Les Semsaras du COVID, ces nouveaux marchands de la mort

Certains proposent même, sur les réseaux sociaux, de trafiquer les tests PCR avec des résultats négatifs

Karim, 42 ans, métier: semsar. Ce nouvel agent n’est pas spécialisé dans les biens immobiliers. Mais dans les lits d’hospitalisation. Des lits devenus une denrée rare en ces temps de Covid. «Je peux te trouver un lit dans une bonne clinique privée de Casablanca. Ça ne te coûtera que 5.000 dirhams», lance-t-il à un patient atteint de Covid-19 à un stade plutôt modéré. Un prix défiant toute concurrence, selon lui, car il doit arroser d’autres personnes impliquées dans ce nouveau commerce lucratif.

Comme les voitures, le fromage et les smartphones, la vie a vraisemblablement un coût au Maroc. Et répond au marché de l’offre et de la demande. Un commerce de la mort exploitant la détresse des Marocains. Les théoriciens de la microéconomie et les spécialistes du marketing observent et apprennent. Un marché déséquilibré dans notre pays, le consommateur n’ayant pas le choix. «Vous pouvez choisir la couleur pourvu qu’elle soit noire». La citation de Henry Ford sur sa Ford T au début du vingtième siècle reste de vigueur. «Vous pouvez payer pour un lit ou mourir».

Trêve de bavardage.
Notre contact, déjà en très mauvaise passe, et devant s’acquitter d’au moins 60.000 dirhams pour son hospitalisation a préféré faire appel à Abdellah. Ce dernier est un agent de sécurité dans un établissement de santé. Comme Karim, il s’est improvisé intermédiaire spécialisé dans les lits d’hospitalisation Covid. Contrairement à Karim, notre agent de sécurité s’est positionné dans le moyen de gamme. Il propose ses services moyennant 2.000 dirhams «seulement ».

Ces semsaras sont légion depuis mars. Que ce soit pour les autorisations de déplacements, les transports interurbains, les marchés de gros, les pots-de-vin et la spéculation illégale battent leur plein. Certains proposent même, sur les réseaux sociaux, de trafiquer les tests PCR avec des résultats négatifs et cachetés par un laboratoire. Ils ne sont que la partie visible d’un iceberg imposant, à l’image de la grandeur de notre crise de valeurs.

Un iceberg aussi froid que le cynisme de nos dirigeants et l’impudence de certains grands patrons d’entreprises, d’écoles privées, du secteur financier, des gestionnaires d’eau et d’électricité et de cliniques et cabinets privées où certains médecins ont remplacé leur serment d’Hippocrate par celui d’Hippocash. Ils s’enrichissent sur le dos de la populace. Oui; populace, un bas peuple marginalisé, bafoué dans tous ses droits et qu’on taxe de plus en plus. Un peuple qui n’ose pas exiger des comptes de peur de représailles.

Une dernière pour la route. Un grand homme d’affaires très apprécié, très médiatisé, militant des droits de l’homme et extrêmement riche, au tout début de la crise, vers fin mars, a entamé un vaste plan social dans ses usines. Des centaines d’employés se sont retrouvés à la porte sans explication, sans raison et sans indemnisation, basculant dans la pauvreté et la précarité. Ces voyous capitalistes qui créent un terreau fertile à l’émergence de nos semsaras du Covid sont de la pire espèce.

Des imposteurs du patriotisme et de la morale, infectant notre Maroc et nos jeunes de leur cupidité maladive, des jeunes qui rejoignent les pateras de la mort ou le Canada pour les plus aisés. L’exode des Marocains a de beaux jours devant lui. On dit que «l’espoir est ce qui nous fait tenir, lorsque tout semble perdu d’avance». Ne perdons pas espoir, de toute façon c’est tout ce qu’il nous reste.


X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger