LES SALARIÉS À LA TRAPPE

DIALOGUE SOCIAL

En favorisant le patronat au détriment des syndicats, le gouvernement El Othmani est en train de mettre en péril le dialogue social actuellement en cours.

Ce n’est pas de sitôt que les syndicats et le patronat risquent d’accorder leurs violons. Leur réunion du 10 juillet 2020, organisée dans le cadre du dialogue tripartite impliquant également le gouvernement Saâd Eddine El Othmani, a mis en évidence les divergences opposant les deux parties quant au plan de sortie de crise à adopter pour dépasser l’impact social de la Covid-19. Ainsi, les quatre syndicats ayant participé à cette réunion, à savoir la Confédération démocratique du travail (CDT), l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), l’Union marocaine du travail (UMT) et l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), ont mis l’accent sur la nécessité de préserver les emplois ou, du moins, de reconduire l’indemnité d’arrêt de travail temporaire décidée le 16 mars par le Comité de veille économique (CVE) et qui alloue 2.000 dirhams mensuels aux salariés affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) dont les entreprises ont dû geler leurs activités à cause de la pandémie.

Des griefs sans suite
Mais pour la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui était présente aux discussions en tant que représentante du patronat, il s’agit là d’une impossibilité économique, d’autant qu’une nouvelle augmentation du salaire minimum agricole garanti (SMAG) et du salaire minimum interprofessionnel garantie (SMIG) vient d’entrer en vigueur le 1er juillet pour porter ces derniers aux montants respectifs de 1.994,20 et 2.828,71 dirhams (contre 1.903,72 et 2.698,83 auparavant). Ce qui fait que malgré les déclarations positives des uns et des autres relayées par les médias, une deuxième réunion s’impose. M. El Othmani, dans une déclaration officielle, a évoqué la tenue de cette dernière “dans les plus brefs délais”, et il ressort, selon différentes sources, que c’est dès cette semaine que les parties concernées se remettront autour de la table des négociations. L’objectif du Chef du gouvernement semble clair: amener les syndicats à faire plus de concessions, ou ce qu’il a qualifié de “proposer des solutions réalistes”.

Car le moins que l’on puisse dire est que son cabinet a choisi, après l’avoir un temps ignorée jusqu’à l’arbitrage du roi Mohammed VI de fin mai (lire Maroc Hebdo au quotidien n° 43), de pencher depuis quelques semaines pour la CGEM, comme peut l’attester le projet de loi de finances rectificative (PLFR) actuellement dans le circuit législatif: ce projet reprend, ainsi, en grande partie le plan de relance économique publié le 25 mai par l’organisation patronale et qui ouvre par exemple la voie aux entreprises pour mettre à la porte jusqu’à 20% de leur employés tout en pouvant bénéficier de l’appui à la reprise économique.

Or il y a une différence entre l’intervention du roi Mohammed VI pour prendre davantage en compte l’avis de la CGEM et par là même du secteur privé -ce qui est la moindre des choses-, et le fait de faire passer à la trappe les travailleurs et leurs représentants. Ainsi, les consultations avec ces derniers, qui ne s’étaient ouvertes que le 30 mai plus de deux mois après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, semblent a posteriori n’avoir été que formelles, dans la mesure où les griefs qui ont été transmis à cette occasion à M. El Othmani demeurent à ce jour sans suite. Autant dire que la suite ne s’annonce pas, pour l’heure, heureuse eu égard à l’aboutissement du dialogue social en cours.


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