SOS TOURISME

Le gouvernement tue le secteur touristique à petit feu

Alors que l’on envisage de financer un nouveau modèle de développement, peut-on raisonnablement continuer de tuer un secteur qui, bon an mal an, génère 15% du produit intérieur brut (PIB)?

Il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour dire que la gestion que fait depuis une vingtaine de mois le Maroc de la pandémie de Covid-19 n’est pas bonne. L’évolution du nombre de cas à travers le temps suffit à l’attester. Valeur aujourd’hui, on en est à une moyenne quotidienne d’à peu près cent. Et même si cela peut sans doute aussi s’expliquer par le fait que de moins en moins de gens vont se faire tester, la prouesse n’en reste pas moins énorme.

Mais comme le dit l’adage marocain, aucune beauté n’est exempte de défauts. Et, puisqu’on ne peut en faire l’économie, aucun gouvernement n’est exempt de son Khalid Aït Taleb. Dans un précédent éditorial déjà, nous avions souligné comment notre ministre de la Santé et de la Protection sociale nous avait fait rater les bénéfices sonnants et trébuchants que notre pays pouvait tirer de l’accueil de l’assemblée générale de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Pour rappel, c’est dans la ville de Marrakech que devait initialement se tenir, du 30 novembre au 3 décembre 2021, cet événement que d’aucuns considèrent comme la grand-messe du tourisme dans le monde.

Et qui, comme on peut l’imaginer, ramène automatiquement son lot de touristes, Covid-19 ou pas. Mais cela c’était avant que M. Aït Taleb ne vienne y mettre son nez et affoler, à coup de graphiques prophétisant une énième vague, ses collègues du gouvernement. Résultat, c’est la capitale espagnole, Madrid, qui peut se frotter les mains de remplacer Marrakech au pied levé, puisqu’elle ne pouvait bien sûr pas cracher sur une opportunité jugée comme idoine pour relancer son secteur touristique. Quant au Maroc, il n’a pas eu, certes, d’énième vague -pour l’instant-, mais il n’a pas donc eu non plus de devises et les emplois qui vont avec.

Entendons-nous bien: c’est l’ensemble du gouvernement, et pas seulement M. Aït Taleb, qui assume cette décision à tout le moins suicidaire. La frilosité, ce péché sans doute capital que ne doit pas avoir un Exécutif qui se respecte, ne saurait être mise sur le compte d’un seul homme, aussi influent soit-il. Mais les faits sont ce qu’ils sont, et sans doute cette pandémie a-t-elle donné trop de pouvoir à un technocrate pur jus qui a, certes, les qualités, mais aussi tous les défauts de son extraction: apolitique à outrance et adepte compulsif de la fameuse loi de l’instrument, qui veut que “si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou”. En clair, il faut bien sûr continuer de privilégier les vies humaines, surtout compte tenu de nos “capacités” hospitalières, si l’on peut les appeler ainsi.

Mais un équilibre est aussi à trouver, et il est surtout possible: autant on exige dorénavant du citoyen un pass pour le laisser accéder à différents lieux publics, autant on peut se contenter d’en faire de même à destination des touristes étrangers. Pourquoi carrément fermer nos frontières aériennes à certains pays? Pendant ce temps, l’Espagne, justement, ou encore la Tunisie en profitent. L’Égypte est par exemple allée, elle, jusqu’à exempter les touristes de vingt-huit pays de visa d’entrée, tandis que la Turquie s’attend d’ores et déjà à des recettes touristiques de 30 milliards de dollars en 2022.

Alors que l’on envisage de financer un nouveau modèle de développement, qui inclut d’ailleurs en partie la généralisation de la couverture sociale -n’est-ce pas M. Aït Taleb?-, peut-on raisonnablement continuer de tuer un secteur qui, bon an mal an, génère 15% du produit intérieur brut (PIB)? Le choix semble clair ou, en tout cas, il devrait l’être...