Sauvetage de la RAM: plus de 858 licenciements prévus

Abdelhamid Addou a fait part de sa décision d’activer un plan social au sein de la compagnie aérienne nationale. Mais est-ce vraiment le moment de reculer?

Il est donc là, le plan de sauvetage de la Royal air Maroc (RAM). Ou plutôt vaut-il mieux parler de plan social: pas moins de 858 licenciements, dont 180 pilotes, Abdelhamid Addou frappe, pour le moins, fort. Le président-directeur général de la RAM a ainsi saisi l’occasion de sa réunion avec les représentants du personnel, le 2 juin, pour officialiser sa décision et celle de son équipe, et celle-ci bénéficie, comme chacun le sait, de l’assentiment de la ministre du Tourisme, Nadia Fettah Alaoui, qui s’était exprimée à ce sujet à la Chambre des représentants le 8 juin.

Et, on le pense bien, M. Addou ne devrait sans doute pas, à l’avenir, faire machine arrière, en dépit du refus de son plan qui lui a été opposé -les représentants du personnel, constitués de syndicalistes de l’Union marocaine du travail (UMT), souhaiteraient pouvoir en discuter davantage et être mieux informés quant à la situation financière détaillée de l’entreprise-, d’autant plus que l’Etat semble se diriger, pour au moins les trois prochaines années, vers une politique d’austérité drastique, et qu’à ce titre il devrait à l’évidence rechigner à passer à la caisse pour renflouer l’entreprise -M. Addou le lui avait indirectement demandé le 12 mai dans une lettre à ses collaborateurs, où il avait estimé les pertes quotidiennes de la compagnie à 50 millions de dirhams.

Le bras du “soft power” marocain
En outre, la RAM devrait également se séparer d’une partie de sa flotte: le nombre d’appareils qui devraient être vendus devrait, selon diverses sources, être de vingt. Est-ce toutefois, ainsi, que la compagnie pourra sortir de “la pire crise de [son] histoire” -phrase utilisée par M. Addou toujours dans sa lettre du 12 mai? Beaucoup en doutent, car si le secteur de l’aérien dans son ensemble est atteint -l’Association internationale du transport aérien (IATA) estime ses pertes totales à 314 milliards de dollars-, ce n’est sans doute pas le moment de reculer et de laisser tomber à l’eau tout ce qui a été durement construit des années durant.

On ne rappellera jamais assez que la RAM joue un rôle clé pour la diplomatie du Maroc, qu’elle est le bras aérien de son “soft power” notamment en Afrique, et pour s’en assurer il suffit de faire référence aux attaques qu’elle avait essuyée en octobre 2017 de la part du ministre des Affaires étrangères algérien de l’époque, Abdelkader Messahel, de transporter “autre chose que des passagers”, c’est-à-dire de la drogue: le diplomate de la voisine de l’Est n’aurait certainement pas tenu de tels propos s’il n’estimait pas les intérêts de son pays menacés par le déploiement à l’international de la compagnie.

La Covid-19 devrait plutôt, au contraire, constituer une fenêtre d’opportunité pour la RAM et plus largement le Royaume, puisque toutes ses concurrentes sont affaiblies. Mais la décision n’appartient bien évidemment pas à M. Addou mais est du ressort du gouvernement.


1 commentaire

  • ben mhammed

    6 Juillet 2020

    il est extrêmement difficile de juger quelqu’un à partir d une photo ou sur son apparence souriante sur une photo. Mais à partir du moment que cette personne dévoile des intentions ou des plans, il devient facile de se faire une idée de l'homme en charge et de sa capacité à gérer les crises. Dans ce cas-ci, on peut affirmer sans l'ombre d'un doute que Monsieur a échoué lamentablement dans sa mission. Il n'est pas nécessaire de démontrer son échec tellement il a choisi le chemin de la facilite en optant pour les "' solutions " prises par ses prédécesseurs à savoir ,réduction drastique du personnel et vente ( sacrifice) de matériel acquis à coup de millions de $. En matière de solutions , je crois que n importe quel employé aurait mieux fait que Mr le PDG. Ce qui choque le plus dans cette histoire, c'est de découvrir que devant l'adversité, nos irresponsables ne sont même pas capables de s inspirer de ce qui se fait ailleurs pour sauver les meubles .Le cas d'Ethiopian airlines est édifiant a bien des égards : Au début de la crise, Ethiopian Airlines avait 12 avions dédiés au fret. La compagnie a depuis modifié "10 à 15" avions passagers en enlevant les sièges pour renforcer sa flotte. La compagnie a réussi à rapatrier des Américains et des Japonais depuis des pays africains, ce qui lui a valu des remerciements officiels de ces deux gouvernements .les Nations unies et ethiopian airlines ont créé une plate-forme de transport humanitaire à l'aéroport d'Addis-Abeba pour acheminer des équipements et des travailleurs humanitaires sur le continent africain. La compagnie a commencé très tôt des négociations pour reporter les versements lies à la location d'avions et même un délai pour les remboursements. La compagnie s'engage à garder tous ses employés permanents et recourrait à la baisse de salaire si la crise devait perdurer. Last but not least, Ethiopian s'offre même le luxe de ne pas modifier sa stratégie de croissance. Pour conclure ,j invite certains marocains (suivez mon regard) a méditer sur cette déclaration du PDG d Ethiopian "Nous ferons tout pour survivre".

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