Les six ruptures de l'Istiqlal

Nizar Baraka et Hamid Ould Rchid avec des membres de la direction du parti.

LE PROJET ALTERNATIF DE DÉVELOPPEMENT


Il faut opérer le passage de l’éparpillement des efforts et des ressources à un ciblage des programmes et des actions sur les ménages et les territoires.

La formation istiqlalienne persiste et signe. Après avoir présenté un projet de loi de finances rectificatif à la fin mai 2018, le parti rebondit cette fois en publiant un plan décliné autour de «six ruptures » devant marquer une nouvelle vision du modèle de développement. Il a fait l’objet d’une réunion de presse tenue le jeudi 29 novembre 2018, à Casablanca, à l’initiative de l’Alliance des économistes istiqlaliens. Ce projet se veut une analyse couplée à des propositions d’amélioration du projet de loi de finances 2019 actuellement en délibération à la Chambre des conseillers après son adoption par la Chambre des représentants.

Crise de confiance
Il intéresse en particulier quatre domaines: l’amélioration des conditions des jeunes, le développement de la classe moyenne, l’encouragement des PME et des TPE, enfin la réduction des disparités territoriales. Cela dit, la première rupture intéresse le modèle de gestion actuel, à revoir et à corriger en profondeur. Un processus de transition est ainsi défendu; il doit assurer l’évolution «d’une société basée sur l’intermédiation, les avantages et les formes de privilèges, à une société de droit garantissant l’équité». En l’état, le mode de développement actuel a atteint ses limites. Il est devenu même contre-productif en ce sens qu’il génère une crise de confiance. Pourquoi? Parce qu’il astreint pratiquement au recours aux passedroits, aux réseaux et à la corruption pour permettre l’accès à ses propres droits. Il s’en suit son incapacité à garantir une justice équitable ainsi qu’une concurrence saine.

Si bien que le citoyen, malgré les avancées démocratiques consacrées dans la nouvelle Constitution, n’accorde que peu de crédit aux instituions élues et à la capacité des acteurs et à l’administration à garantir l’égalité des droits et l’équité de traitement.

Inégalités sociales
Dans ce même registre, est mise en relief la deuxième rupture. Elle regarde un nécessaire changement de gouvernance. Celle-ci doit passer d’une approche basée sur l’urgence et la réaction face aux «foyer de crise» à autre chose: l’anticipation et la vision stratégique à long terme. Quant à la troisième rupture, elle s’attache à la mise en oeuvre des politiques publiques. Il faut ainsi opérer le passage de l’éparpillement des efforts et de l’utilisation des ressources à un ciblage des programmes et des actions sur les ménages et les territoires.

Il y a bien eu depuis deux décennies une dynamique de développement, mais celle-ci a-t-elle réduit les inégalités sociales et territoriales? Le fait n’est guère établi malgré l’importance, la multiplicité et la succession des politiques publiques et des programmes économiques et sociaux.
Ce qui est en jeu à cet égard c’est l’accession à terme à un nouveau palier de développement. Il doit viser à valoriser tout le potentiel social et territorial mais aussi à assurer l’inclusion de tous les citoyens dans cette dynamique. Il doit également se préoccuper de garantir un ciblage précis des bénéficiaires des politiques sociales en évaluant l’impact des politiques publiques sur le pouvoir d’achat et la vie quotidienne des ménages. Mais il y a plus.

Ainsi, la quatrième rupture proposée doit prendre en charge une nouvelle méthodologie priorisant la cohérence et la complémentarité des services et des projets de développement au niveau des territoires et ce en lieu et place d’une gestion sectorielle, peu intégrée parce que pratiquement «en silos». Ce qui est recommandé dans cette même ligne c’est une approche systémique; celleci doit être basée sur la contractualisation dans plusieurs directions; une stratégie industrielle globale; complémentaire et intégrée avec les métiers mondiaux du Maroc; le développement du potentiel de valorisation des ressources naturelles et des territoires; enfin, une politique tournée vers la consolidation et l’extension d’une infrastructure matérielle et immatérielle favorisant l’accès des produits nationaux aux marchés internationaux.

Potentiel social
Pareille orientation –c’est la cinquième rupture– doit également prendre davantage en charge l’orientation des investissements vers le renforcement des capacités humaines et des entreprises ainsi que des organisations. Consolider le capital humain et ses capacités: voilà l’axe stratégique. Mais il faudra veiller à ne pas se borner aux «compétences techniques» mais s’attacher à des valeurs déclinées autour de la citoyenneté, du mérite, du travail, du respect des normes et des engagements, du savoir-être, du savoir- apprendre et du savoir-communiquer. Il faut y ajouter l’importance des investissements dédiés au développement des technologies et de l’innovation. Le challenge ici est le suivant: passer du stade de consommateur à celui de producteur de technologie et d’innovation.

La dernière rupture, elle, se soucie de l’utilisation des ressources naturelles. Veiller à leur bonne consommation; valoriser leur développement, garantir leur durabilité: autant de principes à inscrire dans des objectifs nationaux liés au développement des secteurs de l’économie verte et bleue. En même temps qu’une stratégie énergétique couplant les capacités de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, il importe de mettre sur pied un programme d’efficacité hydrique basé sur des objectifs précis en matière de durabilité, de distribution équitable et de valorisation de la ressource hydrique. Le crédo doit être une consommation responsable de ces ressources pour améliorer aussi les conditions de vie des citoyens.

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