Sommet UE-UA : Ghali bon marché

Pour le bien de l’Afrique, en général, et du Maghreb, en particulier, il est sans doute plus que temps de mettre fin à cette fumisterie qui n’a que trop duré.

Il est venu. Il a vu. Et puis il est reparti dans l’anonymat le plus total, comme s’il n’avait jamais été là. Il s’agit bien sûr du secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, présent pour le dernier sommet Union européenne (UE)- Union africaine (UA) à Bruxelles en tant que “président” de la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), au nom de laquelle son mouvement revendique la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne.

Pendant les deux jours qu’a duré l’événement, du 17 au 18 février 2022, le concerné a cherché à donner un semblant de légitimité à l’entité fantoche. En soi, le fait qu’il y ait participé a été présenté comme “une grande victoire diplomatique et politique” -dixit Oubi Bouchraya El Bachir, membre du secrétariat “national” du Polisario chargé de l’Europe et de l’Union européenne (UE).

Naturellement, le Maroc aurait préféré que M. Ghali ne se trouve pas dans la capitale belge, et l’on sait de source sûre que des pressions diplomatiques ont été exercées par lui pour que le dirigeant polisarien ne fasse pas le déplacement. Au final, cela n’aura pas été une si mauvaise chose, car le sommet a une nouvelle fois prouvé, en mondovision s’il en fallait, que c’en était bien fini du récit séparatiste et que ce dernier ne trouve plus grâce qu’auprès de la junte algérienne, marraine du Polisario depuis le déclenchement du différend régional autour du Sahara marocain en novembre 1975, et de quelques autres rares régimes aux convictions arrêtées comme celui de l’actuelle Afrique du Sud: le président du pays d’Afrique australe, Cyril Ramaphosa, a d’ailleurs été le seul responsable à tenir des entretiens avec M. Ghali en marge du sommet.

La veille du sommet, le porte-parole européen pour les Affaires externes, Peter Stano, s’était personnellement chargé de rappeler que c’était à la seule initiative de l’UA que M. Ghali avait été invité, et que pour leur part les vingt-sept pays de l’UE ne reconnaissaient pas la “RASD”. “[L’invitation de l’UA] ne change rien à la position de l’Union européenne,” tranchait-il.

S’agissant de l’Espagne en particulier, on avait notamment glosé sur le bref échange entre le président du gouvernement de la voisine du Nord, Pedro Sanchez, et M. Ghali, dans la mesure où beaucoup y avaient vu un retour en arrière par rapport au feuilleton de détente entamé depuis plusieurs mois avec le Maroc, mais comme la partie espagnole l’a elle-même laissé fuiter dans ses médias, c’est le secrétaire général du Polisario qui, de son propre chef, est venu aborder M. Sanchez pour justement s’excuser de la crise qu’il a lui-même provoquée entre Madrid et Rabat en étant hospitalisé à partir d’avril 2018 sur la péninsule Ibérique après son atteinte de la Covid-19.

En tout état de cause, M. Ghali et la soi-disant “république” qu’il affirme représenter semblent davantage constituer aujourd’hui un boulet pour le concert des nations, et le fait est que pour le bien de l’Afrique, en général, et du Maghreb, en particulier, il est sans doute plus que temps de mettre fin à cette fumisterie qui n’a que trop duré. D’un côté, la “RASD” continue encore de ne pas remplir la condition essentielle pour pouvoir prétendre au statut d’État, à savoir celle du territoire, récupéré depuis la seconde moitié des années 1970 déjà par le Maroc.

Sans les subsides d’Alger, cela ferait bien longtemps qu’elle aurait sans doute été jetée dans les oubliettes de l’Histoire: pour la seule année 2021, la capitale algérienne a débloqué 1,3 milliard de dollars en faveur du Polisario, selon une information du journal électronique “Algérie Part Plus”. “Depuis 46 ans, nous dépendons de l’Algérie et sollicitons quotidiennement son aide pour avoir de l’eau, le gaz, le gasoil et les armes.

Nous ne pouvons rien faire à nous seuls,” reconnaissait, le 20 décembre 2021, le “ministre” du Polisario chargé “des Territoires occupés et de la Diaspora sahraouie”, Mustapha Sidi El Bachir -avant de disparaître quelques jours plus tard à son retour en Algérie. De l’autre côté, la communauté internationale a tranché depuis belle lurette quant au statut du Sahara marocain: en appelant chaque année à la poursuite des tractations, le Conseil de sécurité conteste moins la marocanité de la région qu’il ne cherche avant tout à enterrer le dossier pour de bon.

Le principal pays de ce conseil, à savoir les États-Unis, continue d’ailleurs d’appeler les parties prenantes que sont le Maroc et l’Algérie et dans une moindre mesure la Mauritanie et le Polisario à s’asseoir autour d’une table tout en ayant lui-même d’ores et déjà reconnu la souveraineté du Royaume sur les provinces concernées. Voilà à quoi en est désormais réduite la partie séparatiste: s’afficher dans les fora pour donner l’impression d’exister encore. Et pourtant même dans la bataille des images elle échoue lamentablement...

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