubler d’efforts. Les infrastructures sanitaires sont aujourd’hui parées pour faire face à la situation, mais certains comportements de citoyens irresponsables font craindre le pire.

Quel constat dressez-vous de la situation épidémique actuelle à Tanger?
Ce qu’on peut dire, pour le moment, c’est que la situation est sous contrôle. Nous avons assisté, ces 3 derniers jours, à une dynamique très intéressante de la part des autorités, sous la supervision du ministère de l’Intérieur. Grâce au renfort apporté particulièrement par ce département, la situation sanitaire a pu être maîtrisée. Nous avons reçu beaucoup de matériels, de lits de réanimation et de personnel de santé venu de plusieurs villes du pays.

Aussi, est c’est très important à mon sens, les tests de dépistage ont augmenté sensiblement et plusieurs points ont été mis en place pour accélérer ces tests. De même, la polyclinique de la CNSS sera réaménagée pour accueillir plus de 80 lits destinés aux patients atteints de Covid-19. En trois jours, la situation s’est améliorée grâce à la mobilisation générale de la Wilaya, du ministère de l’Intérieur et de celui de la Santé, ainsi que du secteur privé.

On dit que le virus a muté à Tanger… Qu’en est-il vraiment?
Aujourd’hui, on ne dispose pas d’éléments bien précis pour savoir si le virus a muté ou pas, mais ce dont je suis sûr, c’est que nous recevons beaucoup plus de gens atteints de Covid-19 ces dernières semaines. Pire, la sévérité des cas est plus importante. Les gens arrivent avec des symptômes avancés comme les difficultés respiratoires, la diarrhée, l’asthénie, augmentant considérablement et malheureusement le taux de décès, alors qu’il avait fléchi auparavant.

A quoi est due cette aggravation de la sévérité des cas?
L’irresponsabilité et l’incivisme. Les gens ne prennent pas au sérieux cette pandémie et ils arrivent à un stade avancé de maladie. Il s’agit d’un virus très virulent, dangereux et très contagieux. Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens s’obstinent à refuser de mettre des masques de protection. C’est insensé. Ils peuvent se faire tuer et tuer leurs proches. Il s’agit d’un acte très irresponsable et qui dénote d’un niveau d’incivisme inquiétant.

Vous avez appelé à la généralisation de l’administration du Plaquenil aux personnes symptomatiques...
Il s’agit d’un avis personnel. Je pense que ça pourrait désengorger les établissements de santé de la ville. On peut l’administrer à des gens qui présentent les symptômes liés au Covid-19, les inviter à rester chez eux et les suivre de manière très régulière.

Tanger sera presque confinée lors de la période de Aïd Al Adha. Une décision sage?
La limitation des déplacements en dehors de Tanger lors de cette période est effectivement une décision sage et très logique, car le risque de propagation du virus vers d’autres villes du pays est très présent. Il faut prendre des décisions drastiques et audacieuses, en fonction de l’évolution de la propagation du virus dans la région.

L’amélioration de la situation à Tanger vous pousse-t-elle à l’optimisme?
Je ne sais pas si je peux être optimiste ou pas. Si on se réfère aux matériels et infrastructures sanitaires, je suis très optimiste. L’actuelle dynamique impulsée par le ministère de l’Intérieur est très salutaire et permettra de remédier à l’éventuel manque en termes d’infrastructures et d’opérations de dépistage.

On peut dire que, désormais, nous sommes parés pour faire face au virus du point de vue infrastructurel et technique. Maintenant, quand je vois les comportements irresponsables de certains citoyens, je ne vous cache pas que je demeure très inquiet. Les autorités ont fait leur travail, avec brio, la balle est désormais dans le camp des Tangérois.