Salem Alketbi : "Mohammed ben Zayed Al-Nahyane est un modèle unique de dirigeant"

Interview de Salem Alketbi, politologue émirati

Connaissant de très près le nouveau président des Émirats, auquel il avait consacré un livre en 2017, Salem Alketbi revient pour Maroc Hebdo sur le parcours et la personnalité du dirigeant émirati et voit son mandat comme celui de la pérennisation des choix faits depuis plusieurs années déjà au niveau d’Abou Dabi, y compris en ce qui s’agit des relations émirato-marocaines.

Avec le décès, le 13 mai 2022, de cheikh Khalifa, le monde arabe a sans doute perdu un de ses dirigeants les plus emblématiques. Quel est l’état d’esprit de la population émiratie à l’heure actuelle à la lumière de cet événement?
Feu le président cheikh Khalifa, que son âme repose en paix, était considéré comme l’un des dirigeants influents du monde arabe. Il a apporté des contributions historiques remarquables en termes de solidarité, d’unité du rang arabe et de défense des causes de notre nation et de l’arabisme. Il suffit qu’il ait rejoint l’armée égyptienne sur le terrain lors de la guerre du 6 octobre, un geste dont le grand symbolisme et les connotations profondes confirment les racines du sentiment patriotique dans la conscience de nos dirigeants et de notre peuple. Il n’est donc pas inhabituel que tous les Émirats arabes unis éprouvent des sentiments de tristesse et de douleur à la suite de la perte de leur défunt président, cheikh Khalifa ben Zayed. Ces sentiments touchent aussi bien les citoyens que les résidents. Tout le monde a vécu la même expérience et les mêmes circonstances.

Nous avons tous vu comment les sentiments de tristesse et de douleur face au départ de cheikh Khalifa ont uni tout le monde, à commencer par Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, que Dieu l’assiste, qui est évidemment le plus triste et le plus peiné vu que le défunt était son frère aîné avec qui il a grandi et de qui il a beaucoup appris, dans la convivialité et la compassion que le leader fondateur, cheikh Zayed, a inculquées à tous ses enfants. La sincérité des sentiments populaires à l’égard de la perte du leader peut facilement se ressentir à travers les réseaux sociaux, qui reflètent aujourd’hui le pouls populaire et l’humeur générale des peuples de notre région arabe.

Cheikh Khalifa a près de dix-huit ans durant été président des Émirats, sans compter qu’il a également été présent aux côtés de son père, feu cheikh Zayed, premier président du pays, avant même l’indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Que faut-il selon vous retenir de son oeuvre politique?
Il va sans dire que la carrière politique de feu le président cheikh Khalifa fait partie intégrante de la marche de notre union bénie depuis sa fondation. Lorsque nous évoquerons les étapes du développement de l’expérience fédérale, nous parlerons beaucoup des empreintes et des rôles de cheikh Khalifa, étant donné qu’il a été pendant de nombreuses années le prince héritier du père fondateur, cheikh Zayed. Il a vécu les étapes de la fondation, avec ses défis, ses réalisations et ses succès, et a été instruit des valeurs et des principes sur lesquels l’État de l’Union a été construit. Depuis le début de son règne, plus précisément en 2005, il a poursuivi un programme d’autonomisation visant à achever la phase de fondation menée par le cheikh Zayed, en jetant avec succès les bases de l’État fédéral et en transformant le rêve du dirigeant fondateur de construire un État moderne en réalité, malgré tous les défis et les difficultés.

Lancée en 2005 par le cheikh Khalifa, la phase d’autonomisation a marqué une étape importante dans le processus de développement politique des Émirats arabes unis en renforçant les bases de la participation populaire à la prise de décision et en donnant aux institutions constitutionnelles fédérales les moyens de suivre l’évolution du pays.

Dans son discours marquant le 34e anniversaire de l’Union, il a expliqué que les Émirats arabes unis sont à l’aube de cette nouvelle phase d’autonomisation qui les distingue de leur précédente étape fondatrice. Les chercheurs et les observateurs s’accordent à dire que la phase du cheikh Khalifa a marqué la deuxième fondation de l’État de l’Union, car elle a vu la plantation des graines de la participation politique ainsi qu’une percée majeure du développement dans divers domaines. Son empreinte reste claire dans les domaines de l’économie, de la politique intérieure et étrangère, des infrastructures, de la culture, de la science, de l’éducation, de la santé, pour n’en citer que quelques-uns. Ici, aux Émirats arabes unis, nos dirigeants s’inspirent de l’approche du leader fondateur, cheikh Zayed. Ils se complètent mutuellement pour réaliser le rêve de Zayed.

C’est donc Mohammed ben Zayed qui préside désormais aux destinées des Émirats -vous le connaissez d’ailleurs bien puisque vous lui aviez consacré, il y a cinq ans déjà, le livre «Une fierté arabe: Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, le leader et l’homme». Quel genre de dirigeant est-il pour vous?
À mon avis, son Altesse le cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, que Dieu l’assiste, est un modèle unique de dirigeant qui fait l’Histoire. Il est un leader par nature et tous ceux qui l’ont côtoyé en sont conscients.

Cela prouve également qu’il a dirigé consciemment son pays dans les circonstances historiques et stratégiques les plus difficiles. Nous devons nous rappeler que les circonstances ont obligé Son Altesse à tenir le volant en raison de l’état de santé que cheikh Khalifa a vécu de 2014 jusqu’à sa mort. Son Altesse cheikh Mohammed a réussi à guider la boussole de la politique étrangère des EAU avec une efficacité remarquable dans la construction d’un solide mur de défense régional qui a empêché l’expansion des organisations terroristes dans nos pays arabes.

Il a joué des rôles héroïques remarquables en soutenant les peuples arabes frères qui ont souffert du chaos et des troubles qui ont englouti notre monde arabe dans le sillage de 2011, où de grands pays sont tombés et d’autres ont presque glissé dans le chaos si ce n’était l’audace de Son Altesse, son courage, sa capacité à prendre la bonne décision et à adopter une vision stratégique consciente visant à préserver les acquis des sociétés arabes, plus sa capacité à réaliser un énorme bond en avant dans les réalisations internes dans tous les secteurs du développement. Les indicateurs de compétitivité globale des Émirats arabes unis sont la meilleure preuve des réalisations de ces dernières années. Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane a repris les qualités de leadership du père fondateur -tel père, tel fils.

La personnalité charismatique avec les qualités d’un véritable leadership, qui a la volonté de prendre des décisions difficiles et courageuses quelles que soient les conséquences et les défis, peut être observée, en particulier lorsqu’il s’agit de la sécurité nationale ou de la stabilité des EAU, de la protection des acquis de son peuple et de la sauvegarde des réalisations de la marche fédérale.

Nous devons reconnaître que la conscience politique et stratégique de Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane s’est formée principalement à un stade précoce de sa vie. Il était effectivement le conseiller de feu cheikh Zayed ben Sultan Al-Nahyane pour les questions de sécurité et les questions militaires, ainsi que pour d’autres tâches politiques confiées à Son Altesse.

Ces tâches, que Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane a assumées dès le début de sa vie, ont fait de lui un commandant militaire qui a compris la valeur des forces armées et l’importance de les développer et de les moderniser constamment, tout en étant un leader politique doté des qualités de chef et d’une vision du présent et de l’avenir.

La pratique de la politique et de l’art de la déclaration de Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, aux côtés de cheikh Zayed ben Sultan Al-Nahyane, a consolidé en lui un ensemble de valeurs qui sont devenues des traits essentiels de sa personnalité dans les dernières étapes de sa vie, notamment le sérieux dans le travail et la transformation de ce sérieux en une culture dans les différentes institutions nationales comme la voie de la réussite et des miracles.

Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane est sans doute une source d’inspiration pour chaque Emirati. Nous constatons également qu’il s’éloigne des slogans séduisants et des idéologies vides, pour se concentrer sur le travail dans l’intérêt de la nation, des citoyens et des générations futures.

On connaît la connexion de Mohammed ben Zayed avec le Maroc, puisqu’il y a fait une partie de sa scolarité et qu’il a même été camarade de classe au Collège royal de Rabat du roi Mohammed VI, qui a pratiquement le même âge que lui. Jusqu’à quel point cela influence-t-il les relations émirato-marocaines?
Il est incontestable que les relations des sages dirigeants des Émirats arabes unis depuis leur fondation aux mains de cheikh Zayed ben Sultan Al-Nahyane dans le Royaume du Maroc sont des relations exceptionnelles et étroites qui n’ont jamais été soumises aux changements, conditions et circonstances que le reste des relations arabo-arabes ont connus.

Ces relations se sont poursuivies avec la même force et la même profondeur sous le règne de cheikh Khalifa, et se poursuivront au même rythme sous le règne de Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, que Dieu l’assiste, en ajoutant de la force et de la profondeur, en ajoutant plus de spécificité et d’unicité et en en faisant un modèle réussi de relations fraternelles en termes de compréhension mutuelle. Et ce, à la lumière de deux facteurs importants. Le premier est la solidité des relations entre les dirigeants des EAU et du Maroc. Le second est le statut du Royaume du Maroc et de son peuple auprès de Son Altesse le cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane.

Nous sommes tous conscients que les empreintes de la genèse précoce restent fermement ancrées dans la conscience humaine. Ses souvenirs demeurent devant les yeux. Ce sont des choses qui se reflètent dans la position du Maroc et de son peuple dans la politique étrangère des EAU en général, et dans la relation de son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane avec le Royaume du Maroc et son peuple frère en particulier. A la suite de la normalisation avec Israël en 2020, le Maroc a davantage encore renforcé ses relations avec les Émirats arabes unis pour former avec d’autres pays arabes comme Bahreïn et l’Égypte unis aussi dans la lutte contre l’hégémonisme de l’Iran.

Voyez-vous Mohammed ben Zayed rester encore sur la même ligne?
Je ne pense pas que cela changera ce qui se passera, à moins que les facteurs sur lesquels se fondent les orientations actuelles de la politique étrangère des EAU ne changent. Les EAU en général continuent à formuler leurs politiques étrangères sur la base de convictions stratégiques bien pensées qui ne changent qu’avec l’évolution des facteurs. Ils ne se laissent pas emporter par des émotions temporelles ou des réactions non calculées. Nous sommes tous bien conscients que Son Altesse cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, le chef de l’État, que Dieu le bénisse, a été un partenaire clé dans l’élaboration des orientations de la politique étrangère de l’État au cours des dernières années en raison des circonstances de la maladie du défunt président cheikh Khalifa.

Le troisième principe indique que la politique étrangère des EAU est un outil au service des objectifs nationaux les plus élevés, principalement les intérêts économiques visant à offrir la meilleure vie possible à la population. Par conséquent, le débat ne devrait pas porter sur les possibilités de changement, mais sur la confirmation de la stabilité et de la continuité de l’approche.