Séismes en Turquie et en Syrie: Le deuil de l’Anatolie


Avec d’ores et déjà près de 20.000 morts enregistrés, dont quatre ressortissants marocains, les tremblements de terre qui viennent de frapper l’Asie mineure compte pour un des plus meurtriers ayant jamais frappé la région.

En Turquie, il n’était pas clair encore, en cette matinée du 7 février 2023, si les séismes qui venaient de toucher la veille le pays ainsi que la Syrie voisine était le plus meurtrier depuis 24 ans ou plutôt 84 ans. Mais en tout cas, cela faisait, à l’évidence, belle lurette qu’on n’avait pas compté autant de morts après que la terre a tremblé. Deux jours plus tard, le nombre de décès était d’ores et déjà en passe de dépasser les 20.000.

Une barre symbolique qui en dit aussi long sur l’ampleur d’un véritable drame national, qui vaut aux habitants de l’Anatolie un élan de solidarité de partout dans le monde. A Gaziantep, ville située à la confluence des territoires turcophone, arabophone et kurdophone et où les premières secousses ont été enregistrées, les destructions sont massives. Les éléments des forces de l’ordre, militaires en tête, s’activent telles d’énergiques et infatigables colonnes de fourmis au milieu des amas hétéroclites de pierre, de fer et de béton pour sauver ceux qui peuvent encore l’être.

De temps à autre, une histoire miraculeuse de survie apparaît dans les médias qui couvrent de près les opérations de sauvetage, comme celle de cette femme que l’effondrement de son immeuble de six étages ne suffit pas à lui enlever la vie et qui, au bout de 34 heures de recherches, finit par être retrouvée, avant d’être admise dans un établissement hospitalier local pour soigner ses blessures plus ou moins sérieuses. Mais à mesure que les heures passent, les chances de tomber sur des survivants s’amoindrissent drastiquement. Même les renforts venus d’ailleurs, y compris du Maroc, ne pourront rien y faire. Il faudra toutefois continuer de s’atteler à la tâche pour extraire les cadavres d’en-dessous les décombres et éviter que leur décomposition ne provoque des épidémies tout aussi malvenues.

Livrés à un carnage que seule Mère Nature est apte à exécuter, Turcs et Syriens n’ont ainsi, malheureusement, certainement pas encore vu le bout du tunnel. Et ils ne sont pas les seuls. Parmi les victimes on compte de nombreux étrangers, dont des Marocains. Au jeudi 9 février 2023, elles étaient quatre à avoir été recensées: c’est ce qu’a indiqué le gouvernement lui-même par le biais de son porte-parole, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Mustapha Baitas.

Extraire les cadavres
On ne sait rien d’autres sur eux, si ce n’est les informations qui avaient filtré sur la toute première victime marocaine enregistrée, à savoir une femme née le 5 févrer 1972 dans la ville de Casablanca et installée dans la ville d’Antakya après avoir convolé en justes noces avec un ressortissant turc avec qui elle a par ailleurs une fille de seize ans: également porteuse de la nationalité marocaine, celle-ci a, soit dit en passant, survécu et n’aurait que de légères égratignures pour lesquelles elle s’est, toutefois, vue prodiguer des soins. En tout cas, les ambassades du Maroc en Turquie et en Syrie sont mobilisées: le jour même du séisme, elles ont mis en place, à l’initiative du ministère des Affaires étrangères, des cellules de crise aux appelants qui sont à la recherche de leurs proches de lui fournir par e-mail ou via l’application WhatsApp le nom et le numéro de téléphone de l’appelant, le nom de la personne recherchée, son numéro de téléphone et la ville dans laquelle elle réside, ainsi qu’une copie de la carte nationale et du passeport de la personne concernée, si disponible.

Serrer les dents
De même, le roi Mohammed VI a pris soin de contacter le président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour lui adresser “en son nom propre et en celui du peuple marocain, ses vives condoléances et ses sincères sentiments de compassion, et à travers lui, aux familles éplorées, ses sentiments de sympathie et de solidarité suite à cette catastrophe naturelle”, selon ce qu’a rapporté l’agence Maghreb arabe presse (MAP) dans une dépêche. “Le Souverain dit partager les sentiments de tristesse éprouvés par le président turc en cette pénible épreuve, la volonté divine étant imparable, exprimant la solidarité agissante du Maroc qui se tient aux côtés du peuple turc frère en cette circonstance douloureuse, implorant le tout-puissant d’accorder prompt rétablissement aux blessés, d’entourer les victimes de sa sainte miséricorde et de les accueillir dans son vaste paradis, et d’épargner la Turquie et le peuple turc de tout malheur,” a poursuivi la même source.

Dans la catégorie des bonnes nouvelles, le footballeur international marocain Ayoub El Kaâbi, installé en Turquie où il évolue depuis août 2021 dans les rangs du club de Hatayspor, basé à Antakya, a, quelques heures après le séisme, rassuré ses followers via une story sur sa page sur le réseau social Instagram et annoncé que lui et sa famille allaient “bien”. Membre, de son côté, d’Adana Demirspor, à 2h30 de route d’Antakya, dans la province éponyme d’Adana, son coéquipier avec les Lions de l’Atlas, Younès Belhanda, a, pour sa part, laissé le soin à son agent, Nabil Nedjadi, de confirmer qu’il était également sain et sauf. Du fait qu’ils ont allègrement dépassé les 7 sur l’échelle de Richter, les séismes risquent, selon les spécialistes, de se répéter encore dans les semaines à venir, certes de façon pas aussi fatale mais non pour autant moins violente. Au cours des prochaines années, ce sont jusqu’à 1000 tremblements de magnitude 3 qui pourraient être enregistrés. L’ensemble du Moyen-Orient devra d’ores et déjà, en tout état de cause, s’apprêter à serrer les dents.

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