Sommet Afrique-France: Ne surtout pas mourir de honte

Le sommet Afrique-France 2021 a coïncidé avec deux crises entre Paris et des pays africains.

Hasard du calendrier, ou pas, le sommet Afrique- France de cette année 2021 a coïncidé avec deux crises entre Paris et des pays africains: l’une avec le Mali, conséquence logique de l’annonce, le 10 juin 2021, de l’arrêt de l’opération Barkhane, au moyen de laquelle les forces armées françaises contribuent depuis le 1er août 2014 à la stabilisation du Sahel; l’autre avec l’Algérie, suite aux “propos irresponsables” -dixit le ministère des Affaires étrangères algérien- du président Emmanuel Macron, qui, lors d’une rencontre en date du 30 septembre 2021, avait mis en cause le “système politico-militaire qui”, selon lui, “s’est construit sur cette rente mémorielle” qu’a été la colonisation de la voisine de l’Est par la France, Alger ayant même rappelé le 3 octobre 2021 son ambassadeur Mohamed-Antar Daoud et fermé son espace aérien aux avions militaires français devant justement participer à Barkhane.

D’aucuns sont allés jusqu’à mettre cela sur le compte d’une soi-disant inexpérience de M. Macron, qui vient par ailleurs d’avoir également maille à partir avec les États-Unis et l’Australie après que les premiers aient subtilisé à la France un marché de 56 milliards d’euros que celleci négociait depuis plus de cinq ans avec la deuxième -les ambassadeurs français dans ces deux pays avaient été rappelés à Paris le 17 septembre 2021.

Et il est vrai que le concerné est peut-être arrivé trop haut, trop vite, élu en mai 2017 moins de cinq ans après ses débuts politiques, quoiqu’il puisse s’appuyer, au titre de ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, sur un vieux routier en la personne de Jean-Yves Le Drian, également passé par le département de la Défense sous la présidence de François Hollande. Mais il faudrait aussi y voir, éventuellement, la répétition d’une erreur dont l’avertissait déjà en décembre 2017, lors d’un conférence de presse conjointe, le président ghanéen Nana Akufo- Addo et qu’avait commise en son temps le pourtant président au long cours, François Mitterrand, coupable justement lors d’un autre sommet Afrique-France, tenu celui-là en juin 1990 dans la commune de La Baule, dans l’Ouest de la France, d’un fameux discours conditionnant l’aide au développement française à la “démocratisation” des pays qui voudraient en être les récipiendaires: avec le flair politique qu’on lui connaît, feu le roi Hassan II sera le premier à lui rétorquer que “les pays ne meurent jamais de pauvreté, mais [qu’]ils peuvent mourir de honte”, balayant d’un revers de main une allocution qui fut, à juste titre, considérée comme condescendante par les chefs d’État africains présents. En guise de La Baule, M. Macron a, lui, son discours de Ouagadougou, donné comme son nom l’indique dans la capitale burkinabè et où, quelque six mois après son élection, en novembre 2017, il clamait “qu’il n’y a plus de politique africaine de la France”. “Il y a une politique que nous pouvons conduire, il y a des amis, il y a des gens avec qui on est d’accord, d’autres non,” dira-t-il.

Mais au fil des années, M. Macron a, en vérité, fini par tomber dans ce même paternalisme mitterrandien dont son ancienne version aurait, du moins publiquement, dénoncé les relents: on a cité plus haut l’Algérie et le Mali; on pourrait en dire autant de nombreux autres pays dont M. Macron se plaît à dénoncer les “tripatouillages constitutionnels”, mais cela de façon tellement sélective que l’on finit par deviner que ce sont avant tout les intérêts de la France qui restent en jeu, et que même quand il a raison de s’élever -sur la nature du régime algérien, par exemple- on ne peut que se mettre à soupçonner l’existence d’un agenda caché.

À côté, on se dit qu’au moins le Maroc, avec sa politique délibérée de non-ingérence qui l’amène souvent à frayer avec des chefs d’État et de gouvernement pas tout-à-fait fréquentables, a pour lui la cohérence. Au demeurant, et cela l’activiste burkinabè Ragnimwendé Eldaa Koama l’a bien souligné en invectivant, sur l’estrade du sommet Afrique-France, M. Macron, ce n’est pas à ce dernier de “réveiller et réaliser ce [que les peuples africains ont] décidé”. Le président français a donné l’impression de l’écouter attentivement; on espère pour lui, et pour l’avenir des relations entre l’Afrique et la France, qu’il ne se contentera plus seulement de le faire en mondovision.