L'état déprimant de la santé mentale : Seuls 343 psychiatres exercent au Maroc

Khalid Aït Taleb a affirmé que la mise à niveau du secteur de la santé mentale est l’une des priorités de son département, néanmoins le chemin reste semé d’embûches.

La santé mentale est une épine pour la santé publique au Maroc, estime Khalid Aït Taleb. Entre insuffisance des unités hospitalières, pénurie des médecins spécialisés et des infirmiers et manque de centres d’accueil… le secteur de la santé mentale souffre toujours de carences majeures, en infrastructure ou en personnel, révèle le ministre de la Santé et de la Protection sociale.

Anxiété, dépression, automutilations, voire suicides et avec la pandémie de Covid-19, un nombre croissant de Marocains souffrent de troubles mentaux. En effet, alors que plus de 26% des Marocains souffrent de dépression au cours de leur vie, 9% de troubles anxieux et 5,6% de troubles mentaux. Alors que 1% des Marocains souffrent de schizophrénie, selon les statistiques de l’enquête nationale de 2005, la majorité rencontrent une grande difficulté pour accéder aux soins nécessaires.

Au parlement, M. Aït Taleb a annoncé que le secteur continue de souffrir en précisant que «Les ressources humaines spécialisées en santé mentale ne sont pas suffisantes pour répondre aux besoins de la population en traitements spécialisés, alors que les chiffres officiels montrent des taux de prévalence importants pour les troubles mentaux et psychologiques». Dans ce sens, le ministre a rappelé que le traitement de ces troubles se caractérise par son coût élevé, que ce soit au niveau économique ou social.

Une situation inquiétante
Sur ce dernier volet, le phénomène de stigmatisation limite l’accès des personnes atteintes aux soins. En chiffres, le Maroc compte 343 psychiatres et 214 psychologues, dont 200 exerçant dans le secteur privé, 1.335 infirmiers psychiatriques, 16 pédopsychiatres, 14 assistants sociaux et 64 médecins formés à la prise en charge des addictions. Notons que le Royaume compte également 197 orthophonistes et 36 psychomotriciens.

Il est à rappeler que dans son rapport annuel 2021, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) avait fait état d’une situation inquiétante dans les hôpitaux de santé mentale marocains, dont la capacité d’accueil est de 2.136 lits seulement pour 150.000 personnes souffrant de maladies mentales. Un chiffre en croissance depuis 2016, puisqu’en quatre ans, le Maroc compte 50.000 nouvelles personnes atteintes de troubles mentaux, selon l’estimation communiquée à cette occasion.

Or, il n’existe qu’une dizaine d’hôpitaux spécialisés et 23 centres hospitaliers, la majorité se trouvent dans les grandes villes: Casablanca, Rabat et Marrakech. Le Maroc ne dispose donc ni des infrastructures ni du cadre légal adéquat en matière de santé mentale. Le CNDH fait état d’une situation inquiétante et appelle à l’adoption du projet de loi 71.13, en suspens depuis 2016.

Certes, M. Aït Taleb a affirmé que la mise à niveau du secteur de la santé mentale est l’une des priorités de son département, néanmoins le chemin reste semé d’embûches considérables vu le coût que pourrait avoir le renforcement des capacités des professionnels dans le domaine et de l’intégration de la santé mentale dans les hôpitaux publics et les établissements de soins de santé primaires.