La sortie maladroite du représentant du Hamas à l’étranger

Édito de Hiba Chaker : Le sans-gêne de Khalid Mechaal

Le chef du bureau politique du Hamas à l’étranger s’est permis de s’adresser directement aux Marocains leur demandant de faire pression sur leur «dirigeant» pour faire annuler les accords d’Abraham. Rien que ça.

A l’évidence, Khaled Mechaal ne connaît guère les Marocains. Autrement, le chef du bureau politique du mouvement palestinien du Hamas à l’étranger ne se serait sans doute pas aventuré à les haranguer le dimanche 19 novembre 2023, lors d’un meeting organisé au théâtre national Mohammed-V de Rabat par le Mouvement unicité et réforme (MUR), le bras prosélyte du Parti de la justice et du développement (PJD). « J’en appelle à vous, citoyens du Maroc, à la fois les masses populaires et les forces islamiques et nationales, sans distinction de vos affiliations politiques ou idéologiques. Vous avez la capacité de vous adresser aux leaders de votre nation avec un engagement profond envers le Maroc, ses intérêts et sa sécurité, ainsi qu’une fervente détermination pour la Palestine », a-t-il notamment appelé. Suffisant pour enflammer les débats à son encontre. Et pour cause.

Ce n’est pas le fait que, contrairement à ce qu’on a pu lire dans certains médias étrangers mal informés (et sans doute aussi, un peu, mal intentionnés), M. Mechaal ait saisi la balle au bond pour se faire le promoteur auprès de nos concitoyens de la cause palestinienne qui lui a valu une levée de bouclier aussi vive. Par rapport à cela, le concerné est sans doute le premier à avoir conscience du fait qu’il se trouve en terrain conquis, comme il l’a lui-même personnellement à maintes fois senti lors de ses visites au Maroc, dont la dernière remonte au mois de décembre 2017 (il avait alors été convié par le PJD, pour assister à son septième congrès au Complexe sportif Prince-Moulay- Abdellah de Rabat). Mais passer, dans les faits, outre le Roi pour les apostropher sans autre forme de procès? Cela ne pouvait bien évidemment nullement être accepté, d’autant plus que dans son adresse, M. Mechaal a clairement sous-entendu qu’il fallait faire pression sur ce qu’il a appelé « le dirigeant » pour que le Maroc se retire des accords d’Abraham, que le Royaume avait rejoint en décembre 2020 en échange de la reconnaissance par les Etats-Unis de sa souveraineté sur son Sahara. « Si le peuple marocain, cher et estimé, se range derrière son dirigeant, le Maroc, tant sur le plan officiel que populaire, peut entreprendre cette démarche méritoire, redresser une erreur et assumer un devoir », a-t-il notamment insisté. En plus du manquement avéré aux institutions marocaines, l’on est clairement en présence, par ailleurs, d’ingérence pure et simple dans les affaires nationales.

De ce fait, les attaques essuyées depuis lors par M. Mechaal au Maroc ont parfaitement coulé de source. Par la voix d’un communiqué, le parti du Mouvement populaire (MP) a notamment condamné avec fermeté les déclarations du responsable palestinien, son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, a estimé qu’il en avait été à titre personnel étonné du soutien indéfectible exprimé à la cause palestinienne par le Maroc. Par ailleurs, des associations comme l’Organisation marocaine pour la citoyenneté et la défense de l’unité territoriale et la Fédération régionale des associations de la société civile ont même appelé à la mobilisation pour organiser un rassemblement de protestation devant le siège du MUR pour dénoncer ce qu’ils estiment être des tentatives du Hamas de promouvoir des agendas étrangers, notamment ceux de l’Algérie, mais aussi de l’Iran, son parrain connu et reconnu.


Aussi, sur les réseaux sociaux, le hashtag « Seul le Roi s’adresse aux Marocains » a fait particulièrement florès. Avec plusieurs milliers de publications liées, il s’est notamment propulsé en tête de la tendance au Maroc sur X (ex-Twitter). Dans leur indignation, les internautes n’ont, soit dit en passant, pas été sans rappeler celle qui fût la leur suite la vidéo du 12 septembre 2023 d’Emmanuel Macron, dans laquelle le président français avait cru bien faire en leur exprimant de façon directe la disposition de son pays à donner un coup de main dans la phase de reconstruction consécutive au séisme de la province d’Al-Haouz, avant de constater qu’aux yeux de ses destinataires, il venait de se rendre coupable d’un crime de lèse-majesté caractérisé. Mais depuis lors, il aurait, dit-on, fait amende honorable; que devra aussi suivre un jour M. Mechaâl s’il souhaite se réhabiliter sous nos cieux.

Quoiqu’il en soit, ce qui compte est que, on peut le croire, la sortie de M. Mechaâl ne risque pas d’influer sur l’essentiel, à savoir le soutien indéfectible des Marocains à la cause palestinienne, « dirigeant » en tête.

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