La souveraineté du Maroc sur le Sahara: Les Américains persistent et signent

Aucun changement dans la position américaine relative à la reconnaissance de la marocanité du Sahara. C’est ce qu’a déclaré, le 22 février 2021, le porteparole du département américain des Affaires étrangères, Ned Price. Un revers de plus pour l’Algérie.

Les États-Unis vont “continuer à soutenir le processus de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour mettre en oeuvre une solution juste et durable à ce différend de longue date au Maroc” qu’est celui du Sahara marocain, selon le porte-parole du département d’État américain, Ned Price. Washington “soutient aussi”, d’après la même source, “le travail de [la mission de paix onusienne de] la Minurso pour surveiller le cessez-le-feu et la violence dans la région”. M. Price s’est exprimé de la sorte le lundi 22 février 2021, lors du point presse quotidien du département d’État, suite à une question d’un journaliste sur “l’examen que” l’administration Joe Biden fait ou ferait de sa “politique” eu égard aux provinces sahariennes.

Et si dans de nombreux médias marocains d’aucuns se sont félicités de la déclaration du concerné, qui selon eux irait dans le sens de la confirmation de la décision de reconnaissance de la marocanité de ces provinces actée le 10 décembre 2020 par l’administration précédente, en l’occurrence celle de Donald Trump, il y a toutefois, pour Rabat, de quoi être circonspect. Des points positifs sont bien sûr à signaler. M. Price a, d’abord, parlé d’un “différend” se déroulant “au Maroc”. Ce qui revient, tacitement, à considérer le Sahara marocain comme partie intégrante du Royaume. D’ailleurs, à un journaliste qui lui a posé la question de savoir si, en fait, l’administration Biden avait pris à rebours celle de M. Trump, M. Price a répondu “n’[avoir] aucune mise à jour pour” lui. En conséquence de quoi la seule conclusion que l’on puisse tirer, c’est que l’administration Biden reconduit la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Une décision “malavisée”
La phrase sur la Minurso est, à cet égard, également à souligner, car M. Price en a parlé comme d’une simple mission de paix et non en tant que mission devant mener à l’organisation d’un référendum d’autodétermination, comme c’était son objectif initial avant qu’il ne devienne évident pour Rabat que l’Algérie cherchait à trafiquer le corps électoral dans un sens favorable à la séparation du Sahara marocain et que, partant, le Maroc se refuse désormais au référendum dont il avait initialement, et de bonne foi, accepté le principe à la 18ème conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), fin juin 1981. “Nous allons soutenir le travail [de surveillance du cessez-le-feu et de la violence] de la mission,” a, dans ce sens, balayé M. Price lorsqu’on lui a demandé s’il fallait interpréter son propos comme étant une déclaration d’intention en faveur d’un processus devant mener à un plébiscite.

Des engagements pour la paix
Et, plus “globalement”, M. Price a réitéré le soutien US au rapprochement opéré, au mois de décembre 2020, entre le Maroc et Israël et dans le cadre duquel Washington avait, justement, reconnu la marocanité du Sahara marocain -ce que le conseiller à la sécurité nationale américain, Jake Sullivan, avait déjà fait le 24 janvier 2021 au cours de son appel avec son homologue israélien Meir Ben-Shabbat, avant d’être suivi ce 17 février 2021 par M. Biden en personne au cours d’un échange, également téléphonique, avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. M. Price n’a, ceci dit, pas démenti l’existence d’un examen, de la part de l’administration Biden, de la position des États- Unis quant au Sahara marocain et a juste confié qu’il n’y avait “aucune mise à jour pour le moment”.

Ce qui peut laisser entendre que lorsque le secrétaire d’État américain, Tony Blinken, avait déclaré le 19 janvier 2021 au Sénat, au moment d’être confirmé à son poste, qu’“il y a certains engagements qui ont été faits dans le but d’inciter [les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc] à normaliser leurs relations avec Israël que [son pays] devr[ait], à [s]on avis, examiner attentivement”, il avait, éventuellement, en tête le Sahara marocain. Le sénateur républicain de l’État de l’Oklahoma et pro-séparatiste notoire, Jim Inhofe, avait d’ailleurs révélé, à cette occasion, avoir préalablement discuté avec lui, en particulier, de la question du Sahara marocain et avoir, avec lui, une “compréhension partagée”, et de fait appelé à sa nomination immédiate.

Et si, certes, M. Blinken n’a, depuis lors, pas agi dans un sens qui peut laisser penser qu’il militerait en faveur d’un retrait de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara marocain, en même temps qu’il a par exemple agi pour bloquer la vente de la cinquantaine de chasseurs F-35 consentis le 20 janvier 2021 aux Émirats en échange de la normalisation avec Israël, il n’en est pas moins resté élusif, ignorant même le 27 janvier 2021, au cours d’un point presse qu’il a donné, une question à ce propos.

Prétentions séparatistes
Il se peut, ceci dit, qu’au final, même si l’on ne peut bien sûr gager de rien, il ne s’agisse que d’une posture, et qu’aucun examen ne soit, en vérité, en cours. Car il faut dire que l’administration Biden fait face actuellement à de nombreuses pressions, au sein de la classe politique américaine, pour retirer la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. La principale pression émane notamment de M. Inhofe, mentionné plus haut, et qui vient le 17 février 2021 de mobiliser, aux côtés de son compère démocrate de l’État du Vermont, Patrick Leahy, vingt-cinq sénateurs pour “exhorter [M.] Biden à annuler la décision” qu’ils qualifient de “malavisée” relative au Sahara marocain. Les concernés ont, ainsi, qualifié dans une lettre les “revendications” du Maroc comme étant “illégales”.

Et il faut à cet égard rappeler que M. Inhofe, qui dès novembre 2005 avait commencé à soutenir, au niveau du Sénat, les prétentions séparatistes du mouvement du Front Polisario au Sahara marocain, fut la principale force de résistance derrière le retard dans l’officialisation de la décision du 10 décembre 2020 de M. Trump sur le statut de la région. Ainsi, le média électronique américain Axios avait affirmé, dans un article publié le 11 décembre 2020, qu’un accord aurait en fait été trouvé “plus d’un an auparavant” entre le Maroc, les États-Unis et Israël, et que c’est M. Inhofe, qui préside le comité des forces armées au Sénat et comptait beaucoup pour M. Trump à la deuxième chambre du parlement américain, qui aurait bloqué son avalisation, avant qu’une prise de becs au sujet d’une disposition de la loi d'autorisation de la Défense nationale que vote chaque année le Congrès n’accélère en quelques jours seulement les choses dans un sens favorable au Royaume (lire n° 1374, du 18 au 24 décembre 2020).

Outre M. Inhofe, le tandem formé par les diplomates américains James Baker et John Bolton s’active également pour que M. Biden signe un ordre exécutif retirant la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. M. Bolton, qui fut plus de dix-sept mois durant (9 avril 2018-10 septembre 2019) conseiller à la sécurité nationale de M. Trump et avait, à ce titre, également été d’un grand appui à M. Inhofe dans son lobbying en faveur de la séparation du Sahara marocain, avait été le premier, le 15 décembre 2020, à commettre une tribune sur le site du mensuel américain Foreign Policy, avant d’être suivi deux jours plus tard, le 17 décembre 2020, par M. Baker dans le quotidien The Washington Post.

Un allié de taille
En fait, le duo, qui fut en charge, au tournant du siècle, de la question du Sahara marocain au niveau de l’ONU, puisque M. Baker était l’envoyé personnel de Kofi Annan, le secrétaire général de l’organisation, dans la région et M. Bolton son adjoint, semble encore garder en travers de la gorge le refus par le Maroc des plans Baker I et Baker II, “dans la mesure où il [les] a estimé[s] contraire à ses intérêts nationaux fondamentaux et à la paix et à la sécurité de la région du Maghreb”, comme le soulignait en juillet 2003 le gouvernement Driss Jettou.

Enfin, on a vu, ce 19 février 2021, la présidente du Centre Robert F. Kenney pour la justice et les droits humains, Kerry Kennedy, rallier par le biais d’Africa Portal, tribune électronique de l’Institut sud-africain pour les affaires internationales (SAIIA), la campagne menée actuellement outre-Atlantique contre l’intégrité territoriale du Maroc, sachant que la concernée a notamment joué un grand rôle dans la promotion de la figure de la séparatiste sahraouie Aminatou Haïdar aux États-Unis.

Le Maroc demeure, ceci dit, un allié de taille pour les États-Unis dans la région, et même son plus ancien allié tout court puisque le plus ancien traité jamais signé par le pays de l’oncle Sam est celui conclu avec le Royaume en 1786, soit voilà plus de 235 ans. Dans une interview diffusée le 14 décembre 2020 par le média électronique Kifache TV, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait, à ce propos, rappelé, le fait que le Maroc était, depuis 2004, allié majeur non membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), qu’il avait avec les États-Unis, depuis 2006, un accord de libre-échange, étant “le seul pays en Afrique” à pouvoir s’en prévaloir, que c’est dans le Royaume qu’est mené depuis 2008 le plus grand exercice militaire américain extra-territorial, à savoir celui d’Africa Lion, ou qu’il était encore “un partenaire essentiel (...) dans la lutte antiterroriste” -le Bureau fédéral d’investigations (FBI) et l’Agence centrale de renseignements (CIA) américains viennent d’ailleurs de saluer, dans deux lettres séparées, “le niveau de coopération distingué et de partenariat avancé qui les lient” à ce niveau à la Direction générale de la Surveillance du territoire (DGST).

Déclarations officielles
“La relation maroco-américaine n’est pas liée aux administrations,” avait insisté M. Bourita. Une analyse partagée notamment aux États-Unis par l’ancien conseiller à la sécurité nationale du président George W. Bush et récent représentant spécial pour l’Iran de M. Trump, Elliot Abrams, comme il s’en est expliqué dans un texte publié le 3 février 2021 sur le site du bimensuel National Review.

Qui plus est, MM. Sullivan et Biden se sont engagés, dans leurs échanges avec les responsables israéliens, à consulter Tel-Aviv pour tout ce qui avait trait à sa sécurité. Et s’il faisait évidemment référence en premier lieu au programme nucléaire iranien, les accords de normalisation avec les pays arabes, et notamment celui avec le Maroc, ne peuvent certainement y échapper.

Jason F. Isaacson, qui est le directeur exécutif associé pour la politique du Comité juif américain (AJC), un lobby juif américain, que le roi Mohammed VI avait décoré, fin septembre 2009, du Wissam Al-Arch de l’ordre de Grand officier, vient ainsi de prendre la plume, le 11 février 2021, en faveur du Royaume et de son intégrité territoriale, en soulignant qu’“un Maroc renforcé par la résolution du différend du Sahara (...) et par une coopération dans de multiples secteurs avec Israël sera un partenaire toujours plus efficace des États-Unis pour promouvoir la stabilité régionale, contrer les forces extrémistes et répondre aux besoins humains” et que “l'administration Biden dispose désormais des outils politiques pour maintenir la force [des] partenaires marocains” de Washington -les responsables israéliens, on peut l’imaginer, ne doivent pas en penser moins.

Au final, et plus important sans doute que les paroles, ce seront au final les actes qui vont compter, avec d’abord le maintien du consulat américain inauguré le 10 janvier 2021 dans la ville de Dakhla, et, par la même occasion, des investissements prévus au Sahara marocain dans le cadre du mémorandum d’entente signé le 22 décembre 2020 avec la Société de financement du développement international des États-Unis (DFC).

Et c’est à cette aune qu’il faudra, in fine, considérer l’administration Biden, dont il ne faudra peut-être jamais attendre qu’elle se fende de déclarations officielles du même tonneau que celles de M. Trump. En même temps, Rabat doit faire en sorte, à son tour, de continuer à agir en coulisses et ne pas considérer que tout est acquis, indépendamment des arguments soulignés plus haut par M. Bourita. C’est, surtout, dans les derniers mètres qu’il faut le plus faire étalage de son jus...