La santé et l'investissement, deux priorités du Palais

Réunion du conseil des ministres

Au cours d’une réunion très riche au palais royal de Rabat où différentes décisions ont été prises sous les auspices du roi Mohammed VI, ce dernier a posé les jalons d’une vaste réforme du système national sanitaire et de la charte de l’investissement.

Le système de santé national va-t-il donc enfin connaître sa réforme tant attendue depuis des décennies? Discuté en tout premier au Conseil des ministres présidé ce 13 juillet 2022 au palais royal de la ville de Rabat par le roi Mohammed VI, chose qui n’est sans doute pas sans dire beaucoup sur l’importance qu’il revêt aux yeux du Souverain, le projet de loi-cadre afférent a même tout d’une révolution appelée à coup sûr à marquer d’une pierre blanche l’actuel règne.

Il accompagne aussi, comme l’a bien souligné le porte-parole du Palais, Abdelhak Lamrini, dans un communiqué publié dans la foulée, le chantier parallèle de généralisation de la protection sociale lancée en avril 2021, sur orientations royales, par le gouvernement Saâd Eddine El Othmani, et dont le caractère crucial est non moins égal.

Réagencement du ministère
De quoi s’agit-il au juste? Selon les informations communiquées par le Palais, qui sont pour l’heure les seules dont on dispose, cette réforme se fera selon une approche transversale qui donnera la part belle aussi bien au volet de la gouvernance, par le biais d’une revue cadre institutionnel, qu’à celui de la valorisation des ressources humaines -un des grands problèmes dont souffre sans doute le système de santé national-, en passant par l’usage de la technologie dans un objectif affiché d’efficience et d’une meilleure satisfaction des besoins des Marocains à ce niveau.

L’État devrait, concrètement, procéder par piliers, dont le nombre a été fixé à quatre, et ces piliers semblent se présenter comme suit: premièrement, poser une sorte de nouveau jalon, avec la mise en place de la Haute autorité de la santé, de l’Agence des médicaments et des produits de santé et de l’Agence du sang et produits dérivés du sang en même temps que le ministère de la Santé verrait un réagencement de ses directions et qu’au niveau des régions des sortes de groupements viendraient veiller à la mise en oeuvre locale des différents plans stratégiques; deuxièmement, changer de fond en comble et la formation du personnel de la santé, et son nombre -qui reste famélique, même au niveau africain-, et, surtout, sa performance, au moyen d’une nouvelle loi sur la fonction publique sanitaire qui se veut d’ores et déjà incitative, en plus de l’encouragement des médecins marocains installés à l’étranger à revenir au pays et même l’ouverture aux compétences étrangères comme le roi Mohammed VI en avait fait le voeu dans son discours du Trône du 29 juillet 2019; troisièmement, et cela sera une conséquence logique des deux premiers piliers, l’amélioration de l’offre à laquelle ont accès les Marocains aussi bien au niveau quantitatif que, spécialement, qualitatif, qui ferait aussi que de nombreux investissements se devront d’être effectués pour réhabiliter les différentes infrastructures hospitalières nationales; quatrièmement, l’adoption d’un système informatique intégré.

Naturellement, de telles ambitions nécessiteront un effort financier colossal à un moment où l’État, dont la dette a sans doute d’ores et déjà dépassé les 100% du produit intérieur brut (PIB) si l’on inclut les établissements et entreprises publics (EEP), n’a plus vraiment les moyens, et il semble en fait que l’idée derrière la réforme serait d’associer davantage le secteur privé en ayant recours à des partenariats. Cette idée est d’ailleurs défendue par l’actuel ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, lui-même, et elle constitue sans nul doute l’unique alternative dont disposent les pouvoirs publics marocains à l’heure actuelle.

Contribution du système bancaire
Ceci dit, ces derniers peuvent se prévaloir de l’attractivité du Maroc, qui vient par exemple d’amener, le 30 juin 2022 seulement, le groupe israélien International medical services (IMS) à signer un mémorandum avec le ministère de la Santé pour construire plusieurs unités hospitalières dans les régions de Dakhla-Oued Ed Dahab, Fès-Meknès, Drâa-Tafilalet, l’Oriental et Marrakech-Safi, et ce pour un coût total de 5 milliards de dirhams (MMDH).

On l’imagine, les parties internationales à vouloir emboîter le pas à IMS ne manquent pas, et cela ramène par ailleurs à l’autre point sans doute capital du Conseil des ministres, à savoir la nouvelle charte de l’investissement. Cette dernière devrait, en effet, également profiter aux investisseurs disposant de projets dans le secteur de la santé, à travers une facilitation des opérations d’investissement au niveau procédurier ainsi qu’une plus grande mise à contribution du système bancaire marocain, déjà un des plus performants d’Afrique, mais c’est bien sûr principalement les secteurs productifs à forte valeur ajoutée, comme l’a mis en exergue M. Lamrini, qui sont principalement visés.

Facilitation de l’investissement
On peut sans doute, à ce propos, mentionner l’industrie, qui connaît un grand aggiornamento depuis l’adoption, en avril 2014, du Plan d’accélération industrielle, et cela semble d’autant plus évident que le nouveau directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), Ali Seddiki, justement nommé au cours du Conseil des ministres en remplacement de Youssef El Bari, avait été associé de près audit plan en tant que directeur général de l’investissement et du climat des affaires au ministère de tutelle.

Il reste donc seulement maintenant que le projet de loi-cadre portant charte de l’investissement, et cela au même titre que celui relatif au système national sanitaire, soient adoptés par le parlement afin qu’ils deviennent pleinement effectifs. Dans le même sens, il y a sans doute également lieu de mentionner les conventions bilatérales actées aux niveaux arabe et africain et qui visent les domaines de la coopération économique et commerciale et l’encouragement et la protection des investissements: elles aussi devraient apporter leur pierre à l’édifice. Aussitôt les textes passés dans le circuit législatif, ce sera donc aux gouvernements actuel et futurs de jouer...