Tout sur le scandale "sexe contre bonnes notes"

Détails sur les enseignants et les étudiantes impliqués dans l'affaire de la faculté de droit de Settat

Le scandale “sexe contre bonnes notes” au sein de la faculté de droit de Settat continue de livrer ses secrets. Les détails de l’enquête menée par la police révèlent un système d’exploitation sexuelle dégoûtant et des pratiques de falsification scandaleuses.

Traite d’être humains, abus de faiblesse, usage du pouvoir et de l’autorité à des fins sexuelles de manière habituelle au moyen de la menace, en plus de la falsification de notes. Les cinq enseignants impliqués dans le scandale “sexe contre bonnes notes” qui secoue la faculté de droit de Settat et tout le Maroc, voient la liste des faits dont ils sont suspectés s’allonger et surtout s’aggraver.

Le rapport de l’enquête menée par la Brigade nationale de police judiciaire (BNPJ), dont Maroc Hebdo a obtenu une copie, accable les enseignants en question preuves et témoins à l’appui. Les analyses effectuées par les enquêteurs sur les preuves saisies auraient permis d’authentifier des séquences vidéo de rapports sexuels et des échanges de messages à caractère sexuel explicite, comme étant entre les suspects et des étudiantes dans différents niveau et filières de la faculté de droit de Settat.

Preuves compromettantes
L’affaire a éclaté le 6 septembre 2021 lorsque l’un des enseignants suspects, M.K, qui n’est autre que le président de branche du Droit public dans la faculté de Settat, a déposé une plainte contre X dans un commissariat de la ville de Bejaâd, pour vol et diffusion de conversations téléphoniques à caractère sexuel de son téléphone mobile personnel pour le diffamer. Il a également ajouté que ces messages “échangés avec un proche de sa famille pour rigoler”, avaient été par la suite “pris en photos à son insu sans pour autant que son téléphone ne soit volé”. M.K changera vite de version par la suite en prétendant que son téléphone lui avait été dérobé et que les messages en questions ont été fomentés.

Une version qui va rapidement s’effondrer face aux recherches effectuées par la police, qui, en partant de ce qui pouvait paraître une simple plainte, a pu mettre au jour tout un système d’abus de pouvoir, de chantage sexuel. En effet, les analyses techniques montrent que M.K a utilisé le même numéro et le même téléphone avec une numéro de série identique, pour effectuer des appels même après ses allégations sur le vol de son téléphone.

Également, l’analyse des messages à caractère sexuel sur l’application WhatsApp qui ont fait l’objet de la plainte de M.K, a fini par montrer que celui-ci aurait demandé des faveurs sexuelles à ces étudiantes. En contrepartie, M.K proposait de jouer le rôle d’intermédiaire auprès de ses collègues, les quatre autres suspects dans l’affaire, afin que ceux-là accordent de bonnes notes aux étudiantes en question.

L’analyse technique a permis d’identifier les numéros des étudiantes avec lesquelles M.K échangeait, souvent tard dans la nuit. Il s’agit de 106 appels avec Sa.H et 132 appels avec sa soeur So.H, ainsi que 259 appels avec leur mère, N.Z. L’enseignant en question aurait demandé des faveurs sexuelles aux trois. Interrogées par les enquêteurs, ces dernières nieront tout chantage sexuel par M.K, avançant qu’une amitié de 15 ans lie les deux parties, au vu de leurs origines communes de la ville de Bejaâd. Les témoignages de deux autres étudiantes, W.L et I.M, vont dans le même sens, mais laissent planer le doute sur la manipulation des notes.

Système de falsification
Une expertise réalisée par le Laboratoire national de l’expertise scientifique et technique sur 23 copies d’examens qui auraient été falsifiées, a permis de mettre la lumière sur un véritable dispositif de manipulation des notes qui aurait été instauré par les enseignants suspects au sein de leur faculté, au profit de certains étudiants et étudiantes, notamment afin de leur faciliter l’accès à des masters. Le laboratoire affirme que les notes initialement inscrites sur 22 des 23 feuilles en question ont été falsifiées en utilisant une encre différente. Dans certains cas, la note a été multipliée par deux, précise l’expertise.

La police s’est également référée aux résultats de l’enquête menée par la commission d’enquête dépêchée par le ministère de l’Enseignement supérieur à la faculté de droit de Settat, pour démêler le vrai du faux. Alors que les réseaux sociaux étaient inondés depuis plusieurs jours de rumeurs et d’appels à dénoncer les enseignants “harceleurs”. Ladite commission parviendra à détecter de nombreuses anomalies au sein du même établissement, notamment dans l’encadrement des projets de fin d’études, qui sont dominés par M.K, qui se serait avéré particulièrement généreux dans ses notes accordées aux étudiantes originaires de sa ville, Bejaâd, notamment celles interrogées dans le cadre de l’enquête, ainsi que d’autres dysfonctionnements portant atteinte à l’égalité des chances.

Pris au piège
Dans un effet de domino, la chute du président de la filière de droit public dans la faculté de Settat entraînera celle de ses collègues. À commencer par M.M, accusé de chantage et de harcèlement sexuels, qui sera accablé par une douzaine d’enregistrements vidéo de ses rapports sexuels avec son étudiante M.N.I dans un appartement à Berrechid. Lassée de “l’exploitation” dont elle est victime, l’étudiante en question aurait demandé l’aide de Y.M, un étudiant connu pour son engagement dans une organisation estudiantine, afin de filmer l’enseignant M.M et d’utiliser les séquences vidéo comme preuves par la suite.

Les trois autres enseignants, A.M, M.B et K.S, suspectés dans la même affaire, sont également accusés par plusieurs étudiantes d’exploitation sexuelle, en usant du pouvoir que leur accorde leur position. Bien qu’ils nient ces faits, les enquêteurs sont parvenus à rassembler des preuves les accablant, notamment des enregistrements audio et des conversations WhatsApp, ainsi que les témoignages de certains étudiants des deux sexes.

L’enquête conclut que les cinq enseignants sont bel et bien impliqués dans des faits de “traite d’être humains, abus de faiblesse, usage du pouvoir et de l’autorité à des fins sexuelles de manière habituelle au moyen de la menace, en plus de la falsification de notes”, ajoutant que les propos des victimes présumées et des témoins sont appuyés par des “preuves techniques réelles”.

Le rapport de l’enquête déplore que ces enseignants aient transformé l’université, censée être un sanctuaire de la science et du savoir, en une source de scandales et de pratiques portant atteinte à la dignité et aux moeurs. Poursuivis devant le tribunal de première instance de Settat, quatre des enseignants suspects, dont deux sont poursuivis en état d’arrestation et deux autres sont en liberté sous caution d’un total de 70.000 dirhams, ont vu leur procès reporté au 28 décembre 2021. Le cinquième suspect, M.K, est présenté devant la cour d’appel de la même ville, au vu des accusations plus lourdes dont il fait l’objet.

Après plusieurs semaines de silence, la Syndicat national de l’enseignement supérieur a dénoncé, lundi 21 décembre, la “campagne de dénigrement” ciblant le corps des enseignants sur les réseaux sociaux et la presse, en utilisant le scandale de la faculté de Settat comme prétexte, afin de remonter l’opinion public contre cette catégorie professionnelle.

De leur côté, plusieurs ONGs, notamment celles de défense des droits des femmes, ont affiché leur soutien aux victimes présumées.