Scrutin du 8 septembre: Une leçon de démocratie

Il est inutile de dépenser beaucoup de temps à analyser les résultats des élections et oublier que le prochain gouvernement doit relever de grands défis que la conjoncture inédite actuelle, sanitaire, économique et sociale impose.

Les observateurs nationaux et internationaux ont salué le bon déroulement des élections du 8 septembre 2021. Le scrutin a permis aux partis libéraux d’évincer les islamistes du PJD après deux mandats au gouvernement. Une véritable leçon de démocratie. Quels que soient les enseignements qui peuvent être tirés de la gouvernance de ces dix dernières années, il est impératif de se tourner vers l’avenir dès à présent.

Même s’il est important d’attirer l’attention, au passage, sur deux postulats. D’abord, la moitié de l’électorat maro-cain n’a pas voté. Il attend peut-être de voir le changement pour replacer sa confiance dans la classe poli-tique. Ensuite -et c’est une pratique qui discréditait les acteurs politiques-, les tiraillements observés jusquelà au sein de la majorité gouvernementale du cabinet El Othmani ne doivent plus se reproduire. Heureuse-ment que l’ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, est déjà hors-jeu.

Car malgré la défaite cui-sante de son parti aux élections, il tente encore d’occuper la scène en demandant à son «frère» aigri, Saâd Eddine El Othmani, de démissionner de son poste de secrétaire général du PJD. Bref, que le RNI mène la future coalition gouvernementale en s’alliant au PAM, à l’Istiqlal, à l’USFP ou même au Parti socialiste unifié de Nabil Mounib, peu importe, tant que l’intérêt suprême du pays est au coeur des préoccupations d’un Exécutif cohérent et soudé.

Il est inutile de dépenser beaucoup de temps à analyser les résultats des élections et oublier que le prochain gouvernement doit relever de grands défis que la conjoncture inédite actuelle, sanitaire, économique et so-ciale impose. Le pays amorce un virage décisif de son histoire. L’économie est en berne du fait de la crise sanitaire. Sa relance n’est qu’à ses balbutiements. Cela requiert l’engagement de tous, gouvernement, autorité monétaire, banques, patronat et syndicats, pour atteindre cet objectif.

Cette relance est inéluctablement tributaire de l’avancement de la campagne de vaccination. Plus il y a de restrictions sanitaires exigées par la situation épidémiologique, plus la machine économique est grippée. Il va falloir se mobiliser pour assurer l’approvisionnement en doses de vaccins sur un marché international extrêmement tendu à cause d’une forte demande et d’une offre qui n’arrive pas à suivre.

Sur le plan social, il y a un malaise qui ne dit pas son nom. De larges franges de la population survivent à peine. Le chômage et l’inflation incontrôlée des prix rendent la vie impossible à ces couches qui vivent de l’informel. Tous les partis qui ont gagné aux élections prônent la croissance et le développement. Tant mieux! Mais nos problèmes ne se résolvent pas avec des concepts. On peut booster la croissance écono-mique.

Mais on ne peut parler de développement sans une redistribution équitable des richesses et sans une véritable justice sociale dont le socle est la revalorisation des revenus des ménages, la généralisation de la protection sociale (tout en mobilisant le financement) telle qu’initiée par le Roi Mohammed VI et un accès à un enseignement et à une offre de santé de qualité à la portée de tous.

Dans la même ligne, le prochain gouvernement doit mettre les bouchées doubles pour mettre en oeuvre le nouveau modèle de développement qui recommande tout cela et bien plus. Cette feuille de route du Maroc de demain nécessite une approche de concertation. Et c’est à ce niveau que l’on relèvera, très prochainement, si les composantes de la future majorité priorisent ou pas l’intérêt général sur l’intérêt de chacune des formations politiques.