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LE SPECTRE DE LA RÉCESSION

UNE RÉCESSION SUR FOND D’UN RETOUR DE L’INFLATION.

Jusqu’ici, Bank Al-Maghrib (BAM), garante de la stabilité des prix à moyen terme, a tout fait pour maintenir le taux directeur à 1,5%. Et pour cause: considérant que le retour de l’inflation (aujourd’hui autour de 5,1%) à un niveau modéré sur l’horizon de prévision, soit huit trimestres, ou encore la nécessité de maintenir des conditions de financement favorables pour soutenir la reprise post-covid, justifieraient le maintien du taux directeur à ce niveau de 1,5%. Or, voilà qu’à l’issue de sa réunion du mardi 27 septembre 2022, le conseil de Bank Al-Maghrib en a décidé autrement, en relevant le taux directeur à 2%. Et ce, à l’instar de presque toutes les banques centrales du monde, qui ont augmenté les taux d’intérêt cette année avec un degré de synchronisation jamais observé au cours des cinq dernières décennies? Selon les conclusions d’une étude récente de la Banque mondiale, ce mouvement devrait se poursuivre l’an prochain. Pourtant, la trajectoire actuellement attendue des hausses de taux d’intérêt et d’autres décisions politiques pourraient ne pas suffire à ramener l’inflation mondiale aux niveaux antérieurs à la pandémie.

Or, selon toujours cette nouvelle étude approfondie de la Banque mondiale, la hausse générale et simultanée des taux directeurs en réponse à l’inflation accentue le spectre d’une récession mondiale en 2023 et menace les économies de marché émergentes et en développement de crises financières qui engendreraient des dommages durables. Même son de cloche du côté de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui considère aussi, si l’on croit sa directrice Ngozi Okonjo-Iweala, que «le monde se dirigerait droit vers une récession globale». Elle a, en effet, déclaré, mardi, qu’elle pensait que le monde se dirigeait vers une récession mondiale en raison de multiples crises en collusion, et a appelé à des politiques pour relancer la croissance.

Or, cette croissance n’en finit pas de ralentir. Non seulement au Maroc, où, dans un contexte de retour de l’inflation, elle n’a pas dépassé le seuil de 1,1% en 2022, mais aussi au niveau mondial. Pour preuve, la déclaration du président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, qui alerte sur le fait que «la croissance mondiale ralentit fortement et il est probable que le rythme s’accentue à mesure que de nouveaux pays entrent en récession. Je crains fort que cette tendance se poursuive, avec des conséquences prolongées et dévastatrices pour les populations des économies émergentes et en développement». A l’instar de ces derniers, Le Maroc n’y échappera pas.

Quelle solution adopter, alors, pour parvenir non seulement à de faibles taux d’inflation, mais aussi à la stabilité monétaire et à une croissance plus rapide? Pour le haut responsable de la Banque mondiale, le seul choix qui reste aux responsables publics est qu’ils «devraient réorienter leurs priorités, afin de s’attacher non pas à réduire la consommation mais à augmenter la production. Ils devraient aussi chercher à générer des investissements supplémentaires et à améliorer la productivité et la répartition du capital, des conditions essentielles pour la croissance et la réduction de la pauvreté». Facile à dire, mais difficile à faire.

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