Les surenchères du vaccin miracle

La guerre des labos pharmaceutiques autour de l'efficacite des vaccins

Depuis une semaine, les laboratoires pharmaceutiques rivalisent d’annonces médiatiques autour de l’efficacité de leurs vaccins contre la Covid-19. Mais derrière ces annonces se cache une stratégie commerciale agressive.

Visiblement dépassés par la crise sanitaire, les pays se sont lancés dans une course aveugle au vaccin, qui semble se dessiner comme l’ultime espoir pour lutter contre la pandémie. En face, les laboratoires pharmaceutiques concoctent une surenchère scientifique dans le but d’attirer le maximum de commandes. Voilà à quoi s’en tenir actuellement à l’heure où la deuxième vague du virus s’avère virulente. En une semaine, les annonces sur l’efficacité de projets de vaccin contre le Covid- 19 se sont enchaînées à une vitesse effrénée. Cette surenchère montre que les enjeux financiers de cette course planétaire sont incommensurables.

L’alliance américano-allemande Pfizer/BioNTech a dégaîné la première en affirmant, le lundi 9 novembre 2020, que son vaccin était efficace à 90%, selon des résultats intermédiaires. Deux jours plus tard, les Russes de l’institut Gamaleïa ont renchéri de 2% (92%). Lundi 16 novembre 2020, c’est la société de biotechnologie américaine Moderna qui a assuré que l’efficacité du sien était de 94,5%. Puis, mercredi 18, le consortium Pfizer/BioNTech a annoncé que les résultats complets de son essai clinique étaient meilleurs encore que les intermédiaires, avec une efficacité de 95%.

Motif d’espoir
Même si ces annonces successives poussent à l’optimisme et boostent les bourses mondiales, des questions scientifiques, notamment en rapport avec les effets secondaires des différents candidats vaccins, restent encore pour le moment en suspens. D’abord, on ne sait pas si ces vaccins empêchent carrément l’infection par le coronavirus, et donc la transmission du Covid-19, ou s’ils réduisent seulement la sévérité de la maladie.

Et, surtout, on ne sait pas pendant combien de temps ils protègent, car on n’a pas le recul suffisant pour le dire : l’efficacité a été calculée seulement une semaine après l’injection de la deuxième et dernière dose du vaccin pour Pfizer/BioNTech, et deux semaines pour Moderna. Pfizer et Moderna sont déjà passés à l’étape de demande d’une autorisation de commercialisation à l’Agence américaine des médicaments.

Début septembre 2020, l’OMS avait indiqué ne pas s’attendre à une vaccination généralisée contre le Covid-19 avant la mi-2021. Dans son dernier point, daté du 12 novembre, l’OMS recense pas moins de 212 projets de vaccins en cours. Mais seulement 48 candidats vaccins sont actuellement évalués dans des essais cliniques sur l’Homme à travers le monde (contre 11 à la mi-juin). Onze en sont au dernier stade, la phase 3, où l’efficacité du vaccin est mesurée à grande échelle sur des dizaines de milliers de volontaires répartis sur plusieurs continents.

Parmi ces onze-là, les plus avancés sont ceux de Moderna et de Pfizer/BioNTech. Egalement en phase 3, on trouve le Spoutnik V russe, le vaccin d’AstraZeneca et de l’Université d’Oxford ou encore plusieurs projets de différents laboratoires chinois (Sinovac, Sinopharm ou CanSino). Les 37 autres en sont encore à la phase 1, qui vise avant tout à évaluer la sécurité du produit; ou à la phase 2, où on explore déjà la question de l’efficacité. Le premier essai clinique du vaccin contre la Covid-19 a été réalisé dans le monde le 15 mars 2020 alors que la pandémie venait de commencer en Europe et en Afrique.


X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger