Entretien avec Samir Bouzidi, CEO de la startup solidaire “Impact Diaspora”.

Samir Bouzidi : "Il y a un regain d’intérêt pour revenir vivre au pays"

Samir Bouzidi est Ethnomarketer et expert international en mobilisation des diasporas africaines, promoteur du programme panafricain «Invest in diaspora» (2023- 2025). Dans cette interview accordée à Maroc Hebdo, le spécialiste revient sur le phénomène du retour des diasporas marocaines à leurs pays d’origine.


Comment expliquez-vous le regain d’intérêt de la diaspora pour le Maroc ?
Le retour de la diaspora a toujours existé. Cela n’est pas un phénomène nouveau. Le tissu économique marocain est d’ailleurs particulièrement riche, tous secteurs confondus, de ces personnes, que ce soient des binationaux ou des étudiants. Aujourd’hui, on observe de nouveaux profils, de la deuxième ou troisième génération, des investisseurs dans des secteurs nouveaux.

Les médias en parlent également et font la lumière sur ce sujet. Maintenant, s’il fallait quantifier cette tendance, il n’y a pas de statistiques au Maroc. Cependant, quand vous regardez les immatriculations consulaires des six consulats des pays européens classiques de l’immigration marocaine, ça évolue mais pas énormément. On est sur un ordre de 2500 par an, essentiellement des binationaux. Pour résumer, il y a effectivement un regain d’intérêt pour revenir vivre au pays, le Maroc, bien que les proportions soient peu élevées.

Y a-t-il un profil type de cette diaspora qui fait le choix de s’installer au Maroc, notamment du point de vue socioprofessionnel ?
On manque de ce point de vue d’étude au Maroc. En revanche, ce que l’on sait, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes, dans la trentaine, qui ont fait leurs études supérieures en France ou ailleurs, avec une expérience professionnelle de quelques années, qui parfois possèdent la nationalité française, issus d’un milieu sociologique assez aisé et savent qu’ils sont recherchés dans le marché de l’emploi marocain. Il existe également des séniors. Les profils les moins représentés sont les quadragénaires et les quinquagénaires, avec un très grand background professionnel, et le Maroc gagnerait à les faire venir. Il y a ceux aussi qui font des allers-retours, les victimes du plafond de verre, qui se cherchent un peu, souvent pas tout à fait insérés dans leur pays d’accueil.


Sommes-nous face une tendance de fond ou bien le phénomène reste encore à ses débuts ?
On observe au Maroc et chez d’autres diasporas africaines une accélération des flux depuis la pandémie de Covid 19. Cela étant, on ne parle pas de rupture, on n’en est pas là. Afin de massifier les retours, il faut une stratégie publique, communiquer sur les opportunités, bien qu’il y ait une prise de conscience. Il appartient, à mon avis, au secteur privé et à l’Etat marocain d’être à l’écoute de ses diasporas car le besoin est bien là.

Quels sont les atouts dont dispose le royaume afin d’attirer ses forces vives de l’étranger ?
Le Maroc compte une diaspora de proximité, et c’est un avantage majeur. Le Maroc a clairement des perspectives très intéressantes, avec une économie florissante par rapport au reste de la région. Tous les éléments sont réunis du point de vue du storytelling pour aller à la conquête de cette diaspora, notamment sur les compétences qui manquent et au niveau des métiers en tensions.

Les personnes qualifiées ne sont pas simplement séduites par la dimension patriotique. Elles sont rationnelles et voient aussi leurs intérêts. La stigmatisation en Europe est un facteur qui les pousse à rentrer dans leur pays d’origine. Des valeurs communes, des perspectives d’emploi, de la stabilité et de la proximité. Le Maroc dispose de beaucoup d’atouts, c’est manifeste. Encore faut-il bien les utiliser, avoir une stratégie d’identification des compétences qui manquent, car il ne faut pas nier qu’il y a aussi du chômage au Maroc. Un équilibre doit être trouvé.

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