Offensive toute contre les présides

SEBTA INTERDIT DE POISSON MAROCAIN

Rabat veut bien faire comprendre à l’Espagne que sans lui elle est incapable de maintenir ses colonies marocaines.

Il semble bien que le Maroc est enfin décidé à mettre fin à la présence coloniale de l’Espagne dans son nord. Car s’il n’a jamais cessé de donner de la voix pour un retrait définitif du voisin ibérique, resté présent dans la région malgré l’indépendance par le biais de ses fameuses «plazas de soberania » (places de souveraineté, en castillan) ou présides, à savoir bien sûr Sebta et Melilla mais aussi le rocher de Badis ainsi que l’archipel d’Al Hoceima et celui des Jaâfarines, le Royaume n’avait pas vraiment entrepris, jusqu’ici, d’action concrète pour véritablement pousser dans ce sens.

Mais ce n’est donc plus désormais le cas, puisque depuis quelque temps une série de mesures ont été prises pour bien faire savoir à Madrid qu’elle devait incessamment plier bagage, et ce en dépit de relations bilatérales qui restent «excellentes, voire même uniques, fondées sur des bases solides, des liens particuliers, une confiance renouvelée et une solidarité permanente», comme les qualifiait le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, lors de sa réception le 24 janvier de son homologue espagnole Arancha Gonzalez Laya.

De graves conséquences
Ainsi, les commerçants de Mélilia, depuis le 1er août 2018, et ceux de Sebta, depuis le 9 octobre, connaissent une véritable asphyxie suite à la décision des autorités marocaines de ne plus leur donner accès au marché national -les frontières commerciales sont, de fait, dorénavant fermées. Il s’agit là, d’une part, de protéger la production nationale, puisque les deux présides avaient jusqu’alors coutume d’inonder le Maroc de leurs produits et par conséquent de mettre en péril le «made in Morocco », mais aussi, visiblement, de bien faire comprendre à la partie espagnole qu’une fois les vannes fermées, elle n’avait aucunement le moyen de se maintenir en Afrique du Nord; du moins, c’est la seule explication qu’on peut trouver à la nouvelle décision de Rabat, en date du 10 février, de ne plus permettre au poisson marocain de s’écouler à Sebta.

Les habitants du préside doivent désormais en effet, pour s’approvisionner en produits ichtyens, se tourner vers Malaga, en Espagne continentale, pour des prix naturellement plus chers, ce qui avait conduit le 12 février le parti d’extrême droite de Vox par la voix de sa député locale, Teresa Lopez, a dénoncer de «graves conséquences économiques ». En fait, la propre dépendance du Maroc aux présides sur le plan notamment du transbordement dans la province de Nador, où se trouve Mélilia, semblait auparavant le refroidir, cependant que l’ouverture, le 6 août 2018, du port de Beni Nsar a selon toute vraisemblance changé la donne.

Mais plus généralement, Rabat donne l’impression de se faire désormais plus offensive en ce qui s’agit de la défense de son intégrité territoriale, comme l’illustre par exemple sa décision unilatérale d’étendre sa zone économique exclusive sans en référer au préalable à l’Espagne, qui avait fait de même en décembre 2010 au niveau de l’archipel des Canaries, ou encore l’inauguration, depuis fin décembre, de nombreux consulats au Sahara -six au total en comptant celui dont vient de se doter ce 18 février la Côte d’Ivoire à Laâyoune. Il faut toutefois rappeler qu’une partie de l’opinion publique espagnole -70%, selon un sondage du quotidien «El Mundo» d’août 2008- reste favorable à la sauvegarde des présides, quitte à reproduire la crise de l’îlot Leïla de juillet 2002, qui avait failli provoquer une guerre...