Staffan de Mistura déjà insupporté par l’Algérie?

SAHARA MAROCAIN

La voisine de l’Est a accusé le Maroc d’avoir empêché l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU de se rendre dans les provinces du Sud, avant d’être reprise par les instances onusiennes elles-mêmes, qui ont démenti. Au vrai, le successeur de Horst Köhler ne semble pas vraiment goûter l’attitude du régime algérien et les entraves que celui-ci pose à sa mission.

Non, le Maroc n’a pas empêché Staffan de Mistura de se rendre dans les villes de Laâyoune et Dakhla. “Je pense que l’envoyé personnel [au Sahara marocain] est maître de l’endroit où il va, et c’est lui qui décide où il va. C’est sa décision,” a indiqué le porte-parole du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Stéphane Dujarric, lui-même le 6 juillet 2022. Deux jours plus tôt, l’Algérie avait accusé par la voix de son soi-disant “envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental (sic) et des pays du Maghreb”, Amar Belani, le Royaume d’avoir fait montre d’“obstructionnisme caractérisé” à l’égard de M. de Mistura et par là même d’avoir fait “capoter la visite”. Le diplomate algérien avait, ainsi, allégué que “les autorités marocaines ont voulu notamment lui imposer des conditions inacceptables visant à l’empêcher d’interagir librement avec la société civile sahraouie”, sans indiquer lesquelles. Il avait aussi ajouté que “cette entrave manifeste aux efforts de l’envoyé personnel sera certainement portée, en temps utile, à l’attention des membres du Conseil de sécurité”. Il était toutefois difficile de lui accorder le moindre crédit, étant donné qu’il avait laissé entendre que M. Dujarric lui-même aurait “annoncé” que les “autorités marocaines” elles-mêmes auraient été derrière l’annulation, alors qu’il n’en était rien -un “obstructionnisme caractérisé” à l’égard de la vérité, si l’on peut dire.

Reprendre le cycle de tables rondes
Ceci dit, on peut se poser la question de savoir pourquoi M. de Mistura a fait machine arrière et n’a pas fait le déplacement au Sahara marocain, qui aurait été son premier depuis sa nomination par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le 6 octobre 2021. Jointes par Maroc Hebdo, des sources concordantes nous assurent que le Maroc avait, au contraire, donné son feu vert au programme de visite de M. de Mistura et cela dès le printemps, étant donné que le diplomate italo-suédois devait dès le mois de mai 2022 se rendre dans le Royaume, en incluant son Sahara, avant de devoir se désister en raison de la Covid-19 qu’il avait contractée quelques jours avant son arrivée.

Elles rappellent par ailleurs que si les autorités marocaines avaient vraiment pris une telle décision, elles l’auraient ouvertement communiquée comme elles l’avaient fait avec le diplomate américain Christopher Ross -qui avait également été, de janvier 2009 à mars 2017, envoyé personnel et qui, à partir de novembre 2015, était devenu “persona non grata” dans les provinces du Sud, pour reprendre le propos qu’avait tenu à son endroit le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Salaheddine Mezouar, dans des déclarations à l’agence de presse espagnole EFE.

En outre, le Maroc a fait l’accueil le meilleur à M. de Mistura en les personnes du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et du représentant permanent du Royaume auprès de l’ONU, Omar Hilale, qui l’ont tous deux rencontré le 5 juillet 2022 dans la capitale, Rabat. S’il est vrai que plusieurs mois durant le Maroc s’était opposé à sa nomination du fait de sa nationalité suédoise -qui porte à croire qu’il est susceptible d’adopter les mêmes positions ambigües à l’égard de l’intégrité territoriale du Royaume que la Suède, dont le parlement avait été sur le point de reconnaître la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” en 2015-, il n’en reste pas moins que depuis son entrée en fonction M. de Mistura a constamment bénéficié du soutien de la partie marocaine.

Celle-ci a, par exemple, dès le départ fait part de son intention de reprendre le cycle de tables rondes entamé début décembre 2018 par le prédécesseur de M. de Mistura, à savoir le diplomate allemand Horst Köhler, alors qu’Alger avait, également par M. Belani interposé, fait savoir le 12 octobre 2021 que c’était hors de question pour elle en raison d’une soi-disant “instrumentalisation éhontée (...) de la participation de l’Algérie aux précédentes tables rondes pour présenter fallacieusement [son] pays comme étant partie à un conflit régional”.

Un différend d’ordre régional
Par ailleurs, la voisine de l’Est avait poussé le mouvement séparatiste du Front Polisario à lui emboîter le pas, ce qu’il avait fini par faire en officialisant sa décision, le 30 novembre 2021, de ne pas non plus faire acte de présence aux tables rondes que M. de Mistura avait fait voeu de réinstituer. Le fait que ce dernier ait, cette fois, zappé l’Algérie après y être resté deux jours lors de sa tournée régionale de janvier 2022 n’est d’ailleurs pas sans faire dire à certains observateurs qu’il ne goûterait que peu l’attitude du régime algérien et sa volonté manifeste d’entraver sa mission, refusant catégoriquement de prêter l’oreille à une solution qui serait autre qu’un soi-disant “référendum d’autodétermination” auquel bien entendu ne participeraient que des Sahraouis acquis à la cause séparatiste et aucun de la majorité unioniste établie aujourd’hui au Sahara marocain même.

On peut, à ce propos, très bien imaginer M. de Mistura finir par renoncer, comme l’avait fait M. Köhler fin mai 2019, officiellement “pour raison de santé” mais selon toute vraisemblance du fait du blocage politique dû à l’Algérie. En tout état de cause, plus personne n’est désormais vraiment dupe de ce qui se passe réellement au Sahara marocain et de plus en plus de pays prennent conscience qu’il y a loin d’une lutte de libération nationale d’un soi-disant “peuple sahraoui” et davantage un différend d’ordre régional dont l’objectif final est de balkaniser le Maroc et ainsi, éventuellement, le mettre à genoux.

Les événements de cette année 2022, comme le rappel, le 18 mars 2022, de l’ambassadeur algérien à Madrid suite à la décision prise quatre jours plus tôt par le gouvernement espagnol de commencer à appuyer l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie, ou encore le laïus pro-séparatiste du président Abdelmadjid Tebboune lors de la réception qu’il avait accordée le 30 mars 2022 au secrétaire d’État américain, Antony Blinken, étaient, dans ce sens, venus confirmer que l’Algérie était bien partie prenante au Sahara marocain et non une simple partie “intéressée” comme veulent le faire croire, en dépit des preuves accablantes, ses responsables.

Comme l’avait résumé le 29 octobre 2022 M. Bourita, suite à l’adoption de la dernière résolution du Conseil de sécurité sur la situation concernant le Sahara marocain, “si l’Algérie a un problème, c’est avec la communauté internationale” désormais, et non plus seulement avec le Maroc, et pour le régler elle et le Polisario savent à qui s’adresser (i.e. de Mistura). “Ils n’ont pas besoin de moi comme intermédiaire,” avait justement, subtilement, glissé M. Dujarric aux médias...