Stress hydrique: au Maroc, l'été s'annonce compliqué

Les effets de la sécheresse sur l'approvisionnement en eau potable se font sentir


Après une nouvelle année pauvre en pluie, et un printemps particulièrement chaud, le stress hydrique alarme de plus en plus. L’été devrait connaître une série de mesures restrictives, alors que l’État multiplie les efforts pour sortir de l’impasse.

Même les pluies inattendues qu’ont connues plusieurs villes du Maroc à partir du 17 mai 2023 et sur plusieurs jours, ne semblent suffir à apaiser les esprits. Pour la deuxième fois de suite, le Royaume connaît une année particulièrement sèche, alors que le taux de remplissage des barrages s’établit à 32,1% à la date du 18 mai 2023, contre 33,8% exactement une année auparavant, selon les données officielles de la Direction générale de l’hydraulique, relevant du ministère de l’Équipement et de l’eau. La situation est d’autant plus inquiétante si on regarde du côté du barrage Al Massira par exemple, deuxième barrage au Maroc en termes de capacité globale (plus de 2,65 milliards m3), où le taux de remplissage a chuté à 3,7% seulement à la même date (contre 7,5% en 2022).

De quoi provoquer des craintes quant à l’approvisionnement en eau potable à l’approche de l’été , notamment dans les grandes villes, le barrage Al Massira étant une source importante d’eau pour les habitants de Marrakech, mais aussi pour l’irrigation dans les régions avoisinantes. Même le Roi Mohammed VI a du revenir à la charge, le 9 mai 2023, en présidant une session de travail au Palais royal de Rabat, consacrée au suivi de l’application du programme national d’approvisionnement en eau 2020-2027. Une mobilisation au sommet de l’État qui devrait accélérer les chantiers en cours, en particulier l’ambitieuse “autoroute” de l’eau qui devra permettre de transférer l’excédent en eau du oued du Sebou, estimé à 500 millions de m3 l’année dernière -déversé dans la mer et donc perdu-, vers l’oued Bouregreg.

Ce projet colossal, qui nécessite une enveloppe budgétaire de 6 milliards de dirhams, permettra de ravitailler Rabat et Casablanca avec des quantités allant de 300 à 400 millions de m3 d’eau. Les travaux de cette première tranche devraient s’achever en juillet ou août 2023, selon le gouvernement. “Les pouvoirs publics s’empressent pour achever ce chantier pharaonique car il revêt une grand importance. Ces mesures devraient soulager la situation un peu en attendant d’autres solutions susceptibles de mieux répondre aux défis actuels”, nous explique Mustapha El Aissat, expert du climat. Ce projet d’interconnexion des barrages qui liera le Sebou et le Bouregreg dans un premier temps, devrait s’étendre à oued Oum Er-Rebia pour sa deuxième tranche, avec comme objectif de revitaliser le barrage Al Massira qui se trouve dans une situation critique.


Baisse de débit
Quoiqu’il en soit, l’été 2023 s’annonce difficile, non seulement pour les zones rurales qui ont longtemps souffert des répercussions de la sécheresse, mais surtout dans les zones urbaines où les mesures restrictives sont de plus en plus de mise. Comme ce fut le cas l’année dernière, les populations doivent s’attendre à une baisse de débit dans les robinets, notamment durant les mois de juillet et août, alors que la demande en cette denrée vitale et précieuse augmente, et que l’évaporation dans les barrages s’accentue sous l’effet des vagues de chaleurs qui sont de plus en plus nombreuses et intenses au Maroc ces deux dernières années. Le risque de coupure durant la journée n’est pas à omettre non plus, mais reste peu probable. D’autres mesures adoptées au niveau local en 2022 pourraient être reconduites cet été. Au vu du contexte général, il ne serait pas surprenant de revoir des limitations, voire des interdictions- être imposées sur l’usage d’eau potable par les stations de lavage et dans les hammams, ou encore dans l’arrosage des espaces verts et le remplissage de piscines. Les autorités vont également encourager la réutilisation des eaux usées dans certaines activités qui s’y prêtent.

L’arme de la sensibilisation
Outre ces mesures, la sensibilisation représente un autre volet sur lequel les pouvoirs publics misent beaucoup dans les efforts pour faire face à cet inédit épisode de sécheresse. “Il est plus que jamais impératif de mettre en place une stratégie médiatique nationale pour sensibiliser sur l’importance de l’eau. Cette stratégie doit impliquer tous les intervenants possibles sans exception, et doit viser à rendre le citoyen acteur central dans la rationalisation de l’utilisation de l’eau”, souligne Mustapha El Aissat. D’après des données de l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE), révélées par la télévision publique, un Marocain utilise entre 60 à 80 litres par jour pour prendre sa douche.

Ce chiffre passe à 120 à 200 litres en cas d’utilisation de baignoire. Pour la vaisselle, la consommation s’établit entre 10 et 30 litres d’eau par jour, à cela s’ajoute 60 litres par jour pour laver les vêtements, et 6 à 12 litres aux toilettes. Le problème des fuites d’eau en raison des problèmes techniques et de l’état des canalisations se pose toujours avec autant d’insistance, puisque cela provoque la perte de 400 litres d’eau par jour par citoyen, précise la même source. Sans oublier le lavage de voiture au tuyau d’eau, pratique de plus en plus décriée, nécessite 300 litres par jour, alors les stations de lavage n’utilisent “que” 60 litres pour la même opération. Toutefois, il ne faut pas surestimer cet aspect, pondère M. El Aissat.

Pour lui, le citoyen arrive en dernière place, alors que d’autres secteurs, notamment l’agriculture, et l’industrie dans une moindre mesure, doivent être les plus concernées par les mesures de sensibilisation et surtout de rationalisation, puisqu’elles sont les plus gourmandes en eau. Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) indiquent en effet que l’agriculture s’accapare 87% de la consommation directe annuelle en eau. Elle est suivie des secteurs Administration publique/Éducation/Santé (5%), BTP (2%), commerce (1%), Électricité & eau (1%) et Hôtels & restaurants (1%). Les 3% restants reviennent à d’autres secteurs. La piste de dessalement de l’eau s’impose donc de plus en plus comme étant la principale alternative pour sortir de cette situation. Le Maroc, qui dispose actuellement de 9 stations avec une capacité globale de 147 millions de m3 d’eau, aspire passer à 20 stations d’ici 2030, avec une capacité de 1,3 milliards de m3.

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