Salles de billard : La grande machine à cash

Véritables ‘machines à sous’ drainant des sommes mirobolantes d’argent liquide, les salles de billard au Maroc se trouvent partout dans les grandes villes. Les mieux cotées sont celles qui fidélisent les meilleurs joueurs nationaux de pool et de snooker.


Presque chaque mois, un tournoi fédérant en moyenne une double quarantaine de joueurs qui s’arrachent la vedette autour d’une table rectangulaire en feutre vert, une mise en scène digne d’une compétition sportive officielle et une salve de spectateurs tenus en haleine tout au long de la compétition scrutant le moindre geste des adversaires. Voilà le panorama d’une journée singulière dans une salle de billard au Maroc. Ce rituel ne change jamais peu importe la ville où est implanté le club qui évolue dans ce créneau commercial. Car il faut savoir que depuis une quinzaine d’années les salles de billard se sont massivement tournées vers l’organisation de tournois internes en plus de leur activité commerciale principale. Et ce, pour plusieurs considérations. D’abord, pour promouvoir les produits des fournisseurs des salles de billard, ensuite, pour améliorer la notoriété de ces établissements qui attirent de plus en plus de clients passionnés par cette pratique.

Requête taboue
La multiplication des salles de jeux de billard a permis le rallongement du quota de participation de jeunes joueurs de billard marocains aux compétitions internationales, la formation d’une nouvelle génération de joueurs aptes à rivaliser les meilleurs compétiteurs internationaux, ainsi que l’augmentation des recettes mensuelles des clubs. Sauf qu’au Maroc, cette pratique n’est pas encore reconnue officiellement comme étant un sport à part entière, et la question du business modèle des clubs de billard, des bénéfices qui découlent de leur activité ainsi que d’autres questions d’ordre administratif semblent gêner la majorité des propriétaires de ces clubs. «J’aurais bien aimé donner suite à votre requête, mais je suis très pressé», décline habillement notre demande, le président d’une association de billard au Maroc. «Cela pourrait se rapporter à plusieurs considérations dont deux sont principales. La première est administrative tandis que la deuxième revêt un caractère purement financier», nous souffle le gérant d’une salle de billard à Casablanca. Sous le sceau de l’anonymat, notre source révèle que très peu d’investisseurs obtiennent les autorisations pour ouvrir une salle de billard et que leurs recettes mensuelles mirobolantes les poussent à rechigner à l’idée d’en parler ouvertement.

Cotisations individuelles
Un autre sujet tabou et sensible pour beaucoup de gérants de salles de billard est la clientèle composée de jeunes mineurs. «C’est pourquoi à l’entrée de chaque salle de billard réputée se trouve un vigile. A partir de 18 heures, le pas du club devient infranchissable pour les personnes âgées de moins de 18 ans», signale-t-il. Plusieurs gérants de cafés casablancais où les tables de jeux sont installées dans des caves souterraines, ainsi que ceux qui gèrent des établissements dont la pancarte indique clairement qu’il s’agit bien d’une salle de billard, ont refusé de répondre à nos interrogations. La frilosité de ces professionnels pousse à davantage de questionnements.

Au centre d’un quartier résidentiel de Kénitra se joue un tournoi organisé par un club de billard. L’organisation de cette compétition exige une contribution financière, nous explique Amine Jatou, joueur de billard multi-primé. Ce jeune homme originaire de Kénitra, qui a commencé à l’âge de dix ans à jouer au pool, affirme que le montant des cotisations varie entre 250 et 400 dirhams par personne. «Ce montant peut rapidement doubler dans certains cas», ajoute-t-il. Selon Amine, plus le club dispose d’une clientèle sélective, plus sa valeur augmente sur le marché. Par clientèle sélective, notre interlocuteur sous-entend l’actif des clients en termes de participation aux tournois et championnats nationaux et internationaux. Cela peut influer sur la contribution financière de chaque joueur qui prétend s’inscrire à un tournoi.

A titre d’exemple, les cotisations individuelles pour participer à un tournoi qui a été organisé les 22, 23 et 24 février 2024 par une salle de billard casablancaise affiliée à l’Association marocaine des joueurs de billard, est de 750 dirhams pour les joueurs de sexe masculin. La compétition avait gratifié le vainqueur d’un cachet de 20 000 dirhams. Comme le souligne bien un grossiste de billard qui vient de s’installer au Maroc, «Ces salles de jeux sont des machines à sous». La rentabilité des clubs de billard et leur réputation reposent essentiellement sur la qualité des tables de jeux, l’aménagement du local commercial, le design et la décoration. «On préfère investir trop dans la décoration et on oublie souvent que ce sont les tables de billard qui fidélisent le plus les clients», explique Antar.

Concernant les tables de billard, il n’existe vraiment pas un large choix. Les plus répandues sont les tables de la marque anglaise Supreme. Le prix de ces tables – Supreme match – varie entre 32 000 et 35 000 dirhams. La Supreme tout court, elle aussi célèbre, ne dépasse pas 30 000 dirhams. La marque de table Blackball Elite coûte aux alentours de 30 000 dirhams. Cette table de compétition est très prisée des organisateurs de tournois.

La table de billard DPT Elite (table commerciale) n’est pas très en vogue au Maroc en raison de la complexité du mécanisme de son monnayeur. «Quand un client prend l’initiative d’introduire des pièces de monnaie pour jouer une partie, les billes prennent quelques secondes avant qu’elles soient mobilisées», nous détaille-t-il. De cela, le miseur doit en être informé. L’inconvénient est que les pièces de rechange de ces tables sont très rares sur le marché de seconde main. Pour le snooker, les prix sont largement supérieurs par rapport au pool. La marque la plus célèbre est Rasson. Cette marque chinoise produit trois types de tables de snooker, à savoir la «Magnum», la «Strong» et la «Sword». Le prix des trois oscille entre 74 000 dirhams et 140 000 dirhams. Pour certaines tables de snooker, le prix peut aller jusqu’à 200 000 dirhams. Capital investi

Seconde main
Pour ouvrir une salle de billard au Maroc, il faut au minimum un capital de 1,6 million de dirhams (MDH), nous déclare le propriétaire d’une salle de jeux. Toutefois, avec ce capital, il ne faut pas aspirer à lancer un grand club de billard. Pour cette enveloppe budgétaire, la superficie de la salle ne devra pas dépasser 150m2», souligne-t-il. Plus le local est spacieux, plus le besoin en tables de pool et de snooker se fera sentir et plus les charges des travaux d’aménagement s’élèvent.

C’est pourquoi le critère de la superficie pose souvent problème au porteur de projet. Un petit club de billard, composé de moins de six tables de pool et d’au moins une table de snooker – peut réaliser une recette mensuelle qui dépasse les 70 000 dirhams. Tandis que les grandes salles qui sont très connues sur le marché multiplient par cinq – des fois plus – leurs revenus mensuels. «Une seule table de pool peut rapporter jusqu’à 15 000 dirhams par mois», nous confie Achraf, miseur dans un club de billard casablancais. «Et certaines salles de billard sont équipées d’une vingtaine de tables de pool et snooker», conclut-il.

Articles similaires