La santé des Marocains est-elle toujours la priorité du gouvernement ?

Un petit budget d'investissement pour le département de la santé

Le Maroc a sacrifié en partie l’économie en priorisant la santé des Marocains. Ni le budget d’investissement ni le nombre de nouveaux postes budgétaires alloués au département de la Santé ne répondent aux exigences de la lutte contre la pandémie. Ils ne reflètent pas la pensée et le discours politiques.

La défaillance du système de santé n’est plus à démontrer. Elle a été encore plus visible depuis le déclenchement de la crise sanitaire et est devenue manifeste durant ces trois derniers mois. C’est un fait implacable. Mais ce qui est atterrant, c’est de constater que la leçon n’a pas été bien assimilée ou que la volonté politique d’y remédier n’a pas changé. Le budget d’investissement du département de la Santé, tel qu’il ressort du Budget général de l’Etat de l’année 2021, n’a pas beaucoup évolué compte tenu de la conjoncture actuelle et de la nécessité de renforcer la capacité d’accueil et les équipements des hôpitaux publics.

De 3,35 milliards de dirhams, ce budget est passé à 4,2 milliards. Un écart de seulement 850 millions de dirhams! Et dire que des milliers de Marocains malades de la Covid-19 ne sont pas pris en charge par les hôpitaux publics et ne trouvent pas une place dans les services de réanimation saturés au quotidien !

Le budget 2021 du département de la Santé s’élève à à peine 19,774 milliards de DH, en hausse de 5,8% par rapport à l’année précédente. Un montant de 15,5 milliards de DH dont 10,4 milliards pour les salaires des fonctionnaires est alloué au fonctionnement. Le reste est consacré à l’investissement.

Ce département, dirigé par Khalid Aït Taleb, a reçu et dépensé une dotation de plus de 2,2 milliards de DH au titre du Fonds spécial pour la gestion de la pandémie. Cet argent devait servir à renforcer la capacité d’accueil et à augmenter les lits de réanimation équipés pour faire face à la propagation effrénée du coronavirus. La résultante est que les hôpitaux publics ont montré leur incapacité à gérer l’afflux ascendant des malades Covid-19. De ce fait, une question légitime se pose avec acuité : si 2,2 milliards de dirhams se sont évaporés en trois mois en donnant de piètres résultats, que va-t-on faire avec 850 millions de dirhams supplémentaires pour combler le déficit de la prise en charge publique des malades Covid-19?

Dispositif de sécurité
Ce ne sont pas que les équipements qui font défaut. Il y a aussi l’épineuse question des ressources humaines. Le gouvernement a consacré, dans le projet de loi de finances 2021, au ministère de la Santé, 5.500 postes budgétaires. Est-ce suffisant? Naturellement pas! Ventilés sur l’ensemble des hôpitaux du Royaume, le renfort paraît d’emblée insignifiant. D’aucuns diront que les moyens de l’Etat sont limités.

Dans ce cas, comment expliquer que des départements comme ceux de l’Intérieur et de la Défense ont bénéficié d’un nombre important de postes budgétaires? Personne ne nie l’importance du dispositif de sécurité dans le maintien de l’ordre et le respect des consignes de confinement et de l’état d’urgence sanitaire. Mais la Santé publique passe en premier. Elle est, d’après le discours et les orientations du Roi Mohammed VI, la priorité des priorités.

Le Maroc a même en partie sacrifié l’économie en priorisant la santé des Marocains. Ni le budget d’investissement ni le nombre de postes budgétaires alloués dans le cadre du projet de loi de Finances 2021 ne répondent aux exigences de la lutte contre la pandémie. Ils ne reflètent pas la pensée et le discours politiques.


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