Sarah Moussabik : "Nous réclamons la reconnaissance de la culture amazighe"

Le duo Sarah & Ismael essaye de dépoussiérer les oeuvres musicales des anciens artistes amazighs. Interviewée par Maroc Hebdo en marge de sa participation à l’édition 2024 du Festival Jazzablanca, qui s’est tenu du 6 au 8 juin 2024, Sarah Moussabik nous explique sa démarche artistique. Entretien.


Quelles sont vos motivations pour le choix du répertoire musical que vous interprétez ?
D’abord parce que je suis amazighe originaire de la région du Souss. J’ai grandi en écoutant les ‘‘rways’’ (maîtres chanteurs, ndlr) dont entre autres Iznzaren et Oudaden. Mais aussi en raison du constat que ce style de musique n’accorde pas trop de place à la fusion et à d’autres arrangements musicaux. Dans le cadre de notre démarche artistique, mon époux et moi avons oeuvré à mettre en place des réajustements qui correspondent au répertoire que l’on interprète.

C’est le cas des titres musicaux de raïss L’haj Belaid dont le champ lexical et le rythme de la musique sont très difficiles à reprendre d’un point de vue technique et linguistique. Car il ne faut pas oublier que le chant des ‘‘rways’’ est très complexe, puisqu’il est composé des paroles de « Tanddamt » (poésie, ndlr). Pour les comprendre, il faut être plus qu’amazigh, linguiste. A partir de notre petite échelle, nous essayons de rapprocher la nouvelle génération de cette couleur musicale.

Votre démarche consiste à ressusciter le patrimoine culturel amazigh en recourant à la réadaptation rythmique et langagière…Quelles précautions prenez-vous pour ce faire ?
Je comprends que certains artistes amazighs issus de l’ancienne génération puissent s’inquiéter de la préservation du noyau de la composition originelle d’un titre musical qu’il nous arrive de chanter, sauf que j’estime que le caractère traditionnel d’une oeuvre musicale est intimement lié à l’époque où celle-ci a été composée.


En fait, même dans les années 1980, quand les ‘‘rways’’ se rendaient à Casablanca pour enregistrer leurs opus, il y avait la tendance d’AutoTune. Il faut garder le coeur du morceau, évidemment. Mais si on décide de garder une cover de raïs L’haj Belaid par exemple sans la réadapter, on n’atteindra qu’une cible restreinte.

Ce qu’on essaie de faire, c’est d’avoir un espace ouvert d’arrangements nous permettant d’intégrer de nouveaux instruments musicaux. Pour la petite histoire, nous avons intégré un nouvel instrument populaire en Chine équivalant à ‘‘Ribab’’ pour réaliser un projet artistique qui n’est pas encore sorti. Si demain on vient nous dire qu’on ne représente pas les morceaux musicaux tels qu’ils sont, je pense qu’il n’y a rien de mal tant qu’on contribue à maintenir la continuité de ce patrimoine.

Quelle est votre valeur ajoutée sur la scène culturelle amazighe ?
Notre engagement est que la culture amazighe soit reconnue. Je sais qu’il y a une grande reconnaissance au niveau national, mais quand on voyage à l’étranger, et que les gens savent que nous sommes marocains, on nous parle souvent de culture arabe. Ce n’est pas négatif, car il existe des gens qui souhaitent s’identifier en tant qu’arabes.

Simplement, nous ne réclamons pas plus que la reconnaissance de notre culture. Et le morceau « Amoudou » parle de cela, justement. A travers notre concept, nous aidons également à l’apprentissage de la langue amazighe pour que la nouvelle génération puisse se l’approprier.

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