Projet de loi : un surendettement en devises injustifié !

On ne peut pas accorder des pouvoirs étendus sans contrôle au ministre des Finances sous prétexte que nous sommes en crise sanitaire.

Mais comment peut-on faire passer inaperçu un projet de loi d’une sensibilité capitale? Au lendemain de la publication par le ministère des Finances, dans le Bulletin officiel datant du 2 avril 2020, d’un arrêté fixant les prix des masques non médicaux aux normes marocaines «NMST21.5.200», un projet de décret a été communiqué pour être discuté lors du prochain Conseil de gouvernement.

Une note explicative de ce projet de décret en précise les objectifs: autoriser, d’une part, le ministre des Finances à lever plus de dettes à l’international que ce qui est prévu dans la Loi de Finances 2020 et, d’autre part, geler les dépenses publiques non essentielles. Si pour le second point, qui rentre dans le cadre des nombreuses mesures prises pour limiter les impacts économiques de la crise sanitaire l’objectif est incontestable, eu égard à l’arrêt de certaines industries exportatrices et pourvoyeuses de devises, comme l’automobile et le tourisme, et ses effets immédiats sur les réserves de devises du Maroc mais aussi à la baisse importante des rentrées fiscales, pour le second point, le but est flou.

Concernant l’endettement à l’international dans toutes ses formes, l’Etat a budgétisé 31 milliards de dirhams dans la Loi de Finances 2020. Aujourd’hui, avec ce projet de loi, il souhaite relever ce plafond. Mais il ne précise pas le nouveau plafond. On ne peut pas accorder des pouvoirs étendus sans contrôle au ministre des Finances sous prétexte que nous sommes en crise sanitaire. Ne mettons pas le tout dans le même sac. Les questions qui fusent: A-t-on d’abord consommé l’équivalent en devises des 31 milliards de dirhams? Et dans le cas où nous allons geler les dépenses publiques les moins stratégiques, et au vu que nous disposons, selon Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib, de l’équivalent en réserves de devises de plus de 5 mois d’importations, pourquoi allons-nous relever ce plafond alors que nous ne sommes même pas arrivés à un mois de confinement?

Si les exportations baissent drastiquement et certaines dépenses moins stratégiques sont gelées, il faudra aussi, en urgence, arrêter les importations les moins stratégiques pour le pays en cette période de crise. Et pourquoi on ne communique pas sur nos réserves en devises et sur les secteurs qui continuent de les consommer indûment. Ce projet de loi, tel qu’il a été communiqué, est injustifié. Les argumentaires habituels et chiffrés manquent cruellement pour faire accepter et avaliser un surendettement de l’Etat, hypothéquant l’avenir du Maroc et des générations actuelles et futures pour les 20 ou 30 ans à venir.

S’il s’agit uniquement de couvrir uniquement nos besoins nécessaires à la survie et à la santé des Marocains, nous ne sommes pas encore dans l’urgence. Donc, il est prématuré de parler d’un projet de loi pareil. Et s’il est question de couvrir les besoins d’opérateurs économiques dont la production ou les services ne sont pas vitaux pour le commun des mortels, c’est une décision hautement risquée pour le pays.

Il est vrai que la priorité des priorités est la lutte contre la propagation du coronavirus, voire enrayer cette épidémie, mais cela ne doit pas se faire aux dépens de millions de Marocains en confinement et dont la psychose les rend déconnectés d’une actualité financière capitale. De la transparence, svp, MM. El Othmani et Benchaâboun.


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