Relations entre le Maroc et la France

Chronique de Merouane Kabbaj : Les signes avant-coureurs d'un dégel diplomatique

Au sujet du dossier du Sahara marocain, Paris est restée fidèle à sa position pro-marocaine depuis avril 2007, en dépit des hauts et des bas qui ont marqué les relations entre les deux pays.


La crise entre la France et le Maroc a atteint son paroxysme avec cette histoire de visas en septembre 2021, épisode qui a cristallisé la détérioration d’une relation bilatérale dense mais émaillée de soubresauts, particulièrement au sujet du Sahara marocain. Et elle a donc fini par s’apaiser considérablement avec la même histoire.

La sortie inattendue de l’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, lundi 13 novembre 2023 sur Radio 2M, marque sans doute l’ouverture d’une nouvelle page dans les relations entre les deux pays. Quoique, faut-il le reconnaître, celles-ci ne sont jamais arrivées à un point de non-retour.

Depuis trois mois déjà, la tension entre Rabat et Paris baissait déjà en intensité. Preuve en est la nomination, le 19 octobre 2023, de Samira Sitail au poste d’ambassadrice du Maroc en France, resté vacant un an durant (à partir du 18 octobre 2022). L’apaisement de la situation représente, à n’en pas douter, une aubaine pour la nouvelle ambassadrice binationale, la France étant son pays d’adoption et le Maroc son pays de sang. Sa nomination est intervenue quelques jours seulement après que le roi Mohammed VI a reçu en audience, le 4 octobre 2023 au palais royal de Rabat, M. Lecourtier, qui a remis au Souverain ses lettres de créances.


Le dégel des relations bilatérales a été ressenti au plus haut sommet de l’Etat français. Le président Emmanuel Macron s’est rendu à l’évidence qu’il avait emprunté le mauvais chemin en croyant, dur comme fer, qu’il pouvait réconcilier son pays avec l’Algérie, qui, elle, reste attachée au passé colonial et à ce qu’il est devenu usuel de nommer “la rente mémorielle”. M. Macron semble ainsi aujourd’hui convaincu que le Royaume est son allié incontournable au Maghreb arabe et la clé d’une relation saine avec le reste de l’Afrique. C’est ce que confirme de manière lucide, dans l’interview qu’il nous accorde, l’écrivain maroco-français Tahar Ben Jelloun. “Il paraît que Emmanuel Macron commence à comprendre que l’Algérie ne lui donnera rien et qu’elle continuera à exploiter ce qu’il a appelé “la rente mémorielle”. Peut-être qu’un dégel a commencé entre le Maroc et la France”, confie-t-il.

Même sur le dossier sur lequel elle était attendue, à savoir le Sahara marocain, il faut savoir que la France est restée fidèle à sa position pro-marocaine depuis avril 2007, en dépit des hauts et des bas qui ont marqué les relations entre les deux pays. Une posture fortement réaffirmée par Nicolas de Rivière, le représentant permanent de la France auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), qui avait affirmé lundi 30 octobre 2023, devant les représentants du Conseil de sécurité, peu de temps après l’adoption de la résolution 2703 renouvelant le mandat de la MINURSO, la mission de paix dans les provinces sahariennes, pour une année. M. de Rivière a souligné que la France réitérait avec force son soutien historique, clair et constant au plan d’autonomie marocain.

Et de manière intéressante, le diplomate français a tenu à faire un commentaire après le vote de la résolution, en tambourinant que le plan d’autonomie marocain “est sur la table depuis 2007” et qu’“il est temps désormais d’avancer”. Des propos qui ont naturellement conforté les attentes du Maroc, qui nourrissait l’espoir que la position de la France sur cette question changerait au gré des évolutions de celle des Etats-Unis, qui, eux, avait carrément reconnu la marocanité du Sahara le 10 décembre 2020, ou encore celles de l’Espagne, qui met désormais en avant le plan d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend.

Incontestablement, la confiance s’installe à nouveau entre le Maroc et la France. Les intérêts des deux pays se croisent dans plusieurs dossiers cruciaux, économiques, politiques et géostratégiques. Toutes ces évolutions positives semblent ouvrir la voie à la reprise des discussions bilatérales sur les prochaines perspectives de coopération et au renforcement d’une amitié ancrée, au final, dans l’Histoire.

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