Sami Abou Zouhri, responsable à Hamas : “Notre objectif est clair: avoir un maximum de soutien à la cause de notre peuple”


Ancien porte parole de Hamas, Sami Abou Zouhri a été contraint à quitter Gaza “pour se réfugier quelque part dans le monde”, probablement en Turquie. C’est à travers un intermédiaire que nous avons pu avoir les réponses à nos questions.

Quand vous avez lancé votre opération le 7 octobre 2023 contre Israël, vous vous doutiez  que les représailles allaient être dures. Mais jusqu’à quel point les avez-vous calculées?
Nous avons tout calculé. La préparation de notre opération a duré un certain temps pour nous assurer de sa réussite. Nous en avons assez de subir les actes de l’armée d’occupation et des colons. Ces derniers temps, notamment, les incursions des soldats israéliens dans les mosquées, Al-Aqsa, en premier se sont multipliées. Les contrôles aux abords de la mosquée et l’interdiction faite à certains Palestiniens d’entrer faire leurs prières, les atteintes touchant les femmes et les enfants… Les arrestations arbitraires aussi.

En tant que mouvement de la résistance palestinien, nous avons saisi les organisations internationales, nous avons saisi aussi certaines grandes puissances, incitant les unes et les autres à agir auprès d’Israél. Rien n’a été fait. Nous avons donc été obligés d’agir, d’où l’opération du 7 octobre 2023. Pour ce qui est des représailles, les Palestiniens ne craignent plus rien tellement l’armée d’occupation israélienne nous a habitués à ce genre d’attaques, de tueries et de massacres. Les Israéliens ont compris une chose avec l’opération Déluge Al-Aqsa, c’est qu’ils ne sont pas à l’abri. La peur dans laquelle l’armée israélienne veut faire vivre les Palestiniens est maintenant dans le camp israélien. La résistance palestinienne peut frapper là où elle veut et quand elle le décide. Si l’armée israélienne entre dans la bande de Gaza, elle verra ce qu’elle va subir comme pertes humaines et matérielles.

Pensez-vous que votre mouvement, le Hamas, a l’adhésion de la population de Gaza?
La question n’a pas besoin d’être posée. Nous sommes, en tant que mouvement de la résistance, partie intégrante du peuple palestinien. Nous ne sommes pas des Martiens. Les Palestiniens de Gaza ou la Cisjordanie vivent sous un blocus des plus inhumains. Cela fait une dizaine d’années au moins que Gaza étouffe. Les conditions dramatiques dans lesquelles vivent les Palestiniens dépassent tout ce que vous pouvez imaginer. Les arrestations et les assassinats sont monnaie courante. Que peut perdre un Palestinien de Gaza aujourd’hui? Ce n’est pas une démarche suicidaire de notre part, mais un acte de courage dans notre lutte pour recouvrer nos droits légitimes à avoir notre Etat. Hamas est une organisation palestinienne pour les Palestiniens. Ses dirigeants et ses sympathisants paient le prix: assassinant, arrestation, expulsion, destruction des maisons…

Le mouvement Hamas étant sunnite, pourquoi c’est du côté de l’Iran, pourtant chiite, qu’il trouve son plus grand soutien. On dit même que c’est à Téhéran l’opération du 7 octobre a été décidée…
Absolument pas. L’opération Déluge Al-Aqsa est une opération purement palestinienne depuis sa conception jusqu’à l’exécution. Le soutien iranien existe, nos rapports sont forts avec l’Iran tout comme avec tous ceux qui soutiennent notre cause. Le problème doit se poser autrement: pourquoi des pays arabes et musulmans ne soutiennent pas ou plus les Palestiniens? Quand j’ai vu les manifestations de soutien au peuple palestinien dans les capitales arabes, je me suis senti réconforté. Un peuple meurtri, dont la terre est occupée et qui constitue une exception à l’échelle internationale, le seul peuple qui n’arrive pas à jouir de ses droits reconnus par l’ONU, ne choisit pas qui va le soutenir ou non. Nous, au mouvement du Hamas, nous considérons que les peuples arabes et musulmans sont des frères et ont une cause à défendre: celle de préserver les lieux saints en Palestine. Dire que c’est l’Iran qui est derrière le Déluge Al-Aqsa est surtout une manière de l’ennemi pour minimiser le potentiel de Hamas et ses brigades, al-Qassam.

Mais de quel ordre est exactement votre relation avec l’Iran ?
L’Iran soutient la cause palestinienne. D’autres pays arabes et musulmans le font également. Nous, au sein de la résistance palestinienne, notre objectif est clair: avoir un maximum de soutien à la cause de notre peuple. Nous ne faisons pas de distinguo entre le soutien d’un pays arabe ou non, d’un pays musulman ou non. L’essentiel est de mettre tous les moyens possibles du côté de la résistance palestinienne pour pouvoir mettre fin à l’occupation israélienne et construire l’Etat palestinien indépendant.

Vous avez dû relever certainement comment l’Occident s’est solidarisé avec Israël. Cela vous inspire quoi?
Le contraire m’aurait étonné. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, voire tout l’Occident, ont été derrière la création de l’Etat israélien. Ils ne peuvent que le soutenir, mais l’opinion publique dans ces pays ne suit pas ou plus comme avant. Les crimes commis par l’armée israélienne à Gaza depuis le 8 octobre 2023 ont démontré au monde entier le vrai visage criminel de cette entité. Maintenant, on attend comment les choses peuvent évoluer au sein des sociétés occidentales et de l’opinion publique en Europe et aux Etats-Unis.

Le Hamas, et plus largement la résistance palestinienne, a-t-il la capacité de faire à l’armée israélienne ?
Nous ne sommes pas isolés de notre peuple. Plusieurs dirigeants de notre mouvement ont été assassinés par l’armée israélienne, cela n’a pas empêché le Hamas de rester et de développer sa force de frappe.


Quand un dépôt de munitions est bombardé par les Israéliens, on fait vite de reconstituer nos stocks. Quand un cadre est tué, d’autres se positionnent ou émergent pour combler le vide. Pour préparer l’opération Déluge Al-Aqsa, des profils très pointus de Hamas ont été à la manoeuvre: depuis l’étude topographique du terrain jusqu’à la géolocalisation de certains appareils électroniques de l’ennemi en passant par les techniques de repérage et filature les plus performantes. Pour un projet pareil, rien n’a été laissé au hasard. Le résultat: l’opération a fait perdre à Israël le plus de militaires dans toute son histoire. Nous sommes en mesure de rebâtir notre force de frappe dans un délai rapide et notre résistance à l’armée d’occupation ne sera que plus farouche.

Nous avons la possibilité de percer les ceintures de défense israélienne et d’aller exécuter nos plans là où nous le décidons. Nous avons la capacité de faire mal à l’armée d’occupation et à lui livrer les batailles qu’il faut. Les brigades Al-Qassam sont en mesure de faire des morts, des blessés et des otages dans les rangs des soldats israéliens.


PROFIL

Abou Zouhri ou El Ayoubi pour modèle

Docteur spécialisé dans l’histoire islamique, Sami Abou Zouhri est professeur à l’université de Gaza. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2009, portait sur le thème de Salaheddine Al Ayoubi dans les écrits arabes et occidentaux. Il a consacré ses travaux de recherche aux mêmes thématiques liées aux guerres ayant marqué l’histoire du Proche-Orient. Sans oublier un livre consacré aux opérations kamikazes durant la période du prophète et ses successeurs.

Né à Gaza en 1967, il a connu les affres de la détention puisqu’Israël l’avait emprisonné de 1989 à 1994. Il était déjà membre de la jeunesse du Hamas, fondé en 1984 par Cheikh Yassine. Président du conseil des étudiants de l’université de Gaza entre 1994 et 1998, il dirigera en 2003 le Centre de l’histoire orale relevant de l’Université islamique de Gaza, mais son engagement au sein de Hamas a vite fait de le propulser porte-parole du mouvement, responsable de sa branche de Gaza et membre de son bureau politique. Proche de l’ancien premier ministre palestinien et leader du Hamas Ismaël Haniyeh, il était l’un de ses conseillers et l’a accompagné lors de sa visite au Maroc, en juin 2021.


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