Un système de santé à l'agonie

Comment réhabiliter l'hôpital public?

Manque de personnel, hôpitaux vétustes… Au Maroc, la santé publique est dans un état critique depuis des décennies.

“Au Maroc, il vaut mieux garder une bonne santé le plus longtemps possible”. Combien de fois n’a-t-on pas entendu ce genre de remarques sur la crédibilité qu’on accorde à notre système de santé? C’est un doux euphémisme de dire que notre système de santé est malade. Lors de son discours prononcé pour l’ouverture de la session d’automne du Parlement, le 12 octobre 2018, le roi Mohammed VI avait appelé «à examiner la possibilité que certains secteurs et professions, non autorisés actuellement aux étrangers, comme la santé, soient ouverts à des initiatives de qualité et à des compétences de niveau mondial, à condition qu’elles contribuent à un transfert de savoir-faire au pays et à la création d’emplois adaptés aux potentialités de la jeunesse marocaine». Pourtant, les compétences ne manquent pas. On ne compte plus le nombre d’étudiants en médecine partis à l’étranger afin de poursuivre leurs études et qui, attirés par les avantages qui leur sont proposés, souhaitent exercer dans leur pays d’accueil. Ainsi, pour inciter les médecins marocains à venir exercer au Maroc, il faudrait leur créer des conditions de travail favorables.

État déplorable
Ce qui est loin d’être le cas, en témoignent les nombreux dysfonctionnements dont souffre notre secteur de la santé, que ce soit au niveau des services, des conditions de travail des médecins, de l’insuffisance de la capacité d’accueil des centres hospitaliers, du manque de personnel qualifié et de matériel médical... Le citoyen marocain souffre depuis de longues années d’un système de santé qui, malgré certaines réformes, n’a pas pu produire une offre de soins de qualité, capable d’alléger ses souffrances et répondre à ses attentes. Avec 7 médecins environ pour 10.000 habitants, le Royaume est certainement loin du standard international établi par l’OMS, qui stipule qu’il faut un médecin pour 650 habitants.

Au total, le Maroc compte à peine quelque 25.000 médecins, soit 7,3 médecins pour 10.000 habitants. Pire encore, alors que le temps plein aménagé devrait profiter seulement aux professeurs de médecine qui enseignent dans les facultés et pratiquent dans les CHU, le système a été perverti par l’ensemble du corps médical, professeurs ou pas, généralistes et spécialistes, et même le personnel paramédical. Résultat, des blouses blanches qui sont beaucoup plus présents dans les cliniques que dans les hôpitaux. De plus, selon Transparency Maroc, la corruption y est monnaie courante.

Ces dernières années, l’hôpital public a également été au centre de plusieurs scandales sanitaires. On se rappelle l’histoire des quadruplés qui n’ont pas trouvé de couveuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca. Un énorme déficit en équipements de néonatologie qui a failli coûter la vie aux nouveaux-nés. Une vidéo amateur, montrant une femme qui accouche sur le sol d’un centre de santé de Hay Mohammadi, avait également indigné les internautes marocains, et suscité le débat sur l’état déplorable dans lequel se trouvent nos hôpitaux. Comment peut-on espérer un recul du taux de mortalité maternelle et infantile au Maroc?

Faibles moyens
Les femmes marocaines et les nouveaux- nés meurent par manque d’assistance et parce qu’ils n’ont pas toujours accès aux soins médicaux. Mais comment peut-on expliquer cette situation alors que des efforts considérables ont été entrepris? Pour les responsables du ministère de la Santé, cette réalité est due à plusieurs facteurs. La mauvaise gestion de la carte sanitaire, le manque de personnel qualifié, voire l’absence de transport, sont fortement incriminés. Des situations qu’on retrouve partout ailleurs. Quant au régime d’assistance médicale aux économiquement démunis (RAMED), il peine à trouver son rythme de croisière.

Malgré les avancées réalisées et les efforts déployés, des carences et des difficultés persistent et risquent même de remettre en cause la réussite de cette expérience qui concerne des millions de personnes. En attendant, les maux du secteur de la santé au Maroc ne cessent d’augmenter. La liste est longue et les moyens dont dispose le ministère sont très faibles.

Pour répondre au mieux aux besoins pressants de la population en matière de santé, le ministère de la Santé est penché sur l’élaboration du Plan santé 2025. Un plan qui doit prendre en compte toute la situation actuelle du système de santé dont le bilan laisse à désirer.

Pour Anas Doukkali, ministre de la santé, tout l’enjeu est d’assurer une bonne gouvernance du secteur de la santé publique. «Les enjeux de refonte du système de santé national et de redressement des dysfonctionnements du RAMED sont certes des enjeux de ressources, mais également et surtout des enjeux de bonne gouvernance afin de repenser notre action collective en faveur du meilleur état de santé possible pour la population marocaine», a-t-il déclaré dans son allocution lors d’une réunion organisée le 10 juin 2019.

Mais il reste encore du pain sur la planche pour convaincre la population marocaine pour qui les mêmes scénarios se répètent tous les jours dans tous les hôpitaux du Maroc sans qu’une solution concrète ne soit trouvée.


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