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Sept leviers pour sortir de la crise

Recommandations du "Policy center of the new south" pour gérer les impacts de la crise économique au Maroc

Les décideurs publics seraient tiraillés entre l’objectif de restauration des équilibres comptables et le déclenchement de politiques expansionnistes à même de revigorer la reprise économique.

Le Policy center of the new south (PCNS) a publié, mercredi 16 décembre 2020, un premier bilan sur les impacts du Covid-19 sur l’économie marocaine. Il ressort de cette analyse un certain nombre de constats dont le plus saillant est la contraction sévère de l’activité économique de près de 7%, sous l’effet des mesures de confinement et la baisse drastique de la demande étrangère.

Néanmoins cette sévère récession s’est déployée différemment selon les régions du Royaume. Certaines régions ou le secteur informel est important, la part du secteur public faible et surtout les activités touristiques et manufacturières prépondérantes, sont plus exposées que d’autres. C’est le cas des régions de Casablanca-Settat, Tanger-Tétouan- Al-Hoceima et Marrakech-Safi. Par contre les régions de Dakhla-Oued Ed-dahab, Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia el- Hamra sont moins touchées.

Cette analyse souligne, d’autre part, qu’à l’échelle sociale, la récession profonde agirait davantage sur les classes sociales les plus précaires, puisqu’elle basculerait environ 1 million de personnes vers la pauvreté et à peu près 900 milles autres sous la ligne de la vulnérabilité. De leur côté, les équilibres macroéconomiques internes et externes de l’économie marocaine seraient soumis à de rudes épreuves en cette année 2020 et les déficits jumeaux (budgétaire et de la balance des paiements) seraient compris entre 6% et 8% du PIB.

En effet, à l’échelle interne, la détérioration du déficit budgétaire traduirait davantage une baisse prévisible des recettes fiscales plutôt qu’un accroissement volontariste des dépenses budgétaires. Les actions de soutien aux agents économiques les plus touchés se sont appuyés sur le Fonds spécial du Covid-19, dont le montant alloué avoisine 3% du PIB. Sur la balance des paiements, le compte courant aurait considérablement pâti du «sudden stop» des recettes touristiques et la contraction profonde des exportations des biens et des autres services.

Régime de change
Ainsi, après avoir dressé le bilan des impacts de la crise sanitaire sur l’économie marocaine, ces experts ont proposé toute une série de recommandations pour les surmonter. Le Policy Center précise, en effet, que «les leviers des autorités publiques s’articulent autour de deux dimensions principales: macroéconomique, pour une meilleure gestion dans le cycle, et, structurelle, qui tient compte des implications éventuelles du choc sanitaire sur les nouvelles tendances fondamentales de l’économie nationale et mondiale».

Parmi les 7 recommandations du PCNS pour faire face à l’impact de la crise sanitaire sur l’économie marocaine, figure d’abord, le levier des «dépenses ciblées», qui devrait être activé pour une orientation contra-cyclique de la politique budgétaire. Ainsi, disent-ils «si l’investissement public peut s’avérer un choix de prédilection pour soutenir l’activité économique, il est primordial de privilégier les projets d’investissement à impact quasi immédiat sur l’activité économique et sociale ». Le facteur «impact instantané» est l’élément critique dans ce contexte et toute décision d’investissement ou de mesure de relance gagnerait à être gouvernée par ce principe.

Vient ensuite le deuxième levier qui n’est autre que celui d’activer la politique macro-prudentielle. «Les dernières décisions prises dans ce sens par la Banque centrale pour libérer de la liquidité bancaire par un relâchement des règles prudentielles obéissent globalement à cet objectif», affirme le PCNS.

La violence du choc a incité les autorités à s’investir dans cette voie, mais il est primordial, que des fonctions de réaction explicite soient instaurées pour permettre un déclenchement automatique de cette palette de mesures à chaque fois que notre position dans le cycle économique ou financier l’impose.

Quant au troisième levier, il concerne la mise en place d’un «policy mix équilibré qui s’appuie sur un régime de change encore plus flexible». Policy mix nécessaire pour rendre la relance soutenable. Les orientations des politiques macroéconomiques, disent nos analystes, sont globalement expansionnistes. Et toute politique monétaire expansionniste se trouve toujours limitée dans son champ d’action par la nécessité de maintenir les réserves de change et les déséquilibres externes à des niveaux soutenables.

Ainsi, plus de souplesse dans le régime de change signifie plus d’autonomie pour la politique monétaire dans l’atteinte de ses objectifs et, par conséquent, une meilleure effectivité de ses décisions. «En plus, l’élargissement des bandes de fluctuation gagnerait en pertinence dans des conditions monétaires détendues, où les opérateurs sont relativement confiants,» précisent les auteurs du policy paper.

Une ouverture réfléchie
Le quatrième levier se décline en termes de politique commerciale. Politique dont il faut recentrer l’effort sur les partenaires du voisinage du Maroc avec le Maghreb et l’Afrique comme priorités. En effet, pour les experts du PCNS, «les changements qui se pointent à l’horizon pourraient installer de nouveaux paradigmes économiques, et le libre-échange céderait la place à une ouverture plus réfléchie et axée sur la proximité. Il est pertinent que le Maroc fasse de ses partenaires de voisinage un choix de premier ordre.

Dans l’espoir d’un Maghreb plus intégré, le Maroc devrait renforcer son ancrage africain et faire de l’Afrique francophone un axe de redéploiement sur tout le continent. L’entrée en vigueur début 2021 de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf) serait le vecteur essentiel d’une densification des relations commerciales avec le continent et intégration plus approfondie du tissu productif national avec son homologue africain.

Vient en cinquième lieu le levier qui n’est autre que celui qui aborde la situation sociale. Pour le PCNS, La pandémie du Covid- 19 a déclenché une politique sociale efficace. Ses analystes estiment, en effet, que «l’instauration de filets sociaux devrait s’inscrire dans une politique sociale exhaustive qui viendrait suspendre les différents programmes sociaux sectoriels ou de niche active. Le poste budgétaire de cette rubrique ne devrait pas alourdir les finances publiques, mais plutôt être alimenté sur la base des programmes déjà existants».

La stratégie de transition numérique est le sixième levier sur lequel il faut agir selon le PCNS. Une nécessité plutôt qu’un luxe, disent-ils. En effet, «une nouvelle ère de digitalisation pourrait débarquer et reconfigurer les relations commerciales et les dynamiques sur le marché de travail. Le Maroc a tout intérêt à ériger les stratégies de transition numérique en priorité nationale pour saisir cette prise de conscience collective et pérenniser ce mouvement à travers une stratégie ambitieuse et intégrée».

Enfin, le dernier levier, qui n’est pas le moindre, préconisé pour surmonter l’impact de la crise Covid-19 sur l’économie nationale, se situe au niveau territorial. Pour les analystes du PCNS, les autorités centrales doivent impliquer davantage les autorités territoriales dans la prise de décision.

Pour ces analystes, la crise qui a touché de façon inégale les différentes régions du Royaume, a été révélatrice de la nécessité de revisiter le rôle et les marges de manoeuvre dont disposent les autorités locales pour une prise en main effective des territoires et de leur devenir. Le tout dans le cadre d’un schéma de gouvernance conforme aux dispositions institutionnelles de la régionalisation avancée. Une obligation ardente.