Comment soutenir les ressorts de l’activité dans un contexte hyperinflationniste?

L’ère de l’argent facile, c’est fini

Face à l’inflation et à la contraction de la demande au niveau mondial, les pouvoirs publics doivent-ils retrouver au plus vite l’orthodoxie monétaire et budgétaire?

Les multiples chocs frappant l’économie mondiale provoquent des effets dévastateurs. La croissance mondiale devrait passer de 6,1% en 2021 à 3,6% en 2022, et l’inflation reste très élevée. Vu l’augmentation des prix des hydrocarbures, le pouvoir d’achat des pays importateurs de gaz et de pétrole (comme les pays de l’Union européenne ou certains pays en développement comme le Maroc) est ponctionné par le transfert de revenus vers les pays producteurs (et à leur tête les Etats Unis, qui sont devenus, depuis une décennie, exportateurs de pétrole et de gaz) qui le thésaurisent. Il en découle un mécanisme typiquement stagflationniste: inflation et contraction de la demande au niveau mondial.

La situation est d’autant plus préoccupante que les pénuries ne concernent plus seulement l’énergie, mais aussi certains composants clés du secteur des technologies de l’information et de la communication, des produits agricoles de base, sans oublier les vaccins pour les pays mal dotés. Demain l’eau et/ou les terres agricoles pourraient se trouver au centre des conflits internationaux. Qui supportera, alors, le coût de l’inflation? Selon certains analystes, Il se peut que ce soit les salariés qui le supporteront, à moins qu’ils ne parviennent à faire entendre leurs revendications salariales. Au niveau des gouvernements, il semble, selon ces mêmes analystes, que ces derniers ne pourront surmonter le péril inflationniste sans un brutal relèvement des taux d’intérêt, quitte à précipiter une dépression.

Le fait que les ruptures dans l’organisation des chaines de production soient mondiales devrait inciter à la prudence. Il se pourrait que l’inflation soit une caractéristique de ces nouvelles régulations par la pénurie, vis-à-vis face auxquelles les banques centrales sont mal armées. N’empêche que sous pression et pour conjurer l’inflation (déjà à 8,1% en mai 2022 en zone euro), non seulement la Banque de Réserve (FED) américaine mais aussi la Banque centrale européenne (BCE) sont en train de mettre un terme à leur politique de Quantitative Easing (QE), pour passer désormais au Quantitative Tightening (QT). L’ère de l’argent facile, celui des taux d’intérêt faibles ou nuls, va bientôt finir. Côté Bank Al Maghrib (BAM), la prudence semble être de rigueur, mais jusqu’à quand?

Dans ce contexte, les pouvoirs publics font face à des arbitrages difficiles. Il s’agit, d’une part, de lutter contre l’inflation sans pénaliser la reprise et, d’autre part, d’aider les populations vulnérables pénalisées par la hausse des prix tout en reconstituant une marge de manoeuvre budgétaire. La conduite de la politique monétaire et de la politique budgétaire devrait se faire de manière différenciée selon les pays en fonction de l’exposition à la guerre, de l’évolution de la pandémie et de la vigueur de la reprise.