Entretien avec Sara Bellali, membre de l’équipe du Pr Raoult à l’IHU Méditerranée Infection à Marseille

"La décision du Maroc de maintenir la chloroquine contre le Covid-19 est courageuse"

Suite à la décision de l’OMS, du Haut conseil de la santé publique (HCSP) et de l’Agence du médicament (ANSM) français de ne pas utiliser l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 hors essais cliniques, en se basant sur étude très controversée parue dans la revue scientifique The Lancet, les voix s’élèvent pour dénoncer une désinformation scientifique. Parmi celles-ci, Sara Bellali, membre de l’équipe du professeur Didier Raoult. Agée de 27 ans, docteur en microbiologie, cette Marocaine, qui a grandi et fait ses études primaires, secondaires et supérieures à Casablanca, a réalisé de nombreuses prouesses scientifiques, notamment les premières photographies au microscope du coronavirus (Covid-19). Elle a effectué un stage, en 2015, avec le Pr Raoult, à l’IHU Méditerranée Infection à Marseille. Après quoi, le Pr Raoult l’intègre dans son équipe dans le cadre de sa thèse.

La polémique autour de l’efficacité de la chloroquine contre le coronavirus s’est transformée en polémique autour des effets indésirables de la chloroquine. Est-ce une fausse piste?
Comment un médicament ou une molécule qui existe sur le marché depuis 50 ans est devenue indésirable et a été retirée du jour au lendemain de la liste des médicaments autorisés en France? Il faut savoir pourquoi. C’est un médicament parmi les plus prescrits dans le monde, en prévention et en traitement du paludisme, mais également dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, certaines formes de lupus, et en prévention des formes sévères d’allergie au soleil (lucite).

La chloroquine a-t-elle vraiment des effets indésirables notables?
Tout médicament peut avoir des effets indésirables. Même le Doliprane peut être mortel s’il est mal utilisé. Il faut juste prendre l’hydroxychloroquine, dérivé de la chloroquine, sous une surveillance médicale qui autorise le patient, après avoir consulté son dossier médical, à la prendre. Mais aller jusqu’à croire que c’est un médicament toxique ou qui peut provoquer la mort, c’est hallucinant. Il est notoire que la chloroquine est contre-indiquée pour des personnes qui ont une arythmie cardiaque. Le médecin traitant doit faire un électrocardiogramme avant de se décider.

A l’IHU, nous ne donnons pas le traitement sans passer par ces étapes. Nous avons effectué des milliers d’électrocardiogrammes pour voir si le patient n’a pas de troubles d’arythmie cardiaque. L’électrocardiogramme est effectué à plusieurs reprises avant et après le traitement pour s’assurer que ce médicament n’a pas d’effet d’arythmie cardiaque sur le patient. C’est tout à fait le contraire qui a été fait dans l’étude publiée par la revue scientifique The Lancet, où le traitement a été accordé à des personnes qui avaient des antécédents de problèmes cardiaques.

Pensez-vous que c’est une guerre secrète livrée aux prouesses réalisées par le Dr Raoult et son équipe, dont vous faites partie?
Guerre secrète ou pas guerre secrète, sincèrement, je ne sais pas. Mais avec le temps, tout va se savoir. Nous ne comprenons pas ce qui se passe. Du jour au lendemain, tout le monde attaque la chloroquine. L’étude de The Lancet n’a ni queue ni tête. Sur la base de cette étude, l’OMS a interdit l’utilisation de la chloroquine. D’abord, c’est une étude rétrospective basée sur l’observation. Ce sont des gens derrière leur ordinateur qui ont pris les data de patients de plusieurs hôpitaux et ont commencé à analyser des statistiques. Cela interroge sur la crédibilité de ces données.

Vous avez vécu avec le Pr Raoult toutes les attaques dont vous avez fait l’objet, notamment en France, particulièrement en relation avec le respect de la procédure des tests cliniques. Que répondez-vous aujourd’hui à ces attaques?
En général, les études cliniques ont certaines règles à respecter. Il y a plusieurs phases. Il faut que l’essai soit randomisé, c’est-à-dire aléatoire. C’est l’ordinateur qui sélectionne “au pif” les patients. Il faut que le patient ne sache pas le traitement. Il faut aussi un “groupe contrôle”, qui reçoit un placebo, qui ressemble au médicament, ayant la même forme et la même texture. Ces études nécessitent beaucoup de temps. A ce jour, il y a 192 essais cliniques enregistrés sur le site officiel; des essais cliniques qui n’ont pas encore abouti. L’étude Discovery, Recovery, aussi. Et nous sommes à la fin de l’épidémie.

Du coup, ils ont critiqué le Dr Raoult, qui, lui, s’est basé sur une petite étude clinique in vitro et in vivo réalisée en Chine sur un nombre réduit de patients et qui a démontré l’efficacité de la chloroquine. Or, les études cliniques doivent être réalisées sur un nombre important de personnes. La première étude du Dr Raoult a été effectuée sur un petit nombre de patients. Elle n’était pas randomisée en double aveugle. Ils ont critiqué la qualité de l’étude.

Mais, même s’il y avait un petit nombre de patients, on voyait l’efficacité du traitement. Les patients guérissaient au bout du sixième jour. On a eu zéro accident cardiaque depuis le début de l’épidémie. On a réussi à traiter avec l’hydroxychloroquine 3.737 patients atteints du Covid-19. Cela pousse à réfléchir. Qui faut-il croire? Des médecins qui ont été en contact direct avec les patients ou des “experts” assis derrière leurs ordinateurs qui ont analysé des données de patients bien choisis pour leurs antécédents cardiaques. Ce qui remet en question la crédibilité de l’OMS, qui s’est basée sur l’étude de The Lancet pour rejeter la chloroquine.

Comment votre équipe a-t-elle pensé à la chloroquine comme traitement contre ce virus?
D’abord, n’est-ce pas bizarre que The Lancet, qui a publié cette étude mettant en exergue les effets indésirables de la chloroquine a, comme par hasard, publié en 2003 une étude sur l’efficacité de la chloroquine comme agent anti-viral. Elle avait alors certifié que ce médicament est inoffensif. A l’IH, et au fil des années, le Dr Raoult a traité plusieurs milliers de patients avec ce médicament. Il n’a jamais eu d’accident cardiaque.

Vous savez, le Dr Raoult a eu totes les autorisations de l’ANSM (Agence nationale de sécurité des médicaments) et du Comité de protection des personnes (CPP) pour utiliser l’hydroxychloroquine dans le protocole thérapeutique contre le Covid-19. L’aval de ces organismes est incontournable pour commencer un essai clinique. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’essai a été fait dans l’urgence. On était face à une crise sanitaire, une pandémie. Au début, il a testé juste l’hydroxycholoroquine toute seule, puis il l’a associée à l’Azithromycine (antibiotique). L’étude a donc démontré que les patients qui suivaient cette thérapie se remettaient rapidement. Leur charge virale diminuait au bout du sixième jour, comparé à un autre groupe qui prenait que l’hydroxychloroquine seule.

Suite à ces résultats probants, on a commencé à donner systématiquement l’hdroxychloroquine associée à l’Azithromycine, après, bien entendu, avoir précisé les doses à prescrire. Il y a toute une équipe de pharmaciens, de cardiologues, d’infectiologues… dans l’équipe du Dr Raoult. C’est une équipe pluridisciplinaire composée de près de 300 spécialistes et médecins stagiaires.

Vous êtes personnellement l’une des première chercheuses au monde à avoir pris un cliché au microscope du Covid-19. Au vu des dernières “découvertes” qui disent que c’est une bactérie et non un virus, pouvez-vous nous aider à tirer cette confusion au clair?
Ce dont les gens parlent, c’est juste une “information” non scientifique qui ne se base pas sur une étude publiée quelque part et qui reste à prouver. Moi, j’ai suivi les cas de centaines de patients testés positifs validés par d’autres techniques, dont la génomique. Pour le moment, on ne parle pas de bactérie. Je ne sais pas d’où on a sorti cette “information”. Il s’agit d’un virus naturel. Quand vous rassemblez dans le même endroit des animaux qui sont censés être dans leur milieu naturel, on développe ce genre de virus. Moi, en tant que scientifique, je ne crois pas qu’il a été fabriqué ou développé par des êtres humains.

En des termes simples, expliquez-nous comment la chloroquine arrive à détruire ce virus.
La chloroquine, ou plutôt l’hydroxychloroquine, agit de manière directe sur le virus. Elle inhibe sa croissance dans la cellule mais aussi elle a un effet immuno-modulateur, c’est-à-dire qu’elle agit comme régulateur du système immunitaire du patient.

Alors que la France officielle a décidé de suspendre l’utilisation de la chloroquine, le Maroc, à l’instar de certains pays, a fait le choix de maintenir le protocole thérapeutique à base de chloroquine, refusant ainsi de suivre la recommandation de l’OMS. Comment allez- vous faire à Marseille?
A un moment donné, pendant cette crise sanitaire, l’OMS a autorisé le médicament américain Remdesivir, un antiviral américain, sachant qu’il n’est pas efficace du tout et a beaucoup d’effets indésirables. Puis, quelque temps après, les résultats d’une étude sur ce médicament ont fuité, ce qui a poussé l’OMS à revenir sur sa recommandation. Du coup, l’OMS s’est rabattue sur l’étude de The Lancet, dont la crédibilité pose énormément de points d’interrogations. Un nombre important de chercheurs dans le monde demandent des explications au sujet des résultats de cette étude.

L’OMS a interdit les essais cliniques à base de chloroquine, mais chaque pays est souverain. Pour ne citer que le cas du Maroc, qui a refusé de prendre en considération la recommandation de l’OMS, il se base sur des résultats concrets. Le Maroc a enregistré plus de 5.000 guérisons. Les médecins qui travaillent sur le terrain ne sont pas des “débiles”. Ils ne vont pas prescrire un médicament à un patient qui a des problèmes cardiaques, sans prendre les précautions nécessaires s’il lui est contre-indiqué. Je l’ai longtemps dit.

Le Maroc est sur la bonne voie. La décision des responsables gouvernementaux marocains est courageuse. En France, heureusement que c’est la fin de l’épidémie. A Marseille, on reçoit un cas par jour. Nous avons le taux de mortalité le plus faible en France. A titre de comparaison, on meurt 4 à 5 fois moins à Marseille qu’en Île de France. Ce n’est pas le fruit du hasard.

Maintenez-vous que la chloroquine est efficace?
En Angleterre, l’essai baptisé Recovery, mené sur des patients à base d’hydroxychloroquine et l’Azithromycine, a commencé il y plusieurs semaines. Avec l’interdiction de l’OMS, le responsable de l’essai a adressé une lettre à l’OMS pour demander l’autorisation de poursuivre les essais cliniques parce qu’ils n’avaient pas rencontré de problèmes avec ce traitement. En France, la chloroquine est autorisée pour le traitement d’autres maladies, pas contre le Covid- 19.

Vous, qui êtres proche de lui, après cette décision de l’OMS et de la France d’interdire la chloroquine contre le Covid-19, quelle a été la réaction du Dr Raoult?
Il maintient ce qu’il a toujours dit depuis le début. Il faut croire aux médecins qui sont en contact avec les patients ou bien il faut croire à des gens derrière leurs ordinateurs en train d’analyser des big data? A vous de faire le choix, c’est ce qu’il n’arrête pas de répéter.


2 commentaires

  • Alain Rousseau médecin

    30 Mai 2020

    Impressionnant de clarté de sens clinique et de vision réellement scientifique Bravo

  • ben mhammed

    31 Mai 2020

    Pour un traitement de 10 jours, Le Remdésivir, en autre , coutera 4500$ par personne alors que pour la chloroquine et ses dérivés le cout ne dépassera pas les 100$ au pire des cas .Le calcul est vite fait .L'industrie du medicament n'a pas d'âmes et ne pense qu'aux bénéfices engendrés au profit des investisseurs et aux dépens des malades et surtout de ceux qui ne bénéficient d'aucune protection Médicale. Les laboratoires ont maintes fois usé de ce stratagème pour disqualifier des remèdes efficaces mais moins onéreux au profit d'autres qui n'ont prouve aucun résultat clinique mais qui rapporte gros. Pire encore, Glaxosmithkline a retiré AVANDIA du marché des années après que son danger a ete prouve sur la santé de son utilisateur et a continue pendant des années à pomper ses clients en toute impunité. Les laboratoires de nos jours sont un lobby aussi puissant que celui des armes et ce n'est pas par hasard que le "philanthrope" Bill Gates a mis son argent, OU celui de sa fondation si vous voulez, dans l'industrie du medicament. Cet énergumène a fait la publicité d'un vaccin, produit par un laboratoire dans lequel il a des intérêts, auprès de l'OMS contre une plante naturelle efficace contre le paludisme conue sous le nom Artemisia annua.Cette plante médicinale est toujours déconseillée par l’OMS pour le grand bonheur du nouveau michiaveli Bill Gates .Ceci n'est qu'une histoire parmi tant d'autres pour comprendre pourquoi on s acharne sur la chloroquine et Dr Raoult.

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