La stagnation est- elle de retour ?

Le modèle économique qui a prévalu jusqu’ici serait-il dépassé ?

Les prix des matières premières, des produits alimentaires ainsi que ceux de l’essence et du gaz grimpent, la sécheresse s’installe dans le monde et plus particulièrement chez nous. Soit autant de signes avant-coureurs qui semblent annoncer un retour de l’inflation associée à une baisse du produit Intérieur brut agricole (PIBA) et par conséquent du PIB global.

De plus, les résultats de l’enquête de conjoncture de Bank Al Maghrib au titre du mois de décembre 2021 n’ont pas manqué d’indiquer une stagnation, d’un mois à l’autre, de l’activité industrielle. Selon ces responsables de Bank Al Maghrib, les entreprises s’attendent, pour les trois mois premiers de 2022, à une baisse de l’activité. Tout en soulignant que la part des entreprises indiquant des incertitudes quant à l’évolution de la production s’établit à 18% contre 27% pour ce qui est des ventes.

Sur un autre plan, les défaillances d’entreprises pourraient bondir après deux ans de pandémie partout dans le monde, y compris au Maroc avec 12% en 2022. Ainsi, après deux années de recul à la faveur des soutiens économiques déployés contre la pandémie, les défaillances d’entreprises vont repartir à la hausse dans le contexte de guerre en Ukraine et de la remontée des taux. C’est ce qu’anticipe l’assureur Allianz Trade dans une étude sur la santé financière des entreprises à travers le monde.

«Pour la première fois depuis 2019, les défaillances mondiales vont rebondir en 2022 et 2023», entrevoit l’assureur, tablant sur une augmentation de 10% cette année au niveau mondial et de 12% au Maroc. La lente reprise après la pandémie du Covid-19 et la hausse du taux d’inflation à des valeurs supérieures à 4% sont des signes qui rappellent les craintes exprimées de certains observateurs, notamment ceux du Centre Marocain de Conjoncture (CMC), qui, dans leur dernière livraison, indiquent qu’il est possible de voir apparaître une stagflation déstabilisante avec un taux d’intérêt encore plus élevé.

Pour ces analystes «l’activité économique est en passe de renouer avec un cycle de stagflation. La situation de sécheresse sévère ayant prévalu depuis le début de la campagne agricole a complètement anéanti les espoirs d’un retour à un rythme de croissance plus régulier après l’épisode épidémique». La flambée des prix résultant de l’instabilité des marchés dans un contexte géopolitique fortement perturbé ajoute aux difficultés du système économique à s’affranchir de sa léthargie.

Les dernières estimations s’attendent à une baisse de moitié, voire des deux tiers, du taux de croissance prévu en début d’exercice avec une inflation pouvant dépasser le seuil de 4,5%. Le plan anti-sécheresse annoncé dernièrement par les pouvoirs publics pour soutenir la paysannerie apparait, dans cette conjoncture fort contraignante, insuffisant pour redynamiser une croissance en berne.

Face à cette nouvelle situation, peut-on garder le modèle économique qui a prévalu jusqu’ici? Rien n’est moins sûr, surtout lorsqu’on sait que la mondialisation baisse en intensité et que le monde à venir serait, peut-être, plus protectionniste et plus cher