Le siège de l'agence africaine du médicament attribué au Rwanda

Une énième humiliation algérienne

En dépit de tous les pétrodollars posés sur la table, l’Algérie n’a rien pu faire contre le raz-de-marée diplomatique des pays africains, qui lui ont largement préféré le Rwanda pour accueillir la toute nouvelle Agence africaine du médicament.

“Un fort lobbying hostile”. Au lendemain de la décision des pays du continent d’attribuer, le 15 juillet 2022, le siège de la toute nouvelle Agence africaine du médicament (AMA) au Rwanda, les responsables algériens l’avaient, pour le moins, mauvaise. Et pour cause: c’est au détriment de leur pays que ladite décision a été faite, puisque la capitale algérienne, Alger, était également candidate.

Selon diverses sources, l’Algérie était même allée jusqu’à poser 200 millions de dollars sur la table pour aider à financer l’organisation tout en promettant de prendre en charge pour au moins les deux premières années les frais inhérents au fonctionnement de son siège, tant la voisine de l’Est espérait, de la sorte, signer son retour africain si ardemment voulu depuis son investiture en décembre 2019 par le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Car depuis le moment où, au tournant du siècle, l’Algérie se trouvait à l’avant-garde de l’Afrique et voyait par exemple Abdelaziz Bouteflika, qui en était alors le président, faire partie des initiateurs du Nouveau partenariat pour le développement (NEPAD), de l’eau a coulé sous les ponts, surtout vis-à-vis du Maroc, qui depuis janvier 2017 fait de nouveau partie des instances décisionnelles africaines et en l’occurrence de l’Union africaine (UA).

Il semble d’ailleurs évident que le fait de crier au “lobbying”, qui émane d’une source gouvernementale citée dans un article en date du 16 juillet 2022 dans le journal électronique Tout sur l’Algérie (TSA), vise directement le Royaume, quasiment devenu désormais la bête noire de l’Algérie officielle. Les accusations conspirationnistes anti-marocaines sont, ainsi, devenues monnaie courante du côté des dirigeants algériens, ce dont il faudrait peut-être se féliciter car in fine on ne prête qu’aux riches et cela veut dire que la diplomatie marocaine est actuellement en train de bien faire les choses pour contrer l’entrisme algérien et, en l’espèce, sa maladie infantile, à savoir l’opposition au parachèvement par le Maroc de son intégrité territoriale et le soutien au séparatisme dans ses provinces du Sud.

Fort lobbying
Sauf qu’au moins cette fois la partie marocaine semble vraiment n’avoir rien à voir avec la déroute de l’Algérie, car en même temps elle avait face à elle le Rwanda, qui est loin de constituer un petit poucet. Ce dernier, qui est présidé depuis mars 2000 par Paul Kagamé, s’est, bien au contraire, au fur des années transformé en véritable cador dont la parole pèse à l’extérieur même de l’Afrique. Ce n’est ainsi pas un hasard si la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, est rwandaise, et si, pour en revenir au Maroc, c’est sur M. Kagamé que s’était porté le choix du think-tank marocain Amadeus de lui attribuer en novembre 2015 le grand prix de son forum annuel Medays (que le président rwandais était alors lui-même venu chercher dans la ville de Tanger). Si l’Algérie cherche des coupables, elle devrait plutôt le faire du côté de son appareil diplomatique qui n’a pas bien su saisir les enjeux qu’il y avait pour le Rwanda à abriter le siège de l’AMA et le fort soutien, plutôt que le fort lobbying, dont le pays bénéficiait -82% des votes finaux lui ont été favorables. Quand on voit toutefois l’isolement qui est actuellement le sien, faudra-t-il vraiment s’en étonner?.