Séisme d’Al Haouz: Reportage d’une nuit cauchemardesque pour les habitants de Casablanca


A 23 heures, l’heure du deuil n’avait pas encore sonné dans la région de Marrakech, plus précisément dans la commune d’Ighir, relevant de la province d’Al Haouz, épicentre du violent séisme qui a fait plus de 1030 morts, selon un bilan provisoire du ministère de l'Intérieur arrêté samedi à 14 heures.

Quelques minutes plus tard auraient suffi pour que le tremblement de terre d'une magnitude estimée à 6,8 sur l'échelle de Richter dévaste plusieurs régions du Royaume.

Une première réplique de magnitude 4,8 a été enregistrée à Casablanca, 20 minutes après la secousse principale, créant ainsi un mouvement de panique et de terreur parmi les riverains.

« C’était aux alentours de 23h10. J'étais en train de regarder un film. Mes paupières étaient lourdes. J’étais en train de m’endormir quand j'ai senti une sorte de tremblement. J'ai cru que c’était la machine à laver, dont le système d’essorage cause beaucoup de bruits. En une fraction de seconde, je me suis rendu à l’évidence que c’était beaucoup plus fort qu’une machine à laver bruyante que la terre tremblait fortement sous mes pieds. Machinalement, je prends la main de ma femme et on a quitté l'appartement, sans même fermer la porte. On a pris les escaliers. On titubait comme des soulards, tellement la secousse était forte », confie Mohamed, un des habitants du quartier Belvédère. « Je suis une foule de voisins désemparés, déboussolés et épouvantés et quelques secondes plus tard, on se retrouve dehors. Là, j’ai une scène que je ne suis pas prêt à oublier : un sentiment de terreur sur les visages des gens », lance-t-il les mains tremblantes.

Comme lui, des millions d’habitants de Casablanca, étaient sous le choc, n’arrivant pas à comprendre ce qui se passe. Des femmes en chemises de nuit, des hommes pieds nus, des personnes âgées épaulées par des membres de la famille, des gens qui courent dans tous les sens et qui poussent des cris stridents et macabres, d’autres cherchent à se mettre à l’abri dans des jardins publics ou sur la voie de la ligne du Tramway. D’aucuns ont préféré conduire et déambuler dans les rues de la ville pour éviter les effondrements. Un chaos qui a duré plusieurs minutes avant de comprendre qu’il s’agit d’un séisme dont ils viennent de subir une première réplique forte.


« C'était la panique générale. On a tout de suite pris la fuite. Tout le monde s'est précipité à l'extérieur. Une fois dehors, j’étais abasourdi, figé, sans réaction sous l’effet de l’étonnement et du choc. Je n’avais qu’une question en tête qui me taraudait l’esprit, le sort de ma mère et ma sœur qui habitaient à Derb Soltane surtout qu’on vient d’apprendre que des maisons se sont effondrés et que des bruits courent selon lesquels on déplore des morts », confie Hamid avec un regard hagard.

Dans les quartiers populaires comme Derb Soltane ou l’ancienne médina, la peur était double. Tout le monde craignait l’effondrement d’un nombre de vieilles bâtisses de ces quartiers, une expérience dramatique que les habitants ont déjà vécue surtout au début de chaque saison d’hiver. Malheureusement, ce que Hamid Craignait a eu lieu. A l’ancienne médina, l’écroulement de maisons a fait trois victimes.

La tension et le stress montent d’un cran. Hamid tente de contacter sa mère. La faible connexion due à l’utilisation massive des lignes ne l’avait pas empêché de réessayer jusqu’à ce qu’il parvienne à l’avoir à l’autre bout du fil. « Haja, tout va bien », lui lance-t-il d’emblée. Sa mère, secouée par ces moments difficiles, lui annonce que les autorités ont fait évacuer les habitants des maisons menaçant ruine et leur ont demandé de se diriger vers les jardins publics et les terrains de sport de proximité, ouverts à cette heure tardive pour l’occasion. Hamid respire enfin un peu. Mais comme lui, les habitants de la capitale ont dû passer, dans une angoisse terrible, le gros de la nuit ou toute la nuit dans la rue, assoupis dans des chaises ou assis à même le sol, craignant une nouvelle réplique qui, heureusement, ne s’est pas produite. Jusqu’à six heures du matin, certaines familles refusaient de regagner leur maison. Pour une fois, la rue procurait un sentiment de sécurité, de peur de dormir sous un toit qui peut s’affaisser d’un moment à un autre. Bref, une nuit cauchemardesque qui marquera à jamais les habitants de Casablanca. L’aurore du samedi 9 septembre 2023 n’a pas pu dissiper l’horreur de cette nuit.  

 

 

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