Salem Fkire : "Il n’existe pas de véritable politique de gestion des MRE"

Entretien avec Salem Fkire, président de l’Association Cap Sud MRE

Dans son discours prononcé le 20 août 2022 lors de la célébration du 69e anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le roi Mohammed VI a appelé à la création d’un mécanisme pour accompagner les projets des MRE et faciliter leurs investissements au Maroc. Qu’en pensent les concernés? Réponse avec Salem Fkire, président de l’Association Cap Sud MRE.

Comment avez-vous accueilli les dernières recommandations du Roi au sujet des MRE?
Ces déclarations du Roi sont des rappels à l’ordre à l’adresse des institutions et responsables politiques sur la gestion de la composante MRE. Le Souverain a toujours été le premier garant de nos intérêts. Il avait déjà évoqué la situation des Marocains résidents à l’étranger (MRE) dans ses discours de 2012 et 2015. Sa Majesté avait déjà prononcé en mars 2007 un discours pour recommander la création du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) en insistant sur l’élection des membres de la commission pour favoriser l’équité. Depuis lors, quasiment rien n’a été fait. Il n’existe pas de véritable politique de gestion des MRE sinon Sa Majesté n’aurait certainement pas réagi à 3 reprises maintenant.

Autrement dit, les institutions dédiées aux MRE ont failli à leur mission?
On constate plutôt des effets d’annonce des institutions. Nelson Mandela disait: «Ce qui est fait pour nous, sans nous, est contre nous». Tant que la gestion de la diaspora du Royaume de deuxième, troisième et quatrième générations ne sera pas confiée aux MRE, les choses risquent de rester en l’état. 80% des MRE ont moins de 40 ans; en dehors du tissu associatif MRE, la majorité des ressortissants ne connaissent pas nos différentes institutions qui leur sont dédiées. Seules les ambassades et consulats sont reconnus et identifiés comme institutions en gestion. Un important paramètre à prendre en compte dans les prises de décision.

Quelles sont, selon vous, les mesures à mettre en place pour améliorer cette situation?
Il faut d’abord redonner confiance aux MRE en leur permettant d’être des acteurs politiques et ainsi d’obtenir, au même titre que les Marocains résidant au Maroc, leur pleine citoyenneté. L’Etat marocain se doit de créer les conditions de cette participation en mettant en place des circonscriptions à l’étranger et d’avoir des représentants au parlement marocain à l’instar du Sénégal, de la Tunisie, de la France et même de l’Algérie. Notre patriotisme n’est plus à prouver, aussi bien pour la défense des causes nationales comme la question du Sahara, et le transfert des devises estimées à 10 milliards d’euros, soit 9 ou 10% du PIB.

Pour attirer les investissements, des préalables s’imposent. Depuis 2011, notre association n’a cessé d’alerter sur les vraies problématiques judiciaires telles que les spoliations de terrains, celles liées à l’environnement financier, voire bancaire. Aujourd’hui, pour créer une entreprise au Maroc, vous devez obligatoirement disposer de 150% de patrimoine du montant sollicité pour un financement bancaire. Le gouvernement doit donc poser des actes concrets pour réinstaurer un climat de confiance et faciliter les investissements mais aussi le retour des compétences marocaines, d’où la nécessité d’avoir des porte-paroles politiques comme le sont les parlementaires afin de défendre nos intérêts.

Il faut aussi impérativement le retour d’un ministère exclusivement dédié aux MRE. Nous avons été déçus de constater la disparition de ce poste alors que le Chef du gouvernement avait consacré une bonne partie de sa campagne électorale aux Marocains résidents à l’étranger. C’est un désaveu total envers la composante MRE.