Faire du sport un vecteur de développement

RAPPORT À LA COMMISSION SUR LE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

Faire du sport un vecteur de développement socio-économique, c’est le souhait de Abdelkader Bourhim, expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportifs. Il l’a fait savoir dans un récent rapport transmis à la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD).

“Le sport que nous voulons: le pouvoir économique, social et stratégique du sport dans le nouveau développement du Maroc”. C’est l’intitulé de ce rapport de vingt-six pages que Abdelkader Bourhim, expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportifs, a envoyé à la CSMD. Un véritable plaidoyer pour transformer le sport marocain en vecteur de développement.

L’importante place qu’occupe le sport au Maroc n’est plus à démontrer. En atteste le discours royal lors des Assises du sport de Skhirate, en 2008, qui exhorté les différents acteurs à «faire du sport marocain un modèle exemplaire et un facteur de cohésion sociale et de renforcement de notre rayonnement régional et international». Le gouvernement est même venu à la rescousse de ce secteur stratégique touché par le Covid-19 avec l’annonce d’une subvention de 82 millions de dirhams à 35 fédérations sportives par le ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, Othman El Ferdaous.

Abdelkader Bourhim cite d’ailleurs cet extrait dès l’entame de son rapport, comme pour rappeler la dimension de cette activité dans les politiques publiques. D’après l’expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportifs, le sport est devenu une industrie dans le monde, avec des revenus estimés à 1.200 milliards d’euros, soit 2% du PIB mondial. Il représentait 1,74% du PIB de la France en 2012 et contribue actuellement à hauteur 2% au PIB de l’Afrique du Sud, contre 0,66% au Maroc.

Les Assises du Sport de 2008, qui ont élaboré la Stratégie du sport 2008-2020 auguraient pourtant de lendemains meilleurs pour le sport marocain. Douze ans plus tard, les fruits ne semblent pas tenir la promesse des fleurs. «Force est de constater que le bilan est pour le moins mitigé au vu des performances sportives décevantes et de la rentabilité limitée du secteur pour ses acteurs et l’État marocain. Ces résultats en demi-teinte relèvent, en grande partie, du fait que le sport n’a pas été pensé comme un véritable axe stratégique de développement et surtout comme une industrie à part entière», constate-t-il.

Budgets faramineux
Ces échecs auxquels fait allusion M. Bourhim sont d’ailleurs perceptibles dans le football. L’équipe nationale du Maroc n’a plus goûté aux délices de la gloire depuis 1976, avec sa victoire à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), avec la génération d’Ahmed Faras. Il aura fallu attendre vingt-huit ans plus tard pour voir les Lions de l’Atlas se hisser à nouveau en finale avant de tomber devant le pays hôte, la Tunisie. Depuis lors, le «Mountakhab» enchaîne des performances en dents de scie et essuie les critiques des passionnés du ballons rond.

Ces résultats décevants contrastent avec les importants budgets consacrés au «sport roi», en particulier les émoluments versés aux sélectionneurs. Au total, plus de 43 millions de dirhams ont été payés aux coachs qui se sont succédé sur le banc entre 2010 et 2019. Le cas d’Eric Gerets, qui touchait environ 2,5 millions de dirhams par an entre 2010 et 2012, avait fait couler beaucoup d’encre dans la presse marocaine, au lendemain de l’élimination précoce, au premier tour, de la CAN 2012. Son salaire représentait à l’époque près de 75% de la masse salariale des sélectionneurs présents dans cette compétition. Que dire d’Hervé Renard, qui aurait perçu un salaire de 1,2 million de dirhams entre 2016 et 2019, soit le 2e meilleur salaire en Afrique.

Pendant ce temps-là, le budget de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) n’a cessé d’augmenter, et s’élevait à 730 millions de dirhams durant la saison 2016- 2017, dont 240 millions alloués à la Direction technique national (DTN). Il a même atteint la barre des 880 millions de dirhams en 2018, dont 233 millions consacrés à la Ligue nationale de football professionnel.

Pour corriger cette anomalie, le rapport préconise la mise en place d’une «véritable politique nationale et régionale du sport reposant sur la formation, la bonne gouvernance et la performance sportive et économique». Un meilleur palmarès permettrait, à coup sûr au Maroc, de développer sa notoriété et d’attirer plusieurs touristes qui affectionnent cette discipline. Le tourisme sportif a généré 800 milliards de dirhams en 2012, soit 10% des voyages internationaux et des dépenses liées au tourisme, selon l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT).

Créateur de richesses et vecteur de croissance, le sport n’en est pas moins un pourvoyeur d’emplois. Il représente 2,2% des emplois dans l’Union europèenne. «L’économie du sport procure en France pas moins de 480.000 emplois salariés, contre 240.000 au Maroc. Ces emplois concernent les activités directement et indirectement liées aux sports dans les secteurs privés et publics.

Le sport favorise l’insertion professionnelle des jeunes et des populations moins qualifiées», précise le document, qui évoque également la dimension géopolitique du sport, devenu aujourd’hui un véritable soft-power. Les mirobolantes sommes dépensées par les Etats dans le lobbying pour l’organisation de grandes manifestations sportives comme la Coupe du monde de football et les Jeux Olympiques, et la présence accrue des actionnaires américains et asiatiques, notamment dans le championnat britannique (Premier League) confirment cet enjeu stratégique.

«Le caractère multidimensionnel du sport permet d’agir sur tous les segments qui composent notre pays. De la croissance à l’emploi, en passant par la santé, l’éducation et la diplomatie, le sport, de par son agilité, est un secteur à la fois stratégique et opérationnel. En effet, en prenant des mesures significatives en ce sens, nous pourrons observer des changements dans la vie des Marocains et pour toute l’économie du Royaume», conclut Abdelkader Bourhim.


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