Situation politique et économique de 2021

L'année des choix difficiles

En 2021, la décision politique était tributaire du pouvoir économique. En pleine crise sanitaire, les caisses de l’État se tarissent au profit d’un endettement grandissant qui ne fléchit pas. Cette réalité réduit comme une peau de chagrin la marge de manoeuvre politique du gouvernement.

En 2021, la campagne de vaccination a été la décision politique la plus marquante. Le 28 janvier, au palais royal de Fès, la scène était chargée de symboles et d’émotions. Devant la caméra, le Roi Mohammed VI se faisait vacciner le premier avec le vaccin chinois Sinopharm. C’est ainsi qu’il a donné, par ce geste noble, le coup de départ d’une vaste campagne nationale tout en aplatissant beaucoup de scepticisme par rapport à l’innocuité du vaccin. Depuis, et jusqu’à fin décembre de l’année qui vient de nous quitter, plus de 80% de la population marocaine cible ont reçu au moins deux doses, faisant du Royaume un pays avant-gardiste en matière de vaccination et de lutte contre la propagation du coronavirus, autant à l’échelle continentale qu’internationale. Ce qui lui a valu des félicitations de toute part mais aussi des campagnes de propagande du voisin de l’Est, l’Algérie.

Cette campagne a permis au gouverneur de Bank Al-Maghrib mais aussi à l’ancien ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun, de se projeter dans l’avenir et d’avancer que la relance économique pouvait réellement commencer. L’espoir était permis. Surtout que des signes avant-coureurs pointaient. Le déficit de la balance commerciale diminuait. Les exportations renouaient avec la hausse. Sauf que sur un plan politique, il fallait une décision aussi courageuse pour étayer véritablement cette volonté de reprise économique comme celle prise en juin 2020 par Abdellatif Jouahri d’abaisser le taux directeur à 1,5% et de libérer les banques de la réserve obligatoire pour leur permettre d’octroyer des crédits aux entreprises.

Dispositif exceptionnel
Le dispositif exceptionnel des crédits Oxygène et Relance était plus destiné à éponger les arriérés des entreprises, tous secteurs confondus, et à assurer pendant quelques mois le coût des charges fixes. Mais il manquait un dispositif de relance économique qui encourage l’investissement.

Le signal est venu de la plus haute sphère du pays. Baptisé Fonds Mohammed VI pour l’Investissement par S.M. le Roi dans son discours adressé au parlement à l’occasion de l’ouverture de la 1ère session de la 5ème année législative de la 10ème législature, le 9 octobre 2020, ce fonds incarne la riposte du Royaume face aux répercussions économiques de la crise sanitaire liée à la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19). Dans la loi de finances 2021, ce fonds a été initialement doté de 15 milliards de dirhams (MMDH) par le Budget général de l’État. C’est ce fonds qui va permettre de lancer, en partenariat avec un consortium de trois banques marocaines (Banque Populaire, Bank of Africa et Attijariwafa bank) un projet d’envergure, actuellement en cours de réalisation. Il s’agit en l’occurrence d’une usine de production des vaccins et notamment du vaccin anti-Covid à Tanger. Le Roi Mohammed VI avait présidé, le 5 juillet 2021 au palais royal de Fès, la cérémonie de lancement et de signature de conventions relatives au projet de fabrication et de mise en flacon au Maroc du vaccin anti-Covid19 et autres vaccins. Ce projet vise à promouvoir l’autosuffisance du Royaume et à faire du Maroc une plateforme de biotechnologie de premier plan à l’échelle du continent africain et du monde dans le domaine de l’industrie du fill & finish.

Face à ces acquis, l’ancien gouvernement El Othmani avait pulvérisé tous les records en termes d’endettement intérieur et extérieur public. Une décision politique qui n’était pas sans conséquences. Les sorties à l’international ont doublé et le taux d’endettement public du Trésor a dépassé 70% du produit intérieur brut (PIB). Une décision politique, certes, mais qui a eu d’énormes répercussions économiques fâcheuses.

Taux d’endettement
Sur ce point en particulier, le nouveau gouvernement Akhannouch n’a pas apporté un changement notable. Presque le quart des ressources ordinaires du pays proviennent des recettes de la dette. Le comble, c’est que l’endettement sert à financier le fonctionnement normal des services publics à l’heure où le cabinet Akhannouch n’a pas fait montre d’une rigueur budgétaire en maintenant les budgets des administrations publiques et des ministères et les avantages accordés aux hauts fonctionnaires.

Un indicateur dément une véritable relance économique dont les balbutiements sont tout de même visibles. Ce sont les recettes fiscales qui ne suffisent plus pour compenser 75% des dépenses courantes de l’État. Il est vrai que la fraude fiscale continue de sévir. Mais, au niveau du ministère des Finances, on ne fait rien pour récupérer les arriérés des entreprises. On manque d’inspecteurs pour faire le contrôle et le suivi. Aussi, tous les gouvernements qui se sont succédé ces dix dernières années n’ont fourni aucun effort pour le recouvrement des créances de l’État auprès des entreprises, qui dépassent 25 milliards de dirhams. L’année 2021 a été difficile sur le plan économique. Les caisses de l’État se tarissent au profit d’un endettement grandissant qui ne fléchit pas.

Morosité économique
Cette réalité réduit comme une peau de chagrin la marge de manoeuvre politique du gouvernement, surtout avec la hausse exponentielle des prix à la consommation. Somme toute, la situation économique nationale était inextricable même si sur le plan sanitaire, la consigne consistant à prioriser la santé des citoyens était toujours respectée sans lésiner sur les moyens. Le plus grand impact négatif de cette morosité économique a été relevé au niveau de l’emploi. Les vagues de licenciement se sont poursuivies dans certains secteurs d’activités sérieusement impactés par les restrictions sanitaires décidées par le gouvernement. Le chômage dans les rangs des jeunes a connu une hausse inquiétante dépassant les 40%.

L’ancien gouvernement n’a jamais pu contenir les conséquences de la crise sanitaire sur l’emploi. C’est un dénominateur d’un grand malaise social. Il va falloir que le cabinet Akhannouch y remédie en urgence. Toujours sur un plan social, le manque de ressources financières limite l’action du gouvernement, notamment en rapport avec les aides directes aux salariés des entreprises en difficulté. Mais cela n’explique en rien pourquoi on continue d’apporter des aides aux seuls salariés du secteur du tourisme alors qu’on ne fait rien pour le ressusciter