Mohammed VI chez Mohammed ben Zayed

Édito de Wissam El Bouzdaini : Mohammed VI chez Mohammed Ben Zayed, salut et fraternité

Que le Maroc et les Émirats puissent trouver à leur tête des dirigeants qui conçoivent, sous le prisme de leur propre “copinité”, les relations entre leurs pays respectifs intervient à point nommé.


C’est “MBZ” lui-même, comme on le surnomme dans les médias occidentaux, qui avait conté l’anecdote au journaliste américain Robert F. Worth, pour le portrait fleuve que ce dernier lui avait consacré en janvier 2020 dans le New York Times. Nous sommes au milieu des années 1970 et, alors jeune homme âgé d’à peine 14 ans, l’actuel émir d’Abou Dhabi et président des Émirats arabes unis est envoyé par son père, feu cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, au Maroc pour s’endurcir. Avec la complicité du roi Hassan II, dont Zayed était, avant d’être un pair arabe, un proche ami de qualité quasiment intime, l’adolescent émirati qui était en train d’assister au boom économique que son pays connaissait depuis son indépendance en décembre 1971 se retrouva ainsi à travailler, plusieurs mois durant, dans un restaurant à Rabat, sans que personne ne sache rien de sa véritable identité: avant son atterrissage sur le sol marocain, on avait, en effet, pris soin de lui procurer un faux passeport exhibant un nom différent du sien, “de sorte à ce qu’il ne soit pas traité comme un membre de la royauté”. “Il préparait ses propres repas et faisait sa propre lessive, et il se sentait souvent seul”, relatait M. Worth, à qui Mohammed ben Zayed avait notamment confié le souvenir suivant: “Il y avait un bol de taboulé dans le frigo, et je continuais à en manger jour après jour jusqu’à ce qu’une sorte de moisissure se forme à la surface”.

Ce dont, en revanche, n’avait pas fait mention l’article de M. Worth, c’est qu’au Maroc aussi Mohammed ben Zayed fréquenta, un temps, le Collège royal, et qu’à cette occasion il commença à nouer une amitié d’ordre fraternel avec un autre prince âgé de deux ans de moins que lui et lui aussi prénommé Mohammed, en l’occurrence Sidi Mohammed, futur roi Mohammed VI: d’un tempérament semblable, peu exubérant sauf dans les circonstances où ils se retrouvent entourés de proches de confiance, mais avec aussi une envie déjà manifeste de faire des pays qu’ils sont un jour appelés à diriger des nations qui figurent dans le peloton de tête mondial, les deux futurs chefs d’État se trouvent rapidement des atomes crochus dont ni l’âge, ni les expériences vécues de part et d’autre ne sont, depuis, parvenus à opérer la fission.


Au moment où, ce 4 décembre 2023, Mohammed VI a été reçu, sous une salve de vingt-et-un coups de canons, au somptueux palais présidentiel de Qasr Al-Watan d’Abou Dhabi, c’était clairement aussi un membre de sa propre famille que Mohammed ben Zayed accueillait en grande pompe chez lui, son deuxième pays. Comme, dans le sens inverse, Mohammed ben Zayed est lui-même loin de se retrouver en terre inconnue au Maroc quand il y fait un détour, autant par son vécu personnel mentionné plus haut que par la relation qui le lie à son vis-à-vis marocain et, au-delà, à l’ensemble des sujets du Royaume.

À un moment où la région arabe se trouve plus que jamais en proie aux menaces à son encontre, que le Maroc et les Émirats puissent trouver à leur tête des dirigeants tels que Mohammed VI et Mohammed ben Zayed qui conçoivent, sous le prisme de leur propre “copinité”, les relations entre leurs pays respectifs intervient à point nommé. Là où des parties étrangères, pour ne citer que l’Iran, trouvent un boulevard pour semer davantage de sédition entre les États et leurs peuples, le “partenariat novateur, renouvelé et enraciné” qui redéfinit dès à présent les contours entre Rabat et Abou Dhabi semble offrir, en tout cas dans ses grands traits, un véritable modèle clé en main qui peut servir un jour à faire aboutir le vieux rêve d’unité nourri sous des formes diverses par le passé par le Syrien Michel Aflaq et l’Égyptien Nasser, le Druze libanais Chekib Arslan et le chérif Hussein de la Mecque.

Encore faudrait-il que tout le monde veuille en prendre de la graine: de par le voisinage que l’on compte à notre Est, l’expérience nous a malheureusement suffisamment appris, nous Marocains, qu’il y a moins de chances que l’on noue des alliances comme celle qui est la nôtre avec les Émirats que l’on se retrouve esseulé, tel un désormais illustre ressortissant émirati qui, voilà près d’un demi-siècle, s’affairait, dans un plein anonymat, dans une cafète r’batie...

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