Sommet de l'Otan: Quand Sanchez s'humilie et humilie son pays

Le président du gouvernement espagnol voulait marquer un coup en abordant avec le président américain ses inimitiés avec le Maroc. Mal lui en a pris.

Pour n’importe quel quidam connaissant un peu ses définitions, cela s’appelle se taper une petite marche. Mais pour le gouvernement espagnol, ce serait plutôt une rencontre au sommet. Ce qui est vrai, pour que les médias marocains ne soient pas non plus taxés de nihilisme, c’est que le président de l’Exécutif de la voisine du nord, Pedro Sanchez, a bel et bien rencontré ce 14 juin 2021 à Bruxelles le président américain Joe Biden, et que c’était bel et bien à l’occasion d’un sommet, en l’occurrence celui de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Mais pour dire la vérité, toujours, ce n’est pas exactement ce à quoi on s’attendait, en partant du moins des annonces triomphalistes que l’on retrouvait au cours des jours précédents dans les médias proches de M. Sanchez et de son cabinet. Car ces médias, qui faisaient étonnamment profil bas après coup, avaient notamment parlé d’une condamnation par Washington du Maroc pour l’afflux à la mi-mai de quelque 10.000 migrants irréguliers sur le préside occupé de Sebta, couplé même à l’officialisation d’un revirement eu égard à la reconnaissance de la marocanité de la région du Sahara, actée pour rappel le 10 décembre 2020 par le prédécesseur de M. Biden, Donald Trump. Chose qui aurait carrément été discutée par la ministre des Affaires étrangères de M. Sanchez, Arancha Gonzalez, au cours de son coup de téléphone du 11 juin 2021 avec son homologue US, Tony Blinken.

Langage corporel
Que l’administration Biden n’ait, à ce jour, pas aussi explicitement soutenu l’intégrité territoriale du Royaume, certes c’est un fait, mais pourquoi le président américain aurait-il profité du sommet de l’OTAN exactement pour faire une annonce que la partie marocaine aurait considérée comme hostile à son égard, sachant qu’en plus se trouvent depuis le 7 juin 2021 dans les provinces sahariennes les troupes des Forces armées des États-Unis pour participer en compagnie des Forces armées royales (FAR) à l’exercice annuel Africa Lion?

M. Biden avait, à l’évidence, d’autres chats à fouetter -notamment la Russie, dont il doit rencontrer ce 16 juin 2021, et ce pour la première fois depuis son investiture le 20 janvier 2021, le président, Vladimir Poutine. Et cela s’est vu jusqu’à son langage corporel, puisqu’au moment où M. Sanchez l’a abordé pour lui parler et décrocher son entrevue, il regardait ailleurs et semblait occupé par des sujets autrement plus importants que les plaintes du président du gouvernement espagnol, qui à la fin et au bout d’une vingtaine de mètres seulement a donné l’impression d’avoir enfin compris le message et s’est en tout cas volontairement mis en retrait.

Les connaisseurs de l’histoire se seront peut-être particulièrement rappelé à cet instant de l’épisode de trois mois de la guerre hispano-américaine de 1898, à la suite de laquelle les États-Unis avaient remis le déclinant Empire colonial espagnol à sa place -le pays de l’oncle Sam avait notamment aidé Cuba à obtenir son indépendance de Madrid. Plus brève aura ceci dit été l’humiliation de M. Sanchez. Ou la “rencontre”, si on veut.