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Situation de la santé mentale au Maroc : Un état des lieux catastrophique

Le secteur de la santé mentale continue de souffrir des maux les plus graves. Insuffisance des unités hospitalières, pénurie des médecins spécialisés et des infirmiers et une gestion pour le moins anarchique des services psychiatriques. C’est le constat dressé par le Conseil national des droits de l’Homme.

Les psychologues et les psychiatres vous le diront: la santé mentale au Maroc est très pauvre. Tellement pauvre que les malades sont souvent livrés à leur sort. Les conclusions contenues dans un rapport du Conseil national des droits de l’Homme sur le domaine font, en effet, froid dans le dos: le pays dispose de seulement 34 unités médicales de santé mentale. 25 hôpitaux publics sont dotés de services psychiatriques, six centres spécialisés et quatre services psychiatriques qui dépendent des CHU de Fès, Rabat, Marrakech et Casablanca.

Bien que les unités existantes permettent de couvrir plus de 2.225 lits, ce qui est en soi faible, il est néanmoins regrettable de constater que la plupart d’entre elles sont dépourvues du matériel médical et sanitaire le plus élémentaire: absence d’équipements spécialisés, services et bureaux en ruine et une infrastructure hospitalière dévastée. S’ajoute à cela une pénurie grave des médecins spécialisés et des infirmiers.

Un budget insuffisant
Pour les premiers, leurs nombre ne dépasse pas 400 médecins répartis entre le secteur public et le secteur privé. Quant aux infirmiers, ils ne dépassent pas environ un millier. On note également que la répartition régionale en matière de santé mentale est inégale, car l’axe Casa-Kénitra se taille la part du lion où seule la ville de Casablanca s’accapare 60% des ressources. Côté médicament, les spécialistes déplorent que le budget de 90 millions de dirhams alloué aux médicaments psychotropes reste insuffisant avec absence des médicaments de nouvelle génération.

Face à cette machine technique et humaine en faillite, les malades mentaux montent en flèche chaque année. Les chiffres de l’Enquête épidémiologique nationale sur la prévalence des troubles mentaux et les toxicomanies au Maroc, réalisée récemment par le ministère de la Santé en collaboration avec l’OMS, fait état de 26,5% des Marocains souffrant de troubles dépressifs, 9% de troubles anxieux, 5,6% de troubles psychotiques, 1% de schizophrénie, 2% d’abus d’alcool et 1,4% de dépendance alcoolique.

Pour le CNDH comme pour les spécialistes, si cette situation perdure, elle va exposer les malades à des rechutes fréquentes ainsi qu’à la marginalisation et à l’exclusion sociale. D’où les recommandations du CNDH d’améliorer le système de santé mentale en augmentant, notamment, la capacité litière en psychiatrie ainsi que le nombre de psychiatres, d’infirmiers, de psychologues et d’éducateurs. En plus, l’État doit former du personnel spécialisé dans l’ergothérapie et la psychomotricité ainsi que l’amélioration de l’accueil et le traitement des patients, d’autant plus qu’on ne doit pas limiter l’offre de soins aux médicaments et à l’hospitalisation.

Les besoins du secteur ne se limitent par uniquement à la psychiatrie mais également à des spécialités connexes, telles que l’addictologie, la pédopsychiatrie et la psychogériatrie. Enfin, le CNDH appelle à revoir la législation qui régit la santé mentale avec l’implication des professionnels de la santé, des associations et des familles.

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