Le scénario de la catastrophe

Rumeur sur un probable reconfinement de Casablanca

Nos ministres et nos parlementaires et nos politiciens ne connaissent pas les affres de la misère. Pourquoi se soucieraient-ils des problèmes des autres?

À défaut d’une véritable communication publique, la rumeur a trouvé un terreau fertile au Maroc depuis le début de la gestion de la pandémie du Covid- 19. La toute dernière fait état de préparatifs des autorités de la ville de Casablanca pour un retour au confinement à partir de lundi 7 septembre 2020.

Les tentatives visant à vérifier cette information (ou intox) se sont avérées toutes vaines. Qu’à cela ne tienne! A supposer que cela soit vrai, et que dès lundi le reconfinement soit décrété, a-t-on réfléchi aux conséquences économiques, sociales et sécuritaires d’une telle décision? Qu’a-t-on prévu pour une population qui vit, dans son écrasante majorité, dans la précarité et la marginalisation? En dehors de deux ou trois quartiers huppés, Casablanca cache mal sa misère dans toutes ses formes. Les habitants des quartiers populaires et anarchiques subsistent grâce à des petits métiers informels ou à des travaux à la tâche. Et même pour ceux et celles qui travaillent dans des fabriques ou des usines, le gros n’est pas déclaré et perçoit une rémunération modique.

Il ne faut pas sous-estimer ou passer outre les conséquences psychiques et économiques d’une restriction de la liberté des Casablancais sans laquelle ils ne n’ont pas d’autres moyens pour subvenir à leurs besoins vitaux. Ce qui est certain, c’est que la colère montera d’un cran. Ce qui s’est passé la veille de Achoura à Casablanca n’est pas un cas isolé. Il renseigne sur cette grogne intériorisée et qui cherche à se libérer chaque fois que l’occasion se présente. Les grabuges et les agressions contre les policiers étaient indescriptibles et inacceptables, certes.

Mais a-t-on cherché le pourquoi sans entrer par la porte des émotions et de la propagande officielle? Comment cantonner un mécontentement et une rage qui ne peuvent être expliqués en les liant uniquement à un fait divers (Achoura) sans tenir compte de plus de quatre mois de confinement strict et d’un mois et demi de confinement masqué qui ont engendré par ailleurs des problèmes inextricables de créances de loyers et d’arriérés de consommation d’eau et d’électricité.

Avant de penser à un nouveau confinement, le gouvernement et les autorités de chaque ville doivent penser à trouver des solutions à ces problèmes. L’initiative de certains groupes parlementaires d’introduire une loi sur les différends liés au non-paiement des loyers pendant cette crise sanitaire n’a pas été cautionnée par le gouvernement ou les partis de l’opposition. Normal, nos ministres et nos parlementaires et nos politiciens ne connaissent pas les affres de la misère. Ils vivent aisément. Leurs salaires et primes ainsi que leurs «subventions» ne sont pas touchés. Pourquoi se soucieraient- ils des problèmes des autres? Mais cette nonchalance n’est pas sans conséquences. La faim et le besoin rendent le plus sage des Hommes déraisonnable.

Il est déraisonnable aux yeux de ceux insensibles à ses malheurs. La stabilité sociale est très précieuse pour tout un chacun qui aime son pays. Et cette stabilité ne peut être préservée en usant de la force ou en adoptant une approche purement sécuritaire amputée de ses aspects social, économique et mental. C’est exactement la politique du «bâton sans la carotte».

Le message est clair. La surenchère est l’arme de la propagande. Si l’Etat a jeté l’éponge, financièrement parlant, il est temps de changer de stratégie. Les crédits à l’international, qui ne servent pas à produire et à créer de la valeur ajoutée, doivent absolument être orientés à juguler les répercussions sociales et économiques de la crise et non pas à être dépensés comme des fonds de roulement par des offices ou des établissements publics qui pompent l’argent du contribuable sans jamais atteindre ce fameux «équilibre» financier. Il y a, bien entendu, des priorités.


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